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Plein Jour n°1 de juin 2008

SOMMAIRE BULLETIN N°1 de Juin 2008

PJ Site Image Bulletin générale

Edito : Qui sommes-nous ?

Et vous, qui êtes-vous ?
Courrier des adhérents
Ces femmes qui ont choisi d’aimer un homme d’église / Journal “La Provence” 
L’incroyable requête des prêtres brésiliens
Une compagnie de théâtre très spéciale : les Sdoufs
Témoignage de Myriam : “J’ai appris…”
Lettre à l’évêque Thomas de Versailles

Dessin : le prêtre enchaîné !

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Edito : QUI SOMMES NOUS ?

Ce premier bulletin pour faire connaissance et vous présenter la nouvelle équipe.
Contrairement à la précédente, la nôtre n’est pas composée de compagnes de prêtres en exercice.

Tout d’abord, notre Président d’Honneur, Jacques Gaillot, universellement connu !

Il a accepté, bien que son temps ne lui appartienne pas.
Nous respectons sa priorité accordée aux exclus et aux marginaux pour lesquels il se rend totalement disponible.
Il est notre référence, lui qui dénonce l’injustice d’où qu’elle vienne, et qui s’engage aux côtés des plus faibles.
Son style de vie nous conforte dans notre résistance à la règle du célibat ecclésiastique si rigide,
et cause de tant de souffrances.

Moi… Dominique, je suis entrée chez les Dominicaines à 21 ans. J’y suis restée 17 ans.
Le jour où la Supérieure a voulu m’imposer un acte malhonnête, j’ai refusé et j’ai plié bagage.
A 38 ans, un saut dans le vide ! Sans toit. Sans travail. Sans argent. Sans famille. Et crises d’asthme en prime.
Par chance, un prêtre ouvre un collège technique pour les enfants de dockers d’une petite ville portuaire du sud.
Il m’engage pour le diriger… Passionnant travail de pionniers. Mise en commun de nos compétences et nombreuses rencontres.

C’est là que l’Amour surgit. Réciproque, mais contré par l’interdit
Condamnés à la clandestinité et à la séparation.

C’est l’écriture qui m’a libérée de tout ce que j’ai dû refouler.
J’ai décidé de publier 2 livres : « L’impossible voyage » et « Sous le signe du Bélier ».
Cet itinéraire douloureux m’a préparée à comprendre la frustration des femmes aux prises avec l’Amour pour un prêtre.
C’est pourquoi j’ai accepté de relancer Plein Jour.

Je suis… Marie-Laurence. Une femme qui a croisé le chemin du curé de sa Paroisse et a accepté d’être catéchiste.
Petit à petit, elle découvrit qu’elle en était amoureuse.

Elle lui avoua sa “coupable” faiblesse. Depuis ce jour, elle en prit pour 5 ans à vivre rivée sur le téléphone, dans l’attente de ses venues toujours cachées, avec un goût d’impossible, à faire table rase de son passé.
Au bout du compte, superbe dépression avec tentative de suicide, et psychiatrie obligatoire.
Heureusement, Plein Jour me soutint.
L’homme ne bougea pas pour autant. Ministère oblige !
mais les ombres des coulisses de sa vie le rattrapèrent. Depuis deux années, je suis son épouse. Happy end !

Je souhaite me mettre au service de celles qui sont dans cette situation.
Mais aussi des religieux qui  sont déchirés entre leurs engagement et la raison du cœur. A ces derniers je peux dire que leur institution les préfèrera morts plutôt que vivants pour l’Amour d’une femme. mon téléphone  06 75 66 19 99.

Mireille née en 1954 de parents italiens. Ils m’ont fait quitter l’école à 15 ans pour les aider à travailler aux champs.
Ce fut un choc violent. A 29 ans, je perds mon mari dans un accident. Je bascule à nouveau dans la douleur.
Quatre ans après, je me remarie et j’ai une fille. C’est à sa naissance que j’ai commencé à m’intéresser à tout ce qui pouvait alléger mon mal être. Petit à petit, j’ai aidé des personnes qui, pour des raisons diverses, souffraient elles aussi.
Voilà, pourquoi, je n’ai pas hésité à proposer mon expérience à Dominique, même si je connais très mal le milieu ecclésiastique.
Mon tél. 04.90.68.38.46

Gilberte, mariée, trois grands enfants. Formation médico-sociale.
Pendant cinq ans, assistante sociale infirmière dans une « Maison maternelle » pour  mineures.
A cause des déplacements professionnels de mon mari,
je n’ai pas pu garder mon activité. Catéchiste, bénévole à la Croix Rouge.
C’est L’éviction de notre curé et son mariage qui m’ont amenée à Plein Jour.

