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Plein Jour n°11 de Décembre 2010

SOMMAIRE

logo_pleinjourEditorial : Jacques Gaillot
De la Loi et des Lois

Remonter le temps : Témoignage de Bernard

Lettre de Mgr Ancel : Après la visite d’un couple

Après la visite à Mgr Ancel, Témoignage : Lettre de Michèle

Jossua OP : Pourquoi tant de peines causés par cette règle du célibat imposé ?

Témoignage : Etre avec … et comme tout le monde

Témoignage : Histoire d’un héritage

Dignité de la femme : Solidaires avec les femmes iraniennes

Le vent ne s’arrête pas de souffler : Témoignage

Association PJ : Compte-rendu rencontre du 16 octobre 2010  

Bibliographie : Nous avons lu

Communication : Projet de film

Humour : En cadeau, un Dessin de PIEM

 

Et un grand  Merci à Samuel, notre nouveau metteur en page !

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Message de Jacques Gaillot à l’ouverture de la rencontre de Juin 2011 à Paris

 

Dans son dernier livre « Avance et tu seras libre », Jacques Gaillot est interrogé par une journaliste : « Votre position à propos du mariage des prêtres ? »

 

« Le statut clérical masculin est dépassé. De même que je ne vois pas pourquoi les femmes ne pourraient pas être ordonnées prêtres, je ne comprends pas pourquoi les hommes d’église ne pourraient pas avoir le choix entre mariage et célibat ! Le mariage et la paternité ne doivent pas être un obstacle à l’exercice du ministère. L’important c’est qu’il y ait des prêtres auprès des populations. Des prêtres bien dans leur peau, en phase avec le monde qui les entoure.
Une Association a été fondée par des femmes de prêtres et j’en suis le président d’honneur. Elle s’appelle « Plein Jour ». Une manière de dire qu’il faut en finir avec le mensonge. En attendant cette Association représente un lieu de liberté, d’échanges, de soutien pour celles et ceux qui connaissent la dissimulation et la culpabilité. Des prêtres ont des femmes en cachette, parfois des enfants. D’autres choisissent de vivre leur vie de famille et renoncent au sacerdoce. C’est pour eux une véritable déchirure et pour l’église la perte d’éléments souvent précieux. La situation actuelle est malsaine et destructrice pour les individus. »
Jacques Gaillot

 

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De la loi, des lois, des sans lois !

« Nul n’est censé ignorer la loi !

Personne n’est au dessus de la loi

En ce domaine de la Légalité, depuis des siècles,

foisonnent les poncifs et les idées toutes faites.

Depuis le roi Clovis, et bien avant lui,

beaucoup de lois nous baptisent : »

 

J’ai conscience d’avoir été baptisé dans la LIBERTE

Plus que dans la SOUMISSION à des Lois.

Contrairement au roi Clovis,

et à tous ceux qui prospèrent en son sillage,

je refuse de courber la tête, ni aucune partie de mon échine,

devant qui que ce soit !

 

Ceci, non seulement à cause de Clovis, mais bien plus

à cause de tous ces chrétiens innombrables

qui à partir de cet exemple et de bien d’autres

ont aliéné leurs convictions personnelles,

brisé leur stature, leur dignité d’hommes ou de femmes,

leur personnalité, leur originalité, voire leur vocation.

 

Des énergies RENOVATRICES se sont ainsi diluées, dissoutes,

dans un fatras de codes et de règlements !

S’il fallait édifier un monument à toutes ces victimes de la Loi,

la surface de la terre n’y suffirait pas !

 

N’est-ce pas en raison de cette ACCUMULATION de choix masochistes,

au nom d’un évangile trahi,
que nous sommes classés par les AUTORITES,

comme “Déchristianisés”.
Je pense qu’au contraire :

nous sommes en train de nous « RE-CHRISTIANISER »

 

J’ai tendance, et parfois beaucoup de joie, à ignorer, à maudire

des lois stupides et injustes qui font cortège lugubre au dérisoire de nos vies !

Ces LOIS son des murs qui heurtent mon regard, bouchent mon nez, mes oreilles,

me rendent inerte, insensible au parfum, à la musique du « Grand Large » !

 

Chacune de ces lois fait une ombre au soleil qui me chauffe, un écran à sa Lumière !

Chaque loi emprisonne mon cœur dans un cul de basse fosse

où mon âme grelotte et agonise en attendant l’aurore !

 

A peine né, enfermé dans le réseau serré d’innombrables réglementations,

suivi de multiples ruptures et l’incompréhension d’un entourage dérangé

par mes exigences de Liberté, j’ai toujours cheminé chaotiquement,

blessant les autres, me blessant moi-même…

 

Et voilà que j’arrive au périgée, au déclin de mon existence,

sans avoir rien perdu de ma soif de Liberté…

il n’y a plus qu’une Loi qui me captive, celle de l’unique nécessaire :

cet Amour qui nous tourmente afin de nous LIBERER pour toujours !

 

Jean Lambert

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Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaitre

Pour te nommer :

LIBERTE

Paul Eluard

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REMONTER LE TEMPS…

 Dernier de six enfants. Père boucher-charcutier. Anticlérical. Droiture et honnêteté. Mère catholique pratiquante sans bigoterie, mais très à l’écoute de Monsieur le curé. Mon père la laisse libre de ses opinions.

En France occupée dès juin 40, ma mère m’inscrit comme interne au Collège N.D. de Recouvrance à Saintes (14 prêtres diocésains pour 280 élèves).

A 16- 17 ans, début de vocation : faire de ma vie une copie de la vie sacerdotale de l’abbé Chansas, mon confesseur. Estimé d’à peu près tous, il est pour moi le modèle du bon prêtre. Il me fait connaître l’un de ses amis, moine bénédictin à Ligugé, Dom Bergès. C’est par lui et aussi par Dom Ossart que je me laisse persuader – après de nombreuses retraites et récollections à l’Abbaye – que ma vocation n’est pas monastique. Par contre, ils m’orientent vers mon diocèse de La Rochelle, considérablement déchristianisé.

J’entre donc au Grand Séminaire de La Rochelle en 1948. D’esprit relativement ouvert, il est dirigé par six Eudistes parmi lesquels seul émerge le Père Supérieur. Professeur d’exégèse, je lui dois la découverte de la Bible et la mise à l’écart de l’Histoire Sainte traditionnelle. Parmi mes condisciples, il y a Jean-Charles Descubes, actuellement archevêque de Rouen ; Guy Gilbert devenu le curé des loubards et polichinelle de Lustiger et aussi André Wartelle, doyen de la Faculté catholique de Paris.

Ordonné prêtre en mars 1956 par Xavier Morilleau, alors évêque de La Rochelle, très proche de Lefebvre à Dakar. L’intégrisme maurrassien amorçait sa renaissance. Pourtant, j’ai eu la chance d’être chargé, cette même année, de la création d’une aumônerie catholique pour les trois collèges-lycées publics de Saintes. Je dis chance, parce que mon milieu de vie est, de ce fait, constitué de jeunes qui, par définition, posent beaucoup de questions à l’aumônier. Monde d’adolescents et, en plus, le contact difficile mais fécond, avec nombre de professeurs. Eux vont me faire découvrir la vraie laïcité.

