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Ancien Curé de Vernet les bains (66), il épouse valérie

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

Christophe et Valérie Périchon ont fait face à la calomnie.
Ensemble, ils ont décidé de rendre public leur amour. (Photo par Harry Jordan)

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L’ancien curé de Vernet-les-Bains est tombé amoureux de Valérie.
Révoqué par l’évêché en 2012, il a convolé en justes noces le 26 avril dernier à Marquixanes. Face à la pression et aux insultes, le couple sort de l’ombre.

Extrait du Bulletin PJ26

 

“On s’aime. On vit quelque chose de beau, malgré toutes les épreuves de la vie. Qu’on nous laisse tranquille”. Face à la critique et au mépris que suscite leur histoire auprès de certaines âmes peu charitables, Valérie et Christophe Périchon tiennent à faire passer ce message. Ils se sont unis civilement le 26 avril dernier à la mairie de Marquixanes, “parce que le mariage était la suite logique de notre histoire”, confie Christophe.

Une histoire, il est vrai, peu banale puisque ce dernier était prêtre à Vernet-les-Bains quand les deux amoureux se sont rencontrés. Ou, plus précisément, retrouvés. “En fait, nous étions dans la même classe au collège Saint-Louis-de-Gonzague”. À l’époque, ils étaient copains. Rien de plus. Puis, chacun a suivi sa voie. Elle, artiste dans l’âme, s’est dirigée vers le monde du spectacle et a sillonné les routes de France au sein d’un orchestre. Mariée une première fois, elle a eu cinq enfants. Lui a d’abord suivi des études de Droit à Perpignan avant de rejoindre le séminaire d’Ars dans l’Ain, puis Rome où il a étudié pendant six ans. “J’avais toujours été très croyant et mon questionnement est devenu très prégnant quand j’étais à la fac”. Le jeune homme qu’il est alors se lance “à fond” dans sa mission ses études de prêtrise. “Je sentais que j’avais la vocation de servir Dieu et l’Église”. Valérie, quant à elle, également très croyante, envisage de devenir sœur, mais les circonstances de la vie l’en dissuadent. “C’est amusant. La communauté que je voulais intégrer était très proche de celle de Christophe. J’aurais fini par le retrouver, de toute façon”. Les chemins des deux anciens copains de collège se sont finalement croisés de nouveau grâce au fils de Valérie. Ce dernier intègre les scouts dont l’aumônier est le père Christophe ! “Le courant est tout de suite très bien passé entre nous. Je n’arrivais même pas à le vouvoyer…”, raconte Valérie. Pourtant, ils ne se reconnaissent pas tout de suite. “Quand on s’est rendu compte qu’on se connaissait, il m’a dit : ‘Tu es ma petite Valérie Martinez. Tu es vachement canon. Et c’est objectif parce que c’est un curé qui te le dit’“, se souvient encore, très émue, Valérie.

Depuis, ils ne sont plus quittés. “Nous avons vécu une sorte d’amitié particulière”, témoignent-ils. Toujours très proche de l’Église, Valérie s’investit auprès des paroissiens de Vernet-les-Bains. Elle propose des activités pour les enfants, redonne un coup de neuf à l’institution. “Ce fut un véritable renouveau, une résurrection. Nous étions tous les deux dans la foi avec l’envie de faire plaisir aux autres”, reprend le couple d’une seule et même voix. Puis vint le jour où Christophe se rend compte qu’il est amoureux. Il vit alors “un véritable combat intérieur”. Le couple se forme mais le quotidien est loin d’être un long fleuve tranquille. “On se rapprochait et le lendemain, il me jetait en me disant que ce n’était pas possible. Puis, il revenait…”. Valérie, elle, lutte contre ses doutes, “je me demandais si j’allais avoir le courage de tout supporter”, et les bons conseils de ses proches : “fais attention, c’est une passade. Il va te lâcher. Quitte le avant.”. Pourtant, au fond, elle sait. “C’était une évidence, c’était lui l’homme de ma vie”.

Parmi la communauté des paroissiens, certains savent mais ne disent rien. Puis, un jour, une lettre anonyme les dénonçant arrive à l’évêché. Christophe est interrogé une première fois. Puis une seconde, lorsqu’un autre courrier mal intentionné arrive de nouveau sur le bureau de l’évêque. “Je me souviens très bien de ce jour-là. On était le 8 mai 2012. J’ai fini par avouer. J’ai été immédiatement révoqué. Je n’ai même pas pu dire une dernière messe pour m’expliquer auprès de mes paroissiens. Forcément, quand ils ont appris que l’Église m’avait chassé, certains ont cru le pire : que j’étais pédophile”, regrette ce dernier. Valérie vit également un enfer depuis ce jour maudit : “Je me fais insulter en permanence. Par certains paroissiens. Par des inconnus. C’est insupportable. Je n’en peux plus !”, lâche-t-elle les larmes aux yeux. Effectivement, que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre… 

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L’Eglise leur ferme les portes

Le couple, qui ne s’est pas marié religieusement, ne peut plus entrer dans une église.

“Je me sens encore comme amputé. Il manque quelque chose. Même notre mariage, aussi beau soit-il, a un goût d’inachevé ». S’il a toujours la foi, « je comprends dans ma chair les propos de certains mystiques chrétiens », Christophe Périchon ne se fait plus guère d’illusions sur le comportement et l’esprit d’ouverture de l’Eglise. Le couple n’a bien évidemment pas pu se marier religieusement, l’ancien curé n’ayant pas entamé les longues démarches de dispense de célibat. Pire, certains amis prêtres ont pudiquement préféré ne pas venir assister à la cérémonie. Uneblessure pour le couple qui aurait aimé être entouré de tous ses proches. « Malgré les désistements, le mariage s’est très bien passé. Nous étions entourés d’amis bienveillants, parmi lesquels d’anciens paroissiens de Christophe », se souvient Valérie. L’Église semble leur avoir définitivement fermé la porte. Impossible pour le couple de se rendre à la messe le dimanche comme il aimerait le faire. « On ne nous reçoit pas », expliquent-ils.

Un rejet très difficile à vivre. Notamment lors des moments clés de la vie chrétienne que constituent Noël et Pâques par exemple. Christophe compense en suivant la messe à la télévision. Et se bat au quotidien pour faire vivre sa famille. « En un an, j’ai exercé cinq métiers différents. Je suis de nouveau sans emploi et cherche à m’orienter dans le domaine du social ou de la communication ». Il profite également de ce temps libre pour finir la thèse qu’il avait commencée lors de ses études romaines. Une thèse consacrée… au mariage 

Esthelle Devic ( edevic@lindependant.com) Journal l’indépendant.