Jean : il a rejoint l’équipe peu après et va prendre en charge le Site de Plein Jour.
Il se présente dans le Bulletin N°2.

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Et vous, qui êtes-vous ?

Compagne de prêtre, prêtre, religieux ou religieuse, sympatisant(e) ??
Votre adhésion à notre Association correspond à un souhait :

Communiquer avec des personnes concernées par cette règle du célibat imposé aux prêtres dans l’ECR,
Aider les compagnes de prêtres en difficulté,
Dénoncer cette règle comme abusive, contraire aux droits de ‘homme et contreproductive,
Agir pour l’abolition de cette règle.

Pourquoi souhaitez-vous entrer en contact avec les responsables de Plein Jour ?
Pour briser la solitude, pour soutenir d’autres personnes, pour échanger et construire.

Désirez-vous devenir actif au sein de notre structure ?

Accepteriez-vous de participer à la réaction de notre bulletin trimestriel ?
Comment ?
En nous fournissant des documents sur la question du célibat imposé aux prêtres;

En apportant votre propre témoignage; en vous donnant votre avis sur les articles du Bulletin
et en nous faisant des propositions.
Quels sujets, par exemple, aimeriez-vous, que nous traitions dans les prochains bulletins ?

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COURRIER : vous nous avez dit…

Avec amitié.
Bien avec vous dans ce combat, et tous mes vœux pour Plein Jour.
Merci de reprendre le flambeau pour aider toutes les compagnes de prêtres qui vivent quelquefois « l’enfer » de la vie
Bravo et merci. Je vous admire et vous soutiendrai de mon mieux, tout en n’étant plus en âge et en capacité physique pour le faire activement.
Par solidarité avec les compagnes en souffrance, je refais mon adhésion.

Avec scepticisme
C’est avec plaisir que je constate que Plein Jour va continuer son combat. J’ai toujours été d’avis que même si les actions menées par cette association ne sont que des coups de pied dans une fourmilière, cela permet de démontrer un état de fait particulièrement aberrant puisque ce genre de situations est monnaie courante. Vous avez mon soutien total.
Heureuse de savoir que vous avez eu la possibilité de vous réveiller. Bien que non directement concernée, je vous assure de mon soutien et le concrétise en vous adressant un petit chèque pour couvrir quelques frais de courrier.
Nous allons plutôt sur une régression. Mais pour autant, il ne faut pas baisser les bras. Il faut faire connaître ce qui existe et faire réfléchir autour de nous. 

Avec enthousiasme
Bien reçu l’info sur la résurrection de Plein Jour. A trois jours de Pâques, c’est réjouissant. Je veux bien adhérer pour être solidaire de votre cause que j’approuve.
Bravo encore pour votre implication et votre engagement vis à vis de l’Association Plein Jour
.qui grâce à vous va continuer à vivre.

Merci pour la bonne nouvelle du réveil de Plein Jour. J’adhère totalement à cette démarche depuis le début de Claire Voie. Je reste donc intéressée par tout ce qui peut se faire dans ce sens.

Avec confiance
Merci pour l’entretien téléphonique que nous avons eu.
J’ai été très contente de faire votre connaissance, au moins verbalement, et d’écouter la riche expérience, malgré ses difficultés non moins réelles, que vous avez vécues. On a tellement besoin d’échanger quand on vit une situation qui remue jusqu’au fond de
l’être. »

 Ndlr : Tous les témoignages que nous avons reçus depuis le réveil de Plein Jour,
stimulent notre volonté de susciter une prise de conscience de l’opinion publique.
Merci à tous ceux dont le soutien nous réconforte.
Vos lettres, vos appels, vos messages sur Internet nous font chaud au cœur.
Nous avons vraiment besoin de vous pour ébranler une hiérarchie crispée sur ses positions intégristes.
Adhérez à Plein Jour. C’est le poids du groupe qui fait notre force.