JEC, scoutisme et guidisme, Equipes enseignantes, Paroisse Universitaire etc… me prennent ce qui me reste de temps après les 29 heures hebdomadaires de « cours de religion ».A partir de la loi Debré, ces cours se passent à l’intérieur des bahuts. J’y suis heureux… Mais je prends peu à peu conscience que ma foi se délite dans un activisme forcené.

Ca commence avec le culte hypertrophié de la Vierge Marie. Lourdes, Fatima et surtout le dogme de l’assomption, m’encombrent au point que je refuse de prêcher aux messes du 15 août.

Il y eut aussi, au milieu du Concile Vatican II, la tentative des évêques français pour dissiper les nuages d’espoir répandus dans le clergé. A toutes fins utiles, ils groupèrent une cinquantaine de prêtres de l’hexagone à La Castille (Var) pour « recyclage théologique et pastoral » durant deux mois : juillet-août 1962. Nous étions quatre de mon diocèse. Pour moi comme pour beaucoup d’autres, ce stage eut des conséquences diamétralement opposées à ce qu’en attendait l’épiscopat !

J’ai commencé là à mûrir mon départ. Où était la solution ? Devenir « prêtre « Fidei Donum » ?

Premières démarches auprès d’un évêque au Pérou. Passer au rite maronite en partant au Liban (clergé marié) ? Après trois ans de cette recherche vaine pour vivre l’Amour hors de l’hypocrisie, nous sommes partis, ma future femme et moi, le cœur léger, sans dire « Au revoir »…

En septembre 1965, j’ai quitté l’Eglise romaine. C’était l’époque de la dernière session conciliaire.

Dès l’ouverture, Paul VI fait savoir aux évêques que la question du célibat sacerdotal ne sera pas à l’ordre du jour : « question réservée au seul Souverain Pontife ». Du coup, l’hémorragie des départs de prêtres s’intensifie. J’en fais partie. Mais j’éprouve le besoin de me ressourcer auprès d’autres chrétiens non catholiques.

Ce qui me fait partir de ma Saintonge natale pour venir dans le Midi de la France, c’est la proximité de la Faculté de théologie protestante de Montpellier. J’y passe deux ans. Une véritable libération spirituelle. Toutefois, je ne prends pas le poste de pasteur que me propose l’Eglise Réformée de France.

J’aspire alors de plus en plus à un travail manuel. Très bien ! mais à 38 ans, sans formation professionnelle …? Après un apprentissage par correspondance, de dessinateur de lettres en vue de la création de couvertures de livres : aucun débouché, à moins d’habiter Paris. Cependant la décoration intérieure d’appartements, m’intéresse fort. La tapisserie murale textile est à la mode.

J’en découvre les ficelles du métier et m’y exerce. En 1972, je peux m’inscrire au Registre de Chambre des Métiers de Nîmes. En 1978, je deviens commerçant en créant un magasin de tissus d’ameublement. Le petit commerce marche encore assez bien à ce moment-là. Pourtant, je le vends en 83 pour acheter la librairie- papeterie du village.

Autre remontée du temps : côté cœur. Ma vie conjugale n’a duré que quinze ans. Aboutissement logique d’un amour authentique, roboratif ; né au cœur de mes années d’aumônerie ; assumé très lentement parce qu’elle, aussi bien que moi, voulions respecter mon engagement dans un chaste célibat. Des années d’abstinence !

Des rencontres d’évêques, entre autre Alfred Ancel (Lyon) puis Léon-Etienne Duval (Alger), pour leur dire l’épanouissement sacerdotal que j’éprouvais dans cette relation amoureuse, mais hypocritement secrète. Réponse de droit canon d’un côté ; de bondieuserie, de l’autre.

De ces quinze ans de vie commune, heureuse et sans nuage, durant laquelle sont nés nos deux enfants, Emma en 66, Sébastien en 68, je puis dire que c’est elle qui a façonné en moi l’adulte que j’étais loin d’être auparavant…Le malheur a voulu qu’elle ne survive pas à une opération chirurgicale en 1980. Elle avait 49 ans. Notre cheminement spirituel commun nous avait déjà conduits, elle et moi, à la conviction qu’il n’existe aucune sorte d’autre vie après la mort. La fable-dogme des « fins dernières » recélait une douleur encore plus grande pour mes enfants devenus orphelins de Maman avant même leur adolescence.

Dans ces quelques lignes, j’essaie de remonter le temps à partir du présent. L’une des clés de la sérénité qui m’habite, c’est Michel Onfray qui ma l’a procurée. Il revient si souvent sur le passé (et le passif) de l’ère chrétienne. Il invite si souvent à entrer dans l’ère postchrétienne…Il est de ceux  (nombreux) qui m’ont aidé à consolider les multiples remises en question qui ont jalonné mon parcours. Aujourd’hui donc, je suis radicalement areligieux, mieux : irréligieux.

Le séisme ecclésiastique mondial dans l’église romaine, provoqué par des milliers de prêtres pédophiles, au mépris de la justice civile, parce que couverts par leur Autorité hiérarchique, va-t-il nous laisser muets ?

Nous qui avons connu le «système » et l’avons vécu de l’intérieur, à travers les engagements les plus divers, nous avons pour le moins un point commun : l’expérience du point de non retour.

L’Eglise depuis le XIIème siècle s’est autoproclamée seule juge de « la foi et des mœurs ». Les ravages de cette prétention magistérielle sont incommensurables. A preuve l’omerta, qui jusqu’à nos jours, était la norme, même et surtout en face de tels crimes.

Pouvons-nous continuer à nous taire, nous les Ex-prêtres, au risque de conjuguer indifférence et lâcheté ? Ce serait justifier la ladrerie d’un cardinal L.E. Duval, évêque d’ Alger qui, en conclusion de notre entretien, en août 1965, alors que je venais de lui exposer mon incapacité physique et spirituelle à vivre le célibat, avait résumé ainsi l’essentiel : « Au moins, que ça ne se sache pas ! » Combien parmi nous ont entendu le même faux-fuyant ?

Nous grouper, manifester, de je ne sais quelle manière, aurait peut-être un écho de vraie justice…à faire passer, avant de belles homélies sur l’Amour.

Il ne s’agit aucunement de porter le coup de pied de l’âne…encore moins de cracher dans la soupe. Mais il s’agit, hic et nunc, d’apporter chacun notre lumière, si faible soit-elle, dans ces ténèbres… qui ne sont pas que liturgiques !

Bernard
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 Réponse de Mgr Ancel 

J’ai bien reçu votre lettre du 8 juillet mais elle m’a rejoint en Amérique latine et je n’ai pas pu vous répondre pendant mon séjour là bas.
J’ai été très heureux de savoir que mon accueil, bien qu’il ne vous ait pas satisfaite, ne vous a pas non plus rebutée.
Ce que je voulais surtout vous dire c’est qu’il y a une manière d’aimer un prêtre en respectant son sacerdoce tel qu’il s’est engagé lui-même à le vivre. Cette manière purement oblative d’aimer demande sans doute un très grand effort spirituel : je ne crois pas qu’il soit impossible.

