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Célibat ? D’hier à aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé ?

Décidément, on ressort des archives ces temps-ci !
J’ai aussi retrouvé cet article paru dans la revue L’Express en 2000 !
Il est bon quelques fois de regarder en arrière pour voir le chemin parcouru.
Mais, dans ce domaine, on s’aperçoit que… on a fait du sur place.

Par contre les chrétiens de base, pas les hiérarques,  eux ont singulièrement évolué !
La proportion de chrétiens encore fidèles aux offices de leur paroisse et favorables à l’abrogation de cette obligation du célibat a augmenté jusqu’à 65, 70 %.

Je vous livre donc cet article daté de février 200, comme vous pouvez le constater.

Prêtres: là où le célibat blesse

 Par Festraëts Marion, publié le 03/02/2000 à 00:0

Depuis 1964, l’Eglise a perdu près de 100 000 serviteurs et, chaque année, nombre d’entre eux choisissent la vie de couple. Mais défections, protestations et pétitions ne font pas évoluer la position du Vatican

«Après vingt-deux ans d’amour», Yves et Françoise se sont mariés à la fin de 1999. Comme Didier et Francine, amoureux depuis cinq ans, qui ont convolé le 9 octobre à la mairie de Saint-Amand-Montrond. Jusqu’ici, rien de bien original. A un détail près: Yves et Didier sont prêtres, et ces mariages les condamnent d’office à quitter leur ministère. Pourtant, leur cas n’a rien d’exceptionnel. Selon Pierre Lautrey, président du groupe Prêtres mariés France-Nord, une cinquantaine de clercs quittent ainsi chaque année le sacerdoce pour prendre femme. Sans compter les 30 à 50% de candidats à la prêtrise qui abandonnent le séminaire en cours de route, souvent pour les mêmes raisons.

Le Vatican reconnaît officiellement le départ, depuis 1964, d’environ 60 000 prêtres dans le monde. Officieusement, on estime qu’ils seraient en réalité 90 000 à 100 000 (plus de 10 000 en France), 40% d’entre eux n’ayant pas demandé la dispense de célibat, procédure officielle de «réduction à l’état laïque», sans laquelle ils ne peuvent se marier religieusement. La fin du concile Vatican II, qui avait fait naître l’espoir, déçu, d’un assouplissement de la loi du célibat, a donné le signal du départ pour de nombreux prêtres. Et le flot ne tarit guère. Une véritable hémorragie, à l’heure où les troupes du clergé catholique occidental périclitent d’année en année – en France, la centaine de nouveaux prêtres ordonnés tous les ans est loin de compenser les 800 décès. Face à des sociétés en pleine déchristianisation, le célibat imposé apparaît à beaucoup comme une contrainte inutile et insupportable, en partie responsable de la désaffection des vocations.

Au point que, chez les croyants comme au sein même de l’Eglise, des voix s’élèvent, de plus en plus nombreuses, pour réclamer une révision de l’interdiction faite aux clercs de se marier. Selon un sondage CSA publié par La Croix en novembre dernier, 39% des Français estiment que le célibat est la principale difficulté rencontrée par les prêtres dans leur sacerdoce. Lors du synode consacré à l’Europe qui s’est tenu à Rome en octobre, le cardinal Martini, archevêque de Milan, a suscité l’émoi de la curie en préconisant la tenue d’un concile Vatican III, où serait abordée l’épineuse question du mariage des prêtres. En marge de ce synode, les chrétiens du mouvement international « Nous sommes l’Eglise », forts d’une pétition ratifiée par 3 millions de catholiques, ont également réclamé à Jean-Paul II l’abrogation de cette règle, rejoints, le 25 janvier, par 16 intellectuels catholiques du groupe « Paroles ».

Dans certains pays, les entorses au célibat sont si nombreuses qu’on ne peut plus ignorer le problème. Selon « Ministerium novum », bulletin de la Fédération internationale des prêtres catholiques mariés FIPCM, «au moins deux tiers des 6 800 prêtres philippins sont, d’une façon ou d’une autre, concernés par une relation sexuelle». Au Pérou, «de 50 à 80% des prêtres, spécialement hors des grandes villes, ont des enfants». En Asie, en Amérique du Sud et en Afrique, nouveaux berceaux du dynamisme catholique, la situation devient telle qu’un évêque camerounais aurait dit à ses prêtres: «Puis-je vous demander de n’avoir qu’une seule femme?» Partout, l’Eglise se trouve confrontée au problème, et la hiérarchie n’est pas en reste : en 1992, Mgr Casey, évêque de Galway (Irlande), donne sa démission et annonce sa paternité; en 1995, c’est le tour de Mgr Vogel, évêque de Bâle (Suisse); l’année suivante, Mgr Wright, évêque d’Oban (Ecosse), quitte son ministère en révélant qu’il est papa d’un adolescent de 15 ans. Plutôt favorables à l’assouplissement de la règle, les évêques océaniens, réunis en synode en 1998, ont réclamé à plusieurs reprises l’ouverture de débats sur l’ordination d’hommes mariés.