Il nous a paru indispensable de garder la clause de confidentialité de nos statuts, article 11
« Compte tenu des buts de l’Association et pour sauvegarder le respect dû aux personnes et aux situations qu’elles rencontrent, les confidences reçues sous quelque forme que ce soit ne pourront être divulguées à quiconque que de façon impersonnelle, anonyme ou statistique.
L’identité de leurs auteurs ne pourra être révélée sans autorisation écrite.
 »


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TEMOIGNAGES

« Ces femmes qui ont choisi d’aimer un homme d’Eglise » (La Provence 12/04/08)

« Je n’ai pas eu une vie d’homme. Ces mots, découverts dans un manuscrit de son compagnon aujourd’hui disparu, continuent de hanter Dominique qui a vécu 42 ans un amour interdit parce que l’homme qu’elle aimait était prêtre. Après son décès, et parce qu’il l’y avait engagée, elle a décidé de rompre le silence. Elle est entrée en militance pour dénoncer ce célibat « imposé par une Eglise intransigeante et rétrograde. »

Installée à Lourmarin, elle a témoigné de son parcours dans deux livres. A maintes reprises, elle a envoyé des lettres à Benoît XVI. Aucune réponse.   seule réponse « le mépris le plus total ».

Elle reprend aujourd’hui les rênes de l’association nationale « Plein Jour »

«J’ai la conviction que Plein Jour répond à un besoin. Celui de toutes les femmes désemparées face à l’amour impossible avec un prêtre. Notre objectif est plus que jamais d’actualité.

D’abord, déculpabiliser les compagnes de prêtres, les réconforter, les soutenir, les aider à devenir elles-mêmes. Ensuite, dénoncer l’autisme de la hiérarchie de l’Eglise catholique romaine devant les situations désastreuses générées par cette règle rigide. Et enfin, protester sans cesse contre cette discipline imposée de façon autoritaire, dans le non-respect des personnes.

Les transgressions sont nombreuses. La plupart des prêtres concernés, à la fois victimes et complices, se taisent. S’ils acceptaient de témoigner en public de leur situation, ils seraient mis en demeure par leur évêque de choisir entre leur compagne et leur fonction. Beaucoup se résignent à une vie double dans la clandestinité. S’ils ne se décident pas à quitter leur ministère, c’est qu’ils  ont peur d’affronter la vie civile à laquelle ils n’ont pas été préparés.

Chez Dominique Venturini, la révolte n’est jamais très loin. Et si l’arrivée de Benoît XVI ne la rend pas optimiste sur l’issue de son combat, elle veut continuer à susciter un courant d’opinion qui alerte les gens contre cette injustice.

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L’incroyable requête des prêtres brésiliens ( Golias, 6 mars 2008)

« C’est un événement ! D’après nos informations puisées aux meilleures sources, une lettre des prêtres brésiliens qui a été adressée à Rome fin février, demande une modification de la règle du célibat, que même les plus conservateurs intelligents n’ont d’ailleurs jamais considérée comme définitive, ne relevant pas du dogme, mais de la discipline de l’Eglise.

Cette lettre n’a pas été rendue publique, ce qui en limite un peu la portée. Dommage ! Mais ne boudons pas notre plaisir. Elle demande en particulier l’institution de deux types de sacerdoce : l’un avec le célibat pour des religieux qui font vœu de chasteté (il y a évidemment une cohérence) ; l’autre, sans obligation de célibat (avec un libre choix de se marier ou non). De plus, elle exige la pleine et entière réintégration des prêtres mariés dans l’Eglise (odieusement « réduits »à l’état laïc). Elle a été approuvée par les 435 délégués représentant les 18685 prêtres brésiliens (269 diocèses) dans le cadre de leur 12ème rencontre à Italci.

D’après nos informations, cette lettre ne représente pas du tout une initiative arbitraire et isolée. Elle a été précédée d’une importante réunion de prêtres dans l’Etat de Sao Paulo, à laquelle participait le cardinal Hummes en personne (il est à la curie préfet de la congrégation pour le clergé), accompagné de deux évêques. A l’évidence, cette demande est inspirée et appuyée au sommet de la hiérarchie. Toujours selon nos sources, Claudio Hummes aurait été le coordonnateur du projet et le rédacteur de cette lettre adressée à … lui-même ! Ami personnel du Président brésilien Lula da Silva, Claudio Hummes, 74 ans, franciscain, est devenu très jeune évêque de Santo André en 1975. Il a pris des positions très sociales et s’inscrivait alors dans le courant de la théologie de la libération… »

Répression de la Fronde brésilienne (Golias, 15 mai 2008)

« Suite à une très forte pression de Rome, et des franges les plus conservatrices de l’épiscopat, la conférence des évêques a décidé que les propositions audacieuses avancées par un certain nombre de prêtres brésiliens, ne sauraient en aucun cas, être transmises en l’état à Rome. La curie romaine aurait en particulier été très irritée de la publicité accordée à ces revendications par l’épiscopat brésilien. Au point que ce dernier a dû présenter ses excuses au Vatican pour la fuite de ce document. »

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Au Festival d’Avignon, Nous avons aimé…les “SDOUFS” 

Nous les avons rencontrés à ce festival en juillet dernier 2008.

