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Rencontre du 23 Mai 2015 à Paris

Rencontre et Assemblée Générale de Plein Jour tenues le 23 Mai 2015 à Paris,

Après un mot d’accueil de Dominique et la présentation de la nombreuse liste des personnes excusées, la matinée a commencé par un tour de table : Comme chaque fois, chacune et chacun a pu prendre le temps de partager avec le groupe ce qui est important dans sa vie d’aujourd’hui, et bénéficier d’une écoute amicale et respectueuse.

Deux participantes venaient pour la première fois.

6 participantes vivent ou ont vécu une relation d’amour avec un prêtre dans l’ombre acceptée ou subie. Au-delà des histoires particulières, la plupart expriment une grande souffrance, le regret d’une maternité et la constatation du formatage de l’institution et de ses répercutions psychologiques castratrices.
5 prêtres mariés dont un avec sa compagne présente, ont témoigné de leur cheminement, souvent très long, pour partir et vivre leur amour au «  grand jour  ». Leur vie de famille et tous leurs divers engagements sociaux prouvent qu’ils continuent de vivre l’ouverture aux autres et la solidarité.

Quelques phases entendues : « Je souhaite, par ma présence aujourd’hui, représenter celles qui n’osent pas encore venir pour témoigner…  »
– « J’ai pris de la distance par rapport aux dogmes de l’institution». Cette réflexion a été entendue plusieurs fois.
– « Je ne pratique plus ».
– « J’ai rejeté l’Église. »
– « Je suis attachée à la Bible sans être catholique. »
– « Je ne suis plus concernée par l’institution mais l’Évangile reste essentiel pour moi.  »
– «  Le curé a refusé que j’ai des responsabilités au Secours Catholique car je suis mariée avec un prêtre.  » Abus de pouvoir !
–  « Croire, c’est être LIBRE. »
– Interrogation : « Parce qu’il coupe du monde (prêtre = homme séparé !!), le sacerdoce n’infantilise-t-il pas ? »

Fin de matinée, ce fut l’Assemblée générale statutaire.
Jean présente le rapport d’activité et aussi le rapport financier (au nom de Bernard le trésorier excusé). Chacun les avait reçus avec l’invitation.
Dominique nous fait part du soutien de Jacques Gaillot qui ouvre le bulletin dès son arrivée, toutes affaires cessantes : «  Vous avez ouvert un espace de Liberté  ».
Le travail d’Écoute a été évoqué comme une tache capitale pour Plein Jour. Une équipe est disponible pour cela. Les coordonnées figurent sur le Site. Un travail de recension et d’analyse est en cours à partir de la proposition de Léon qui suit cette question. Il sera alors possible de quantifier les demandes et de mieux appréhender les problèmes, les souffrances des appelants et de réfléchir à une aide appropriée. Il est envisagée de mettre en place des éléments de formation à l’Écoute. L’expérience de Réjane dans un groupe de supervision à SOS Amitié sera mise à profit.

Les 2 rapports ont votés à l’unanimité des présents + 48 pouvoirs envoyés par les absents.
La cotisation est maintenue à 15€. Mieux vaut demander moins et avoir un plus grand nombre d’adhérents dans la mesure où la trésorerie est saine.

En ce qui concerne le Conseil d’administration, deux membres nouveaux se présentent : Marie-Françoise et Simone (son témoignage est paru dans le N° de Décembre 2009).
Vote : Accord à l’unanimité des présents et des représentés. Bienvenue donc au CA !
Comme chaque fois, le temps du repas a permis une meilleure connaissance entre les participants dans un climat convivial et la bonne humeur.
Au retour, les membres du CA présents se réunissent pour mettre en place le nouveau Bureau.
Dominique ayant annoncé qu’elle souhaitait laisser la place après 7 ans de services, il est proposé un tandem de 2 co-présidentes : Réjane et Dominique, Réjane souhaitant fonctionner ainsi, le temps de prendre la main. Léon accepte le poste de Vice-président ; il continuera particulièrement à perfectionner le Réseau d’écoutants. Marie-Françoise accepte le poste de Secrétaire ; elle prendra en charge progressivement le Bulletin.