Je vous crois parfaitement quand vous me dites que « le sacerdoce de Bernard est votre première préoccupation » et c’est dans ce sens que les sentiments que vous avez pour lui doivent vous engager à avoir à son égard l’attitude qui est nécessaire pour qu’en fait son sacerdoce soit sauvegardé.

Ce que je vous dis est certainement très mal exprimé aussi je vous demande encore une fois de vous mettre en prière pour que le Christ vous éclaire en profondeur. C’est lui qui a appelé ses apôtres, c’est lui qui leur a donné leur mission et c’est pour lui que les apôtres ont tout quitté. C’est lui aussi qui vous fera comprendre comment vous devez aimer Bernard selon sa volonté. Laissez-vous toute disponible. Ce qui est impossible humainement est possible à Dieu, pourvu qu’on laisse agir Dieu.

Je continuerai à prier pour vous. Que la lumière de Dieu vienne en vous et que sa paix pénètre tout votre être.

Alfred Ancel

Ndlr :Cette lettre est celle d’un fonctionnaire de l’Eglise, aux  arguments stéréotypés.
« respecter le sacerdoce » est-ce à dire que le sacerdoce se réduit au célibat ? Un prêtre orthodoxe marié est-il hors sacerdoce ? 

« aimer de manière oblative » :formule savante qui signifie : sacrifiez-vous ! 

Affirmer que les apôtres ont tout quitté est inexact.

Ont-ils répudié femmes et familles ? Où est-ce écrit ? Et la visite à la  belle-mère de Pierre ?

 Cette réponse est celle d’un fonctionnaire de l’Eglise, gardien intransigeant de la loi. Il ne tient aucun compte des sentiments humains et de la souffrance de la femme.

 Dominique

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 Mise au point

 Dans le témoignage précédent : “Remonter le temps”,  je fais une brève allusion à notre rencontre, ma compagne et moi, avec Mgr Ancel, en juillet 1964. Supérieur Général des prêtres et religieuses du Prado. Il avait un peu connu Michèle durant l’année de noviciat qu’elle passa à Limonest-Lyon en 1955-56.

La Mère Supérieure et son Conseil avaient alors jugé qu’elle « n’était pas faite pour la vie religieuse ». La Maîtresse des novices qui lui communiqua la décision du Conseil lui donna comme seul et unique motif : « Vous posez trop de questions ».

Neuf ans plus tard donc, visite à Mgr Ancel : pouvait-il nous aider à passer au rite d’une Eglise catholique uniate dont le clergé est marié : Liban, Syrie… . Aventure impensable !

De retour à Saintes, gros jean comme devant, Michèle lui écrit son ardente désillusion. En fait, elle n’avait pas digéré l’entretien en tête à tête qu’il lui avait accordé auparavant.

C’est le brouillon de cette lettre que j’ai retrouvé incidemment avec le courrier-réponse de l’évêque. Publiés ici en témoignage posthume, on y voit que le machisme ecclésiastique – à la femme de prendre  l’initiative de la rupture – est toujours aussi éloquent qu’il y a quarante cinq ans ! Même de la part de gens respectables parce que sincères !…

Bernard

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” Impose ta chance,  

  Serre ton bonheur  

   Et va vers ton risque.  

    A te regarder,

Ils s’habitueront ! ”  

          René Char

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Lettre de Michèle à Monseigneur Ancel

Père,

Avant tout, merci de votre accueil. Bernard et moi avions besoin d’une écoute.

Merci de nous l’avoir donnée aussi totalement…

J’entends encore votre dernière phrase me suggérant l’initiative de la séparation.

J’étais beaucoup trop bouleversée pour pouvoir dire un mot…

Sans doute ai-je reçu suffisamment de volonté pour en être capable… malgré l’écartèlement… Ce serait probablement un acte d’héroïsme. Me raidissant, j’aboutirais à une attitude stoïque – et rien de plus. La situation retrouverait son équilibre légal. Chaque chose à sa place. La marionnette dangereuse est évincée et tout le monde est bien content…

 Père, actuellement, pour moi, cette issue serait héroïque, fruit d’une volonté seulement humaine, parce que intérieurement, je ne l’accepte pas. Et il me semble qu’il y a une marge entre l’héroïsme et la sainteté. La grâce se soumet à des délais parfois très longs… et nous n’en sommes pas là…

Pourtant nous restons dans la main du Seigneur. J’en suis convaincue en dépit de tout…

Vous m’avez exalté la joie que j’éprouverais « en donnant un prêtre au Seigneur ». Père, pardonnez-moi mais pour moi mais pour moi ce sont de grandes phrases pieuses…parce qu’on ne donne rien à Dieu – On ne fait jamais que recevoir – mais pour entrer dans votre optique, cette joie je peux vous assurer que je la vis tous les jours – à chaque minute – que le sacerdoce de Bernard est mon premier souci – que je l’ai épousé à plein – entrant doucement, progressivement, dans le renoncement à l’infime quotidien, au fil des jours, pour que Bernard vive mieux son sacerdoce, que notre prière toujours plus commune soit aussi davantage un service de Lui et des autres auxquels Il nous a envoyés l’un et l’autre – mais sans rien bousculer – attentifs à l’évènement qui pourra peut-être précipiter les choses mais que nous ignorons et qui sera manifestation de Sa volonté et non notre volonté propre. Seulement nous ne poserons pas d’actes «  admirables ». Non ! Nous ne sommes pas admirables et nous le savons – mais nous savons aussi que nous sommes les deux petits enfants du Seigneur et qu’Il nous aime.

 Sans doute, vous demandez-vous : Alors pourquoi êtes-vous venus ? Nous voulions savoir s’il n’y avait pas un biais pour pouvoir vivre en plein jour ce que nous vivons en secret – c’est à dire un sacerdoce marié et nous avions pensé au passage à un autre rite… Bon ! rien n’est possible ! C’est tout.

Comme je vous l’ai dit en débutant, nous avions besoin aussi de le confier à quelqu’un sans qu’un anathème à priori nous soit lancé, et nous vous sommes infiniment reconnaissants de votre affectueuse bonté.

 Michèle

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JOSSUA, dominicain, et le célibat imposé !

Je suis pris par la pitié que m’inspire tout ce que l’on fait dans l’Église au nom du célibat et je veux la porter devant toi, mon Dieu.

J’ai pitié de ceux qui sont privés d’une vie affective normale et qui en souffrent, alors que je ne vois aucun rapport de principe entre le célibat et ton royaume, et que je ne crois pas que l’on se rapproche de toi en devenant moins humain.

Pitié de ces autres qui déclarent en être satisfaits sans réaliser combien cette restriction les mutile, et combien ils transportent si souvent ailleurs les enjeux de leur sexualité.Pitié de ceux-là aussi qui vivent leurs transgressions sur le mode de la faute et à qui il n’est laissé d’autre issue pour exercer un droit fondamental d’humanité, que d’accepter de s’en accuser.

Pitié de certains qui, ne supportant plus ces contraintes stériles, doivent renoncer à des intérêts, un métier, un service qui donnaient sens à leur existence.