Elle, Myriam, paraît immense dans son pull sombre et son jean serré qui accentue sa maigreur. Un petit visage triangulaire envahi par une brousse de cheveux bruns. Et surtout, des yeux noirs qui brûlent, tragiques. Lui, Marc, silencieux, solide, déterminé. Ce sont des S D F  qui ont campé au bord du Canal Saint-Martin sous des tentes rouges, l’hiver dernier.

Ces deux jeunes vont-ils se résigner à la vie larvaire qu’on leur impose ?

Certainement pas ! Pour s’extraire de l’oisiveté et de l’ennui, l’idée du théâtre surgit. D’autres « campeurs » les rejoignent, et une petite troupe se constitue…. Puis, peu à peu, se disloque. Il en faut davantage pour décourager l’opiniâtre Myriam.. Elle veut s’en sortir ! Alors, elle écrit des scénarios qu’elle met en scène et joue avec Marc et Kamel.

Quelle est la trame de ce spectacle : « Resist-Tente » ? – Leur vie sur le Canal, tout simplement. Et ça fonctionne ! ça vous prend aux tripes !

Comment supporter de voir des êtres humains, nos frères, nos sœurs, ramper sous l’abri illusoire d’un bout d’étoffe ou de carton ?

Voir cette jeune femme harcelée par les pulsions sexuelles de ces hommes aussi désespérés qu’elle !

Voir des médias en mal de scoop, s’emparer sans vergogne, de cette misère !

Voir un des interviewés répondre inlassablement, d’une voix monocorde : « ça va… ça va… on nous donne à manger…sur place… » Il a tellement l’évidence qu’on l’utilise et que le dialogue est impossible.

Voir les gens du quartier les menacer d’appeler la police pour les faire déguerpir.

Chaque scène est un coup de poing dans l’estomac. Les acteurs ne jouent pas un rôle ! Ils se contentent de revivre leur galère et c’est tellement vrai !

Quelle honte  pour nous les nantis qui les regardons ! Nous nous sentons responsables de laisser perdurer une telle injustice. Et pourtant ! Combien de nos frères vont encore mourir de froid cet hiver ?

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TÉMOIGNAGE de MYRIAM : “J’ai appris… ”                  

            Cette période de dénuement, de solitude m’a appris à ne plus voir le monde de la même façon : quand la rue, c’est chez toi, l’issue est de se créer une carapace. Désormais, il lui faudra des années pour disparaître…
Par moments, j’aurais aimé que l’on vienne vers moi. Parfois, je voulais rester seule.
Mais, quand on n’a plus de refuge pour pouvoir vivre des moments de solitude choisie, il arrive qu’on ne supporte pas la présence de l’autre.
On lui dit de partir de manière plus ou moins polie, parce que tout simplement, ce n’était pas le moment,
parce que la souffrance est telle qu’elle ne peut être mise en mots,
parce que ce n’est pas la personne elle-même qui est visée, mais la haine de ma situation.
J’ai alors appris à ne pas en vouloir à celui qui m’insulte dans la rue.

Jamais je n’aurais imaginé me retrouver sans logement.

J’ai appris à ne plus juger.

Quand je sortais, j’avais toujours un but précis.

J’ai appris à sortir sans but, à simplement être en chemin, disponible pour une éventuelle rencontre, pour ne plus faire que passer, mais m’arrêter.

Quand quelqu’un me demande une pièce, je lui réponds.

J’ai appris que l’indifférence tue.

Quand je vois quelqu’un assis dans la rue, même s’il est sale, même s’il a bu et que nos regards se croisent, je ne fuis plus.

J’ai appris à maîtriser ma peur.

Gandhi a écrit : « Vivre simplement pour que simplement d’autres puissent vivre.

J’ai appris à ne plus être matérialiste

Dans le dénuement, on est désolidarisé de toute propriété qui aide à être.

J’ai appris à ne plus paraître.

Beaucoup de personnes me disaient qu’elles reviendraient me voir : elles disparaissaient à tout jamais.