  • Les nouveaux membres sont élus à l’unanimité des présents et des représentés.
    Bernard, notre trésorier, élu en septembre 2013 à Lourmarin, continue donc son mandat de 3 ans.
    Jean était élu comme vice-président jusqu’en septembre 2016. Il désire laisser la place après 7 ans de services aussi aux côtés de Dominique. Il remettra sa démission dans les prochains jours à la nouvelle équipe.

    Le reste de l’après-midi est consacré à un échange qui démarre à partir du témoignage de Michel Gigand, prêtre ouvrier à Caen, et de son épouse Marie Thérèse Collin, mariés depuis 15 ans, tous deux adhérents de PJ. Sa vie dans le monde du travail et ses engagements syndicaux ont permis à Michel de dépasser la « culpabilité ». Par contre, il reconnaît que ce dépassement est extrêmement difficile voire impossible pour la majorité, car la prise de conscience intellectuelle ne résout pas automatiquement la persistance du sentiment de culpabilité qui est du domaine de la psychologie. Militant depuis 40 ans, on n’a pas envie d s’intéresser à des rites et d’autre part on a l’habitude d’affronter. Le fait d’être salarié donne déjà une grande indépendance. Le prêtre diocésain est déjà coincé par-là ! Cela est accentué par le «  culte du secret » si cher à l’institution. La parole, elle, est libératrice.
    Il faut davantage réfléchir à la sécularisation. Dieu n’est pas ce qu’en disent les religions !
    « Ce n’est pas dans les églises qu’on apprend ce qu’est le christianisme, dit M. Thérèse ! »

    Quelques éléments du débat :
    – Le 21ème siècle sera spirituel, pas religieux ! Nuance !
    – La distinction prêtre-laïc ne date que du 2ème siècle, pas de Jésus.
    – C’est une erreur de vouloir faire d’un dogme une vérité.
    – Par la vie de couple, on découvre une expérience toute nouvelle, incompatible. Le sentiment de culpabilité surgit. La colère monte. Alors on crie vers Dieu. Et il ne répond pas. Et on se dit « je me suis fait avoir ! »
    – « Certains prêtres pensaient que ressentir l’amour pour une femme ne pouvait leur arriver. Après tout, ils s’étaient donnés entièrement à Dieu. C’est du moins ce qu’ils pensaient. Mais à l’heure où l’amour surgit, ils attendaient que la grâce les protège. Et ça n’a pas marché ! Alors ? Ce qui pose la question de : quel est ce Dieu auquel je me réfère ? »
    « La culpabilité s’alimente aussi de la question : qu’est-ce que les autres vont penser ? les gens ? mes collègues ? »
    – « Je n’osais pas en parler autour de moi de peur de bousculer les gens. Alors je me suis murée dans le silence. J’étais comme paralysée. »
    – « Je ne voudrai pas te casser la baraque, dit une compagne ! on trouvera d’autres manières de se dire notre amour. »
    – Un prêtre disait à sa compagne : « Je ne veux pas trahir le Christ. » ou encore « l’amour humain est inférieur à l’amour de Dieu » Étrange !! (et si l’un était  fait de l’autre ?)
    – « L’église hiérarchique s’attribue le label ‘experte en humanité’. Diable ! Alors pourquoi empêche-t-elle un homme et une femme de se dire leur amour et de se marier ? »
    – « Plein jour n’est pas là pour amener les gens à se marier ou à se séparer. Ce n’est pas son objectif ! PJ est là pour accompagner une démarche en aidant les intéressés à y voir plus clair, à dialoguer dans la vérité, à passer par-dessus les tabous, à se libérer des qu’en dira-t-on, si besoin, en se projetant à l’horizon… »
    – Nous sommes conscients que la parole est libératrice face à la culpabilité. Mais le problème que nous rencontrons, c’est précisément que la honte et la culpabilité font que certaines compagnes ne souhaitent pas venir en parler dans une rencontre entre compagnes comme aujourd’hui. C’est le serpent qui se mord la queue ! d’où l‘importance de la relation individuelle et directe des écoutants par mail ou par téléphone, pour commencer du moins. Peut-être faudrait-il envisager de petites rencontres par régions ?
    – « Comment faire comprendre à un prêtre touché par l’amour d’une compagne qu’il peut aussi vivre son sacerdoce autrement que dans des structures religieuses ? »
    Les participants à la journée ont fait part de leur satisfaction d’avoir vécu la rencontre et des liens semblent s’être crées entre certains.