Pitié peut-être davantage encore de celles avec qui d’autres enfin se lient, sans vouloir ou pouvoir en venir à un partage de vie, et dont les justes aspirations sont sans fin déçues.

Autre chose, la chance d’être aidé par la foi en toi à assumer les blessures qui rendent incapable d’aimer ou les situations qui font devenir l’amour impossible.

Autre chose encore, l’aspiration à une vie communautaire dont il faudrait mieux comprendre si elle doit se lier au renoncement au mariage, si elle peut vérifier une maturité véritable et engager un voeu définitif.

Mais pourquoi cette obligation institutionnelle, ces pressions doctrinales, ce piédestal sur lequel on place le célibat, cette demande aussi insistante de la part de beaucoup d’amis mariés ou non, qui condamnent tant d’êtres à la souffrance, au silence – sans que tu y engranges rien. Mon Dieu, Dieu qui aimes ceux et celles que tu as créés.

Jean-Pierre Jossua,

Dominicain

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       Etre avec et comme tout le monde…

«  Nul ne doit être enfermé dans sa jeunesse »

Né au sommet d’une montagne cévenole, quatrième garçon sur cinq et une sœur, de parents catholiques très pratiquants, quel que soit le temps ou les inconvénients, à pied ou à vélo pour la distance praticable. J’ai souvent entendu parler de mon grand père qui se mettait à la disposition, avec son âne et sa charrette, auprès des gens en difficultés de déplacement, pour qu’ils « ne manquent pas la messe ». Aussi nous faisions partie des privilégiés dont les places étaient réservées dans le chœur de l’église, tout à côté de l’autel.

J’ai un frère de cinq ans plus âgé, toujours en fonction comme prêtre, qui fait l’admiration de la famille et de tous ceux qui le côtoient dans sa paroisse et dans les mouvements destinés aux plus défavorisés. D’ailleurs, nous les cinq garçons, avons fait nos études primaires et secondaires dans les institutions destinées à préparer à la prêtrise. Les prêtres de notre paroisse faisaient tout pour orienter les garçons et les filles de familles pratiquantes dans « la voie de la consécration à Dieu ». Avec le salaire de mon père ouvrier agricole, nos parents subvenaient juste au minimum vital. Ils ne pouvaient espérer mieux pour nous que d’être pris en charge par des prêtres ou des religieuses qu’ils vénéraient tant.

Ainsi, ayant connu la pension de l’âge de 10 à 25 ans, ma vie, comme celle de mes frères, s’est passée loin « des tentations citadines ». Les vacances, c’était l’occasion d’aider notre père pour le jardin et surtout pour chercher le bois dont l’énorme consommation s’expliquait par le besoin d’une température constante pour ma mère malade, en l’absence d’appareils à feu continu. J’étais heureux d’apporter ma part de soutien, comme mes frères ainés, mais j’enviais les copains du séminaire de ma région qui se promenaient en bandes de jeunes à vélo.

Donc je n’ai eu de contact avec la féminité qu’auprès de cousines plus âgées ou plus jeunes que moi et que je rencontrais peu. Il m’a fallu attendre le retour de l’armée, lors d’un stage de colonie de vacances, à 22 ans, pour parler à une fille qui s’est confiée à moi à propos de son père décédé le mois précédent. Je me suis ouvert sur nos échanges épistolaires à mon directeur de conscience perçu par toute la communauté comme un « saint » d’une grande humanité.. Il m’a dit de ne pas rompre ces échanges qui exprimaient pourtant notre affectivité de part et d’autre.

A partir de ce moment-là une sorte de libération intérieure m’a permis plus de concentration, de présence et d’enthousiasme dans toutes mes activités. D’Algérie où j’étais militaire, j’apprends que le professeur de chant grégorien « est parti avec une femme ». On peut juger de ce que représentait à l’époque cet évènement ! Je prends l’initiative d’écrire une lettre à lire à toute la communauté, comme prévu à « la lecture spirituelle ». J’y mettais vivement en cause le supérieur et les professeurs pour leur manque de considération à l’égard de cet homme. Ma lettre n’a pas été lue sous prétexte que je devais être en mauvaise forme. Mais à mon retour, le supérieur m’a demandé de le remplacer pendant un an.

A ce moment-là, j’ai pris conscience que cette relation non seulement ne m’éloignait pas de Dieu, mais m’ouvrait à une communion plus intense, à une unité en moi et avec le monde dans l’Amour indivisible que Jésus nous a révélé dans la Parole et dans sa chair. Cependant mon attachement ancestral à l’Eglise et à l’idée qu’il fallait « choisir entre Dieu et la femme » m’a poussé à regret à faire le pas pour le sacerdoce. Mon amie, prise dans le même cas de conscience, s’est mariée.

Mais voilà qu’au cours de mes quinze années de sacerdoce où je me suis investi totalement (paroisses, mouvements, aumônerie diocésaine), j’ai eu plusieurs occasions de rencontres affectives. Elles m’ont permis d’appréhender encore plus fort la richesse d’un engagement en couple et la compatibilité du service de Dieu avec le service des autres. Et en plus une sécurité et un bonheur qui évitent des situations plus scabreuses.

Atermoiements

Pour moi il s’agit d’une période de dix ans ! C’est long et c’est court…Que cela ne décourage pas ! Ce peut être autrement pour d’autres. De 1965 à 1975, on connaît une vague importante de départ de prêtres en France.

Je suis encore en paroisse (cathédrale) où les offices rassemblent surtout des personnes d’âge bien avancé. La plupart ne demandent pas autre chose à l’Eglise. Ma foi se nourrit et s’exprime par les textes que mes engagements en Action Catholique me permettent de relier aux évènements et à la vie de ceux que je rencontre. J’assure en même temps l’aumônerie d’un centre de caractériels et de jeunes ruraux. C’est là vraiment que je suis le plus à l’aise. J’expérimente l’importance de mon rôle et je découvre peu à peu les richesses des filles en responsabilité avec moi. On se tutoie. Je me sens de plus en plus libéré de ce personnage à part, au-dessus… autre… sacré… qui ne m’avait jamais convenu

En même temps, plusieurs collègues, Responsables diocésains ou nationaux, reconnus et appréciés par tous, y compris par la hiérarchie, choisissent de quitter leurs fonctions pour se marier. Je chemine avec eux. Nous aspirons tous à vivre notre baptême au milieu des autres, dans des engagements qui nous plongent dans la « vraie vie ». Nous faisons l’expérience que l’amour humain, l’amour d’une femme nous épanouit, nous ouvre à un dynamisme nouveau, à la liberté de « dire Je » comme l’écrit un collègue.

Je voudrais vivre mon sacerdoce en couple. En ces années post-Vatican II, l’éventualité du mariage des prêtres se dessine sérieusement. J’apprends qu’un psychanalyste de grande renommée, Marc Oraison ( médecin et prêtre, auteur de nombreux ouvrages sur la morale sexuelle), se préoccupe de cette question. Je le rencontre par deux fois à Paris, à l’occasion de mes passages. Mon point de vue correspond au sien. Il me dit tout faire pour sensibiliser la hiérarchie à la liberté de choix.