J’ai appris à ne pas abandonner l’autre.

Aucune parole ne peut égaler l’acte.

J’ai appris que ce sont les actes qui font la personne.

Chaque petit moment de bien-être est si précieux qu’il doit être pleinement vécu.

J’ai appris à me dire : “Mon avenir, c’est le présent.”

Il n’y a pas le “eux” et le “nous”. Il n’y a pas “moi” et “les autres”. Il n’y a en fait pas de clivage : nous sommes liés, nous nous influençons mutuellement. J’ai appris à quitter cette vision d’opposition.

J’ai rencontré beaucoup de gens qui vivent à la rue : ils m’ont appris à relativiser, à être spontanée, à faire le clown, à rire comme des enfants, à fumer la même cigarette, à dépasser les regards humiliants.

J’ai appris à oser Etre.

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LETTRE à Mgr Jean-Charles THOMAS

Plein Jour / Dominique Venturini
84160 Lourmarin
Lourmarin, le 24/03/08                                                                                                                              à Mgr Jean-Charles Thomas

                                                Père,

             Je ne saurais trop vous remercier pour votre prise de position vis à vis des divorcés remariés, dans la revue « Croire aujourd’hui ».

            Quels propos surprenants pour nous, les gens d’en bas !

Vous, membre de la hiérarchie de l’Eglise catholique romaine, vous nous faîtes l’honneur de croire, et même d’affirmer, que nous sommes capables de penser par nous-mêmes, et que notre conscience, habitée par Dieu, est à même de juger sainement les situations, et de prendre des décisions justes, même si elles sont en opposition avec les lois imposées par Rome.

« L’être humain doit toujours obéir au jugement de sa conscience. »

            Et sans doute, regardez-vous les personnes avec les yeux du cœur, pour être sensible à la détérioration du consensus entre époux, au point que vous écriviez « ce mariage devenu un enfer l’un pour l’autre rend indispensable une séparation définitive » Nous sommes loin de la rigide intransigeance du Vatican enfermé dans ses dogmes immuables, et complètement coupé de la vie des gens.

            Ces hommes et ces femmes déjà traumatisés par l’échec de leur couple, se voient sanctionnés comme des délinquants, mis au ban de la communauté chrétienne, et « interdits » d’eucharistie.

            Ne pourriez-vous pas élargir votre généreux plaidoyer à une autre catégorie de « parias » dans notre sainte( ?) Mère (ou marâtre ?) Eglise. Il s’agit des prêtres mariés, exclus comme des pestiférés.

Quel gâchis !

            En qualité de Responsable de « Plein Jour », cette association de soutien aux compagnes de prêtres, je peux vous dire mon écoeurement et ma révolte devant toutes les souffrances générées par l’attitude inhumaine de ceux qui trônent au sommet de la pyramide.

            Les prêtres qui se sont engagés dans l’enthousiasme de leurs vingt ans et qui se plaisent dans cette mission de diffuser l’Évangile, sont sommés de déguerpir de leurs paroisses, parce qu’ils sont coupables d’aimer une femme (cette abominable séductrice !). Et les voilà brisés, déchirés, souvent dépressifs, jetés dans la vie civile, la plupart du temps sans argent et sans toit. Encore heureux quand ils ne sont pas méprisés par leurs anciens collègues ! Quelle honte !

            Quant aux compagnes, fortement culpabilisées, elles assistent, impuissantes à la torture morale de leur Ami. Soit elles acceptent un amour clandestin qui nie leur existence, soit elles partagent, dans les pires conditions, la galère et l’insécurité d’un nouveau départ dans la vie. Un prêtre en exercice n’est pas salarié. Donc, s’il quitte son ministère, il n’a pas droit aux ASSEDIC. Avec quoi peut-il vivre, s’il ne trouve pas immédiatement du travail ?

             Que d’injustices commises par ceux qui se disent porteurs de la Bonne Nouvelle , et qui la trahissent ! Et nous, le peuple de Dieu, protestons en pure perte. Jamais une réponse à nos lettres aux Autorités ecclésiastiques. Ce silence méprisant heurte plus d’un chrétien. Rien d’étonnant à ce qu’ils désertent l’Eglise.

            Aussi, nous avons besoin de personnalités comme vous, qui osent se démarquer de la pensée unique. Merci de votre courage. Puisse-t-il stimuler vos frères dans l’Épiscopat , et susciter une nouvelle Pentecôte.

                                                                       Avec nos sentiments de gratitude

Dominique Venturini