Las! Le pape le martèle: pas question de revenir sur la loi du célibat. Au contraire, il en réaffirme régulièrement la «richesse»: «Par son célibat, écrivait-il déjà dans sa Lettre aux prêtres du 8 avril 1979, le prêtre devient l’homme pour les autres. […] Pour être disponible à un tel service, à une telle sollicitude, à un tel amour, le cœur du prêtre doit être libre.» Aux sceptiques, il répond en 1992: «Les débats qui ont lieu masquent trop souvent le sens de cet enseignement et provoquent l’incompréhension à l’égard de ceux qui le vivent généreusement.»

Une règle fluctuante héritée du monachisme
Quitte à fermer les yeux et à laisser se multiplier les départs et, surtout, les situations clandestines. Dans sa biographie « Le Pape aux deux visages », le jésuite et vaticaniste espagnol Pedro Miguel Lamet rapporte l’anecdote suivante: Karol Wojtyla, alors archevêque de Cracovie, aurait refusé à l’un de ses prêtres l’autorisation d’abandonner son ministère pour vivre avec sa compagne et leurs deux bébés, lui suggérant plutôt de quitter la femme et de confier les petits à une institution pour enfants abandonnés.

Histoire tristement banale, selon Marie-Brigitte Pasquier, présidente de l’Association Plein Jour, qui rassemble des compagnes de prêtre clandestines : «La hiérarchie feint de ne rien savoir tant que les prêtres restent discrets. Mais nous connaissons des cas où, quand la petite amie est enceinte, ?on? lui propose l’accouchement sous X ou la signature d’un protocole d’accord qui interdit au prêtre de chercher à voir ses enfants. Quand on ne suggère pas carrément une IVG ! Certains diocèses ont même des problèmes financiers à cause des pensions alimentaires qu’ils versent aux enfants.» Également compagne de prêtre, Élisabeth déplore «l’hypocrisie de l’institution, le décalage schizophrénique entre les beaux discours et les actes»: «La hiérarchie réduit nos histoires à des cas personnels. Elle ne veut pas admettre que l’accumulation des situations en fait un problème d’Eglise.»

Pour les prêtres concernés, le choix est aussi simple que brutal: rester dans l’Église en s’accommodant d’une vie de couple – voire de famille – clandestine ou renoncer à leur vocation et partir, pour se retrouver à la rue, sans travail ni argent, rejetés par une institution qui les ignore. En 1964, Maurice Weitlauff a fait le second choix. Réduit à l’état laïque, il n’a pu épouser religieusement Viviane qu’en catimini et sans témoin – comme la procédure le réclame – dans un bureau de l’évêché de Versailles, avant de briser le secret imposé et de révéler son mariage. Trente-six ans plus tard, il continue d’affirmer que le célibat obligatoire constitue une « violation de l’un des droits fondamentaux de l’homme », celui de convoler. A l’appui de sa thèse, il cite l’encyclique Rerum novarum rédigée par Léon XIII en 1891: « Aucune loi humaine ne saurait enlever d’aucune façon le droit naturel et primordial de tout homme au mariage […] établi par Dieu dès l’origine.» Ainsi qu’une déclaration de Paul VI en 1967: « Sans le droit inaliénable au mariage et à la procréation, il n’est plus de dignité humaine. Le premier droit de l’homme est le droit à la vie et de donner la vie.» Le prêtre ne serait donc pas un homme?

Pour Maurice Weitlauff, comme pour de nombreux théologiens et historiens, le célibat imposé n’a pas de justification religieuse. L’encyclopédie catholique « Théo » mentionne même que « le célibat des clercs n’est pas une exigence d’ordre divin », il est une « question de discipline interne à l’Eglise latine ». Et le texte « Presbyterorum ordinis » rédigé à l’issue du concile Vatican II, précise que « le célibat n’est pas essentiel au sacerdoce ». Jusqu’au deuxième concile du Latran, en 1139, qui a réaffirmé fermement le célibat obligatoire pour les prêtres, le clergé séculier se pliait mollement à cette règle fluctuante héritée du monachisme. La tradition est versatile… La preuve : saint Pierre en personne avait une épouse, 39 papes furent mariés, et certains coiffèrent même la tiare de père en fils.

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