Ainsi, peu à peu mon drame de conscience s’apaise. On peut en effet parler de « drame de conscience » et je comprends que certains hésitent à faire le pas. Pendant tant d’années – de la préadolescence à l’âge de 25 ans, les années essentielles à la construction de la personnalité, on vit dans le conflit permanent entre la raison et le sentiment, qu’on croit antagonistes.

Depuis l’enfance on nous répète que nous nous préparons à être prêtre et donc consacré à Dieu seul. J’adhère à ce don de soi. J’ai une grande intimité avec Jésus-Christ. Je compte sur la Vierge Marie pour m’aider à lui être totalement fidèle. Je sais que je serai tenté par mon entourage féminin mais ce contact spirituel comblera l’absence de la vie de couple. Les relations avec les copains prêtres m’empêcheront d’être isolé. Je place au-dessus de tout cette exigence, bien acceptée, d’être tout à Jésus-Christ et aux autres.

Or, voilà qu’une jeune fille, elle-même toute donnée à la mission que je partage, vit aussi ce don de soi au Christ et aux autres dans le cadre d’une responsabilité en Action Catholique des Enfants, sans perspective d’une consécration.

Peu à peu je me fais à l’idée que, pour moi, le mariage n’est pas un obstacle à cette vie de don. J’exerce mes responsabilités en dehors de mon lieu de résidence. Nous sommes amenés à faire beaucoup de trajets ensemble en voiture. Nous nous sentons faits l’un pour l’autre. Tout ce qui était considéré comme obstacle – le physique, les sentiments – nous semblent nous rapprocher de Dieu.

Nous avons vécu quatre années en cachant cette aventure à nos familles. Rien n’est définitivement clair. Les dialogues avec les copains qui ont fait le pas ou ceux qui s’apprêtent à le faire ou qui n’en ont pas l’intention, nous aident énormément.

Notre décision est prise. Il faut, avant de l’annoncer, chercher un travail. J’étais prêt à n’importe lequel pourvu que je tienne le coup. J’avais appris avec l’Action Catholique que tout travail permet de remplir la mission à laquelle j’étais très attaché. Je supposais que ma reconversion serait mieux acceptée par mon entourage si j’étais au service de personnes en difficulté. Je prends l’avis d’une infirmière de l’équipe de JICF dont je suis aumônier. Elle pense que cette profession d’infirmier est bien dans mes capacités et mon tempérament

Alors je prends rendez-vous auprès de mon évêque. Il est fixé au début septembre, à la rentrée. Je rédige ma lettre de demande de « retour à l’état laïc ».

Ma copine est partie avec sa famille dans son pays basque auquel elle est très liée. Elle annonce sa décision à sa famille qui la prend mal. Un jeune du pays s’intéresse à elle. Souvent, au début de notre relation, il m’était arrivé de lui faire remarquer notre différence d’âge (11 ans). Elle me comparait à ses copains de fac qu’elle jugeait immatures. Major de sa promotion, elle préparait le concours d’éducatrice spécialisée. Elle m’écrit souvent. Je lui rappelle, avec une allusion à nos âges, que seul son bonheur compte pour moi. Dans toutes ses lettres, elle me répète : “Ne t’inquiète pas ! Je ne veux pas te perdre !”

Elle est de retour la veille de ma rencontre avec l’évêque. Elle accourt tout de suite et me dit : ” Il n’est plus bon de se voir ! Ce serait trop compliqué avec ma famille ! ” Le choc est terrible. Rien n’est plus douloureux, plus destructeur. Je fumais deux ou trois cigarettes par jour. Je suis passé à quinze, parfois plus… pendant un an. Convaincu que je ne pouvais vivre que marié, j’ai maintenu ma rencontre avec l’évêque comme si de rien n’était. Une bonne compréhension s’est instaurée dans l’échange que nous avons eu. Au point qu’il m’a proposé de présenter lui-même mon dossier au pape plutôt que de l’expédier au service approprié. Il aurait seulement voulu que je quitte le diocèse. Je l’ai informé de quelle manière j’avais pris en charge la mère de ma femme aux prises avec d’énormes difficultés. Seule avec un fils handicapé mental, je ne pouvais pas les abandonner. Il n’a pas insisté. Toute l’équipe de prêtres responsables sur le plan diocésain que j’avais réunis a jugé cette mesure non justifiée.

Ensuite, pendant un an, j’ai vécu une sorte de torture, avec parfois des intentions suicidaires, vite repoussées en pensant à ma famille. Comme j’étais toujours en relation avec les autres filles de l’équipe, l’une d’elles s’est attachée à moi. Un autre parcours de quatre ans nous a permis de modeler notre futur. Aucun problème avec sa famille. Mon parcours intérieur était achevé. Il s’agissait alors de concrétiser : le détachement des fonctions, la recherche d’un logement, la certitude de la réussite à l’entrée à l’école d’infirmières. Le diocèse m’a rémunéré pendant trois mois après mon départ pour me permettre l’installation dans cette nouvelle vie. C’était en 1976. L’autorisation de Rome s’annonçait longue à venir. Nous nous sommes mariés à la mairie, entourés de nos familles et de nos amis avec qui nous avons passé la journée. Le bonheur !

Nous nous sommes mariés religieusement deux ans plus tard, à la chapelle de la maison de l’évêque, en présence de deux témoins : le responsable JIC du département et l’aumônier diocésain et quelques copains, prêtres et laïcs. L’évêque nous a préparé un petit apéritif.

Une question se posait : ne vaudrait-il pas mieux ne pas avoir d’enfants pour que nous soyons plus disponibles pour exercer des responsabilités ? Ma femme voulait des enfants. Très vite j’ai admis que si je voulais un foyer identique aux autres, c’était nécessaire. Je ne le regrette pas… Trois jolies filles, me dit-on !!

Je n’aborde pas le comportement de l’Eglise à ce sujet. Beaucoup d’autres le font et bien mieux que moi. Les prêtres encore en fonction que je connais pensent qu’elle en viendra à permettre le choix entre mariage et célibat. Mais ils ont du mal à estimer les délais ! Les chrétiens que je rencontre regrettent que je ne puisse plus exercer mon sacerdoce. Je leur réponds que je cherche à vivre mon baptême comme tout bon chrétien. C’est déjà tout un chantier !

J’habite toujours dans le même quartier, la paroisse où j’ai été vicaire. Là, on m’a demandé d’être responsable d’une équipe liturgique. Par ailleurs je suis membre de l’équipe diocésaine de l’Action Catholique Ouvrière avec la responsabilité du Site. Tout cela se justifie parce que je suis à la CFDT et au PS. Ces engagements d’Eglise me permettent d’approfondir la recherche d’une approche de Dieu incarné en Jésus.

Ce conseil du père d’Axel Khan à son fils ” Sois raisonnable et humain ” je me l’applique à moi-même.
Agis selon ce que te dicte ta recherche éclairée avec d’autres pour faire passer l’HUMAIN avant tout”.