La rencontre est proche de sa fin.
Jean nous propose une petite histoire. C’était à la veille d’une rencontre comme celle-ci. Nous étions dans cette salle avec Dominique pour en fignoler la préparation. J’avais imprimé le fichier complet des adhérents de Plein Jour. Personnellement, j’étais loin de connaître toutes les personnes mentionnées. Je demandais à Dominique qui était cette Françoise et elle me détailla ce qu’elle en savait ; puis de cette Brigitte… et Dominique me détailla encore l’entretien qu’elle avait eu avec elle il y a quelques mois. Puis une autre… Et ainsi de suite nous avons passé… tout le fichier.
Incroyable ! Dominique était incollable. Elle se rappelait avec précision les entretiens qu’elle avait pu avoir avec les unes et les autres. Elle était capable de me donner des nouvelles de chacune et chacun. Je n’invente rien.
J’ai apprécié la mémoire, évidemment, mais bien au-delà, j’ai découvert l’attention qu’elle portait à chacun, le souci qu’elle avait de voir évoluer positivement tant de situations souvent bloquées, tant de craintes, de sentiments de culpabilité accumulés, de blocages irrationnels, tant de souffrances endurées.

Au moment où Dominique quitte la Présidence de Plein Jour après 7 ans de bons services, je voulais que nous puissions rendre hommage à tout ce travail patient, minutieux, quasiment quotidien (mon ordinateur en sait quelque chose !), à ce travail souterrain où se mêlent le cœur et la raison, la patience et la fermeté, l’attention et la solidarité. Merci, Dominique.
(L’Assemblée a applaudi.)

L’assemblée se sépare à 17h.


Une participante nous raconte sa Rencontre du 23 mai 2015

J’ai d’abord été heureuse de rencontrer six  « prêtres mariés » avec ou sans leur femme et cinq « compagnes de prêtres » seules. J’attends le jour où nous ne parlerons plus de prêtres mariés ni de compagnes de prêtres : nous aurons alors gagné la liberté pour tout homme et toute femme de vivre en couple ou pas, sans que cela fasse du tort à la place que l’on occupe dans la vie.

J’ai été très sensible au climat de confiance  qui a régné dans le groupe. Chacun a pu dire ce qu’il était en vérité, sans tabou, sans peur d’être jugé. Et ceci est bienvenu dans un monde où on a souvent l’impression que quelqu’un vous attend au tournant…

J’ai aussi beaucoup appris sur la façon de réagir des prêtres quand ils se trouvent devant cette évidence : « moi, prêtre, j’aime une femme qui m’aime ». Comment peut-on  mettre dans la tête  d’un homme jeune qu’il ne vivra jamais cette situation ?

J’ai aimé la simplicité et le sourire (mais pas les paroles violentes) du prêtre qui avait la charge de nous faire réfléchir sur le sentiment de culpabilité. Cependant, le fait qu’il n’ait jamais éprouvé ce sentiment n’a pas permis  au groupe de beaucoup avancer.

Je retiens ceci : Femme, on peut éprouver de la culpabilité si l’on s’aperçoit que l’on bouleverse trop la vie d’un prêtre. Prêtre, on peut se sentir coupable de décevoir des personnes qui comptent sur l’homme qui va devoir s’en aller. Il y a aussi ceux (mais pas parmi les présents) qui se sentent coupables vis-à-vis de l’institution Église (problème de la parole donnée) ou vis-à-vis de Jésus-Christ !

Une grosse question reste en suspens : Comment faire pour que la hiérarchie ecclésiastique sorte de son sexisme ? Car c’est bien la hiérarchie de l’Église Catholique qui impose aux prêtres l’interdiction d’aimer une femme. La hiérarchie veut bien des femmes si elles sont « au service de », elle ne veut pas de femmes partenaires. Quand une femme commence à prendre sa vraie place, celle pour laquelle elle se sent faite grâce à ses talents, elle est rejetée.

Donc, comment faire ? Ameuter le peuple de base ? Sensibiliser les prêtres ? Faire fondre le cœur des évêques (et non «  leur mettre notre poing sur la gueule » !) ? Je ne parle pas du pape : je crois qu’il est inaccessible.

« L’union fait la force » a dit Esope. Pour être efficace, il faut être uni, entre nous, et avec tous ceux qui ont le même objectif. Mais où sont-ils, ceux qui ont le même objectif ?

Marie-Françoise

 

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