Beaucoup se demanderont : « Pourquoi cette demande à Rome ? » J’entends bien les reproches faits à l’institution. Mais je sais aussi qu’elle est nécessaire pour la coordination de tout un ensemble qui, ici est universel. Elle est en retard par rapport à l’évolution des esprits. Ainsi, mon témoignage situé à l’intérieur, dans des organisations qu’elle ne reconnaît que du bout des lèvres, me semble plus efficace. J’ai souvent été amené à exprimer que le plus important pour moi était de vivre mon baptême plutôt que d’exercer un ministère. Je n’ai jamais adhéré à la situation de « mis à part » qui serait intrinsèque au sacerdoce. Durant mes permissions de l’armée, j’ai toujours porté ma tenue militaire au lieu de la soutane. Etre avec et comme tout le monde pour que le témoignage de foi en Jésus n’apparaisse pas comme une affaire de spécialistes.

Pour les gens, le prêtre est d’abord un homme. Celui qui veut être autre chose se coupe des autres et son témoignage n’a pas de prise sauf auprès de ceux qui s’isolent. « Sois raisonnable et humain ». Ma mère le vivait. Alors qu’avec mon père elle nous a élevés dans l’obsession de plaire à Dieu et à la Vierge Marie, alors que malade elle était privée d’aller à la messe, alors qu’ elle se confessait à moi, alors que tous lui disaient leur admiration d’avoir deux fils prêtres… lorsque, avec une appréhension terrible, je lui ai appris que j’allais ma marier, elle m’a dit : « Je sais que tu as toujours pris tes décisions après réflexion avec d’autres. Si c’est mieux pour toi, c’est bien ». Elle a accueilli ma femme comme sa fille.

En vingt ans de carrière d’infirmier, dans mes relations à la paroisse ou mon quartier, je n’ai jamais rencontré d’incompréhension. J’ai toujours parlé clairement de ma situation. Ce qui a favorisé les échanges et parfois les confidences.

Je crois très juste la réflexion d’Edgar Morin à propos de son parcours et de sa rupture avec le parti communiste : Nul ne doit être enfermé dans sa jeunesse ».

Comment l’Eglise peut-elle exiger des engagements à vie de la part de personnes de 25 ans ?

Gérard

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Histoire d’un héritage

A partir d’une enfance étrangère à tout enseignement religieux, Françoise Lucot nous balise les étapes de son parcours spirituel adulte.

Mon père qui était franc-maçon, n’avait pas voulu endoctriner ses enfants, au sens religieux du terme, afin de les laisser libres, à l’âge adulte, d’entreprendre ou non, une démarche spirituelle. Chez lui, le spirituel n’était pas étouffé par le religieux. Cependant, il croyait au Grand Architecte de l’Univers et nous lisait volontiers des passages de l’Evangile de Jean dans lequel il trouvait une richesse symbolique qui rejoignait et éclairait sa recherche personnelle. Sa vie était fondée sur la morale républicaine, toute entière exprimée par les trois mots inscrits au-dessus de la porte de l’école communale où j’ai appris à lire : Liberté, Egalité, Fraternité.

Le plus important pour lui, c’était la connaissance de soi, la recherche d’une vérité, ou plutôt d’une sagesse que tout être humain porte en lui… sa «singularité» comme dit Marcel Légaut, un approfondissement personnel qui ne peut s’opérer que par un échange sincère avec d’autres, tel qu’il le pratiquait lui-même dans sa Loge. Lorsque j’ai abordé les études de latin en sixième, il s’est empressé de me dévoiler le sens d’un mot mystérieux, le mot « VITRIOL », grâce auquel il espérait me faire pénétrer dans l’univers secret qui était le sien. Je devais avoir 11 ou 12 ans… et je ne l’ai jamais oublié ! Il s’agissait des premières lettres des mots composant une phrase qui devait, me semblait-il, avoir des vertus magiques, tant je la trouvais incompréhensible : Visita Interiorem Terrae, Rectificando Invenias Occultam Lapidem, autrement dit «  Pénètre au plus profond de toi-même, en te rectifiant tu trouveras la pierre cachée. » C’était le “Connais-toi toi même” des philosophes de tous les temps.

Bien différents étaient les membres de ma famille côté maternel, catholiques pratiquants, sincèrement croyants et respectueux des rites et des enseignements venus d’en haut. Je découvrais lorsque j’allais chez eux les signes visibles de leur appartenance à un monde inconnu de moi et c’était assez effrayant pour mes yeux d’enfant. Je ne voyais que des images de mort et de souffrance dans ces crucifix suspendus au dessus de chaque lit, dans ces peintures très réalistes représentant un Jésus couronné d’épines, au visage couvert de sang, dans ces coeurs de feutrine rouge fixés sur les portes, symbolisant le sacrifice divin. Que pouvais-je y comprendre ? Le dimanche je ne les accompagnais pas à la messe, car ils respectaient la volonté de mes parents, mais ils en étaient sincèrement navrés. Je suis sûre qu’ils priaient pour eux, qui avaient failli à leur devoir le plus essentiel : faire de moi une bonne chrétienne.

Donc, pas de catéchisme, pas de messe le dimanche, pas de confession derrière un grillage, pas de poisson le vendredi…

Mais aussi pas de jolie robe blanche comme celles que portaient les petites filles de l’école qui venaient offrir une image à la maîtresse le jour de leur première communion !

Comment ne pas secrètement les envier ?

Le fait que mes parents fussent reconnus comme étant des artistes authentiques justifiait l’indulgence des bien-pensants à leur égard. Mais cela ne les empêchait pas de mettre en garde leurs enfants quand ils venaient nous voir. Elevées comme nous l’étions, sans foi ni loi, nous pouvions avoir une mauvaise influence sur eux. Il va de soi que l’appartenance de mon père à la Grande Loge de France demeura toujours un secret absolu. Je n’ose imaginer ce qui se serait passé s’il avait été divulgué.

En dehors de quelques familles apparemment sans histoire que nous retrouvions pendant les vacances, la plupart des amis qui fréquentaient habituellement la maison se souciaient peu des règles de la morale bourgeoise. Divorcés, ou vivant en couples « illégitimes », célibataires sans charges familiales, juifs étrangers ayant quitté l’Europe de l’Est, peintres poètes, musiciens, gens de théâtre… Notre vie n’était pas balisée par les repères sécurisants de la religion, et mes années d’enfance ont baigné dans ce climat de liberté, de tolérance et de fantaisie sans que j’éprouve aucun manque venant de mon ignorance presque totale des « choses de la foi ». La vie terrestre valait la peine d’être vécue : l’amour familial y tenait une grande place, ainsi que la priorité à toutes les expressions de l’art et de la beauté : musique, poésie, peinture… « Réussir sa vie » en harmonie avec soi-même et avec les autres semblait beaucoup plus important que de « réussir dans la vie »… il y avait là plus qu’une nuance !

Je réalise aujourd’hui à quel point cette conception de l’existence était déraisonnable et en même temps… évangélique, puisque les valeurs sur lesquelles elle s’appuyait étaient des valeurs « faibles » : l’amour de l’Art, l’accueil de l’autre sans exclusive, le peu d’importance accordé aux biens matériels et une conception de la réussite qui privilégiait la qualité de l’ « Etre » par rapport au « Paraître » et à l’ « Avoir ». Tout cela ne nous avait guère préparés, nous, les enfants, à affronter les réalités de l’existence… mais je n’en avais pas conscience.

C’est dans les années 60 que je suis entrée « sur la pointe des pieds » dans une petite équipe d’Action Catholique sans que l’on vérifiât mon curriculum vitae religieux ! Ce fut le point de départ d’une série de découvertes imprévues qui m’ont peu à peu tirée du sommeil spirituel dans lequel j’étais plongée, et qui risquait d’accompagner toute mon existence. Il est sans doute difficile d’imaginer, pour qui a été formé dès l’enfance par l’enseignement d’une doctrine religieuse qui repose sur des dogmes présentés comme des vérités absolues, quel choc peuvent provoquer sur un esprit adulte et disponible, certains textes évangéliques découverts « à l’état brut », c’est à dire sans initiation préalable. Puisque l’Evangile était pour eux LA vérité, pourquoi tant de chrétiens s’inspiraient-ils si peu du « code de vie » mis en lumière dans les Béatitudes et illustré par les Paraboles ? Pourquoi ce poids des rites, des interdits, et surtout cette hantise du péché au nom d’une morale qui justifiait toutes le hypocrisies ? Comment avait-on pu à ce point déformer ce qui m’apparaissait être au cœur du Message Evangélique : la priorité absolue donnée à des relations humaines fondées sur le respect des personnes et la reconnaissance de leur dignité ?

Questions jugées naïves mais que l’on me pardonnait, étant donné mon ignorance. Bien sûr, il ne fallait pas entendre ces textes au premier degré ! Or c’était justement leur caractère utopique qui me fascinait, car il correspondait aux aspirations secrètes que je portais en moi depuis ma jeunesse, pourtant « sans foi ni loi ». Avec une vision des choses aussi peu raisonnable, il n’est pas étonnant que je me sois sentie si proche de l’ « esprit » de Mai 68…

Avec le recul, je réalise à quel point mon entrée à l’A C I (Action Catholique des Milieux Indépendants) a été déterminante en cette période de recherche inconsciente. Alors que je croyais au départ qu’il s’agissait seulement de lire et de commenter dans des petits groupes informels quelques textes tirés de l’Ecriture, je découvrais peu à peu la richesse de ces échanges très libres à propos de notre vie et de celle de notre entourage sur ce qui motivait nos choix, nos réactions face à tel ou tel évènement, et surtout prendre conscience du poids des habitudes de pensée et de comportement, héritées ou acquises par conformisme.

Grâce à des remises en question parfois décapantes, je découvrais, pour la première fois, l’importance de la dimension collective… et cela changeait tout ! Cette confrontation de sa vie personnelle avec les exigences évangéliques n’avait pas pour but la recherche d’une perfection individuelle « pour mériter le ciel ». Il s’agissait avant tout de chercher comment répondre concrètement à ces questions essentielles : quel monde construisons-nous ? pour quel Homme ? Une interrogation qui sous-tendait tous les « thèmes d’enquête » proposés chaque année, qu’il s’agisse de la conception du travail, du rapport à l’argent, des relations sociales…

Quel monde construisons-nous ? Ce « nous » renvoyait chacun à sa responsabilité personnelle en tant que solidaire d’un ensemble, d’un « milieu social » dont il partageait les normes de vie et de langage. Après plusieurs années de militantisme « de base », lorsque je me suis retrouvée au Comité National, il a bien fallu que je précise mon identité, mon appartenance à un Milieu défini, puisque c’était là que je devais « Agir ». Il m’a fallu un certain temps pour reconnaître que je faisais effectivement partie de la Bourgeoisie Traditionnelle en dépit de mon passé. En référence à l’Evangile, transformer les mentalités de ce milieu qui détenait « l’Avoir, le Savoir et le Pouvoir » m’apparaissait être un préalable indispensable pour transformer la société tout entière, afin qu’elle devienne habitable et fraternelle. Le Dieu auquel Jésus se référait devenait enfin crédible. Il n’était plus « le Dieu Tout Puissant » auquel se soumettaient les cathos de mon enfance. Il avait confié à la liberté de l’homme l’achèvement de la création ! Pas question de considérer les malheurs et les imperfections du monde comme la juste punition d’un péché mythique dont il fallait, contre toute logique accepter et supporter les conséquences !

Mon parcours spirituel (je me refuse à employer le mot « religieux ») s’est donc déroulé dans le sens inverse d’une catéchèse traditionnelle dont le point de départ est l’affirmation de l’existence et de la toute-puissance de Dieu. Pour moi, tout a commencé par la découverte « primaire » du Message évangélique dont la cohérence, l’humanité, la modernité, révélaient si parfaitement la personnalité de celui qui l’avait inspiré, un certain Jésus de Nazareth, sans qu’il soit besoin, pour assurer sa crédibilité, de le faire entrer dans une construction dogmatique trinitaire en qualité de « Fils de Dieu ».

D’un côté, je découvrais avec étonnement et admiration, des laïcs et des prêtres ouverts et attentifs aux réalités du monde, ayant pris leurs distances par rapport aux diktats romains et aux contraintes dogmatiques, engagés au service des plus pauvres au nom de la Justice et des Droits de l’Homme. Ceux « qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas »

Ils pouvaient donc collaborer à cette même tâche qui devenait prioritaire, sans qu’il soit fait mention du salut Eternel promis à chacun « sous condition de sainteté. »

Mais d’autre part, cette découverte rendait d’autant plus incompréhensibles les rites et les paroles accompagnant les célébrations liturgiques auxquelles participaient fidèlement les mêmes chrétiens. Malgré mes efforts de traduction simultanée pour ne plus y voir que des symboles mythiques évoquant les croyances d’un autre âge, comment aurais-je pu reconnaître dans ce « Jésus-Dieu-fait-Homme, s’offrant en sacrifice pour racheter nos péchés par ses souffrances et apaiser ainsi la colère de son père », le Jésus qui m’était devenu si proche par son humanité, qui n’hésitait pas à transgresser la Loi quand la vie ou la dignité d’un homme étaient en jeu, souverainement libre et disponible à toute rencontre, prêt à payer de sa vie le prix de cette liberté.

Je n’arrivais pas à comprendre comment tant de chrétiens pouvaient encore se sentir en cohérence avec un tel langage, et surtout, comment ils ne voyaient pas quel obstacle celui-ci pouvait représenter pour que leurs enfants puissent à leur tour, découvrir la richesse et … la modernité du Message évangélique.

L’écoute de quelques enregistrements d’interviews de Marcel Légaut, ce « spirituel chrétien » dont j’ignorais l’existence, ont remis tout en place, comme si j’avais enfin retrouvé la pièce manquante d’un puzzle inachevé dont les éléments n’arrivaient pas à s’emboîter correctement… Tout devenait clair si la vie spirituelle ne se confondait plus avec les croyances religieuses, si elle se révélait dans la prise de conscience de ces exigences intérieures qui nous poussent à agir par fidélité à ce qu’il y a de plus essentiel en nous.

Jésus devenait « imitable », non par ses paroles et ses actes, correspondant à un univers culturel vieux de deux mille ans, mais par sa prodigieuse évolution qui, en quelques mois, l’avait poussé à contester et à enfreindre tout ce qui, dans la loi héritée de ses ancêtres, allait à l’encontre de la priorité absolue de l’Amour.

Par le seul exemple de son évolution , Jésus m’apparaissait vraiment comme « le libérateur de notre liberté », libérateur de cette force intérieure qui nous permet de devenir enfin nous-mêmes, capables de répondre, à notre manière propre, aux exigences qui donnent sens à notre vie.

Françoise Lucot  (Elle est décédée en 2009)
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« Faites ce que vous avez à faire.

Joyeusement si vous pouvez…

Il n’y a pas d’autre issue

Que de creuser votre sillon d’humanité…

Etre le plus humain possible…

Parmi les autres humains… »

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Solidaires… avec nos amies iraniennes.

Les droits des femmes, où qu’elles soient, nous concernent !

Shanhaz Ghomani, journaliste iranienne, a partagé la même cellule avec Sakineh, à la prison de Tabriz. Elle raconte.

C’était en 2006. Je venais d’être arrêtée pour la troisième fois parce que je publiais des textes contre le régime de Mahmoud Ahmadinejad et que j’alertais la presse et les radios étrangères sur les droits de l’homme en Iran. J’étais condamnée à huit ans de réclusion. Après sa condamnation à mort, Sakineh n’a plus été la même. Elle qui était convaincue que son innocence serait reconnue, elle s’est mise à dépérir. Elle ne parlait plus, ne prêtait plus attention à rien. Quand je me suis évadée, il y a deux ans, je l’ai laissée dans un état de santé déplorable. Elle n’avait pas quitté son lit depuis plusieurs semaines. Elle a été torturée comme je l’ai été moi-même pendant six mois

Pouvez-vous nous expliquer de quelle façon ?

J’ai été battue à coups de poings et coups de pieds, fouettée plusieurs fois. J’ai été attachée contre un mur, isolée pendant des jours et des jours avec les yeux bandés. Les gardiens arrivaient par surprise et me frappaient si violemment que je perdais connaissance. Ils m’ont brûlé la plante des pieds pour limiter les risques d’évasion. Parfois aussi, quand j’avais mes règles, ils m’attachaient sur un lit et me frappaient les pieds avec des câbles car la douleur est plus intense et plus durable dans ces périodes-là. Cela a duré jusqu’à ma condamnation.

Pouvez-vous parler du quotidien dans la prison pour femmes de Tabriz ?

Nous vivons à deux cents réparties dans quatre chambres de 12 mètres carrés, les unes sur les autres comme des animaux. Les pièces ouvrent sur un couloir dans lequel la plupart d’entre nous dorment à même le sol. Sakineh avait l’un des 16 lits superposés car c’était une des plus anciennes. Les conditions d’hygiène sont inimaginables. Il n’y a que 4 douches et nous y avons droit une fois par semaine. La nourriture est immonde. Nous y trouvons régulièrement des rats et des cafards. Nous ne mangeons que pour ne pas mourir. Les prières n’étaient pas obligatoires mais celles qui ne les respectaient pas étaient soumises à un régime encore plus dur. Nous sommes insultées en permanence. Beaucoup perdent la raison, parlent toutes seules. Celles qui arrivent enceintes donnent naissance à leurs enfants sur place et ils grandissent là dans des conditions atroces. Pour faire parler ces détenues-là, on les menace de torturer et de tuer leurs enfants !

Que souhaitez-vous ajouter ?

J’aimerais dire que le cas de Sakineh est terrible et cette mobilisation extraordinaire. Mais il ne faut pas oublier toutes celles dont je ne parle pas et qui subissent les mêmes abominations. Tout ceci est le fruit de la loi islamique. Je demande que la Cour Internationale de justice prenne en main la situation en Iran.

France Soir : Propos recueillis par Marie Marvie

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Appel à la libération de l’avocate Nasrine Soutoudeh

Le régime iranien a arrêté le dimanche 5 septembre à Téhéran, Madame Nasrine Soutoudeh, avocate de plusieurs prisonniers politiques. Déjà le 28 août, les agents du ministère iranien du Renseignement s’étaient rendus à son lieu de travail et à son domicile. Ils lui avaient confisqué des fichiers et des biens privés.

Le pouvoir judiciaire du régime l’avait accusée de « collaboration contre la sécurité de l’Etat et de propagande contre le système ».

Sarvnaz Chitsaz, présidente de la commission des Femmes du Conseil national de la Résistance iranienne, a estimé que « les arrestations massives de femmes – avocates, journalistes, militantes des droits de l’homme, militantes sociales, étudiants et autres – traduisaient clairement la crainte du régime chancelant de voir s’étendre les protestations populaires et le rejet du régime dans lesquels les femmes jouent un rôle de premier plan ».

« Il ne fait aucun doute, a-t-elle ajouté, que les arrestations, la torture, les exécutions et les lapidations ne vont pas empêcher les Iraniens, en particulier les femmes, de se battre pour instaurer la liberté et la souveraineté populaire en Iran ».

« Une femme sans hijab est comme une chaise à trois pieds » !

Avec l’ouverture des universités, les autorités ont affiché sur les murs de l’université de Téhéran et d’autres facultés des posters géants montrant une chaise à laquelle il manque un pied portant l’inscription : « Un e femme sans hidjab est comme une chaise à trois pieds ».

Le site étudiant Daneshjoonews qui rapporte cette information, indique que cette initiative de mauvais goût est l’œuvre de la direction des relations publiques de l’université de Téhéran. Elle s’inscrit dans la volonté d’accentuer la pression sur les étudiants et de propager, selon les mots du ministre de l’Enseignement supérieur Kamran Danehjou, « un climat islamique » dans les universités du pays.

Les autorités se plaignent régulièrement du non respect du code vestimentaire et appellent les agents sur le campus à faire preuve d’un plus grand zèle pour faire face au « mauvais hijab » des filles. Le régime entend rendre obligatoire le « costume islamique » pour les filles. Le régime a récemment annoncé un plan vestimentaire islamique

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Le vent ne s’arrête pas de souffler !

On entend parfois à propos d’un prêtre qui, pour fonder une famille, a été écarté de toute fonction dans l’ Eglise catholique romaine : “Il a manqué de fidélité.”

Or la fidélité s’inscrit dans une relation faite de réciprocité et de liberté. Lorsque j’ai été ordonné, j’avais 25 ans. Je sortais de douze années de séminaire, petit et grand. Mais j’estime qu’on ne m’avait pas appris à nous informer en allant chercher l’information; et pour cause, on ne nous en donnait pas les moyens. Cette société, je ne la connaissais pas car on nous avait fait vivre en marge d’elle et on m’empêchait de la connaître : un internat très strict, pas ou peu de contacts avec l’extérieur, pas de bibliothèque, pas de journaux, pas de radio et la télé n’existait pas. ” Le prêtre, nous répétait-on à tous bouts de champ, est un homme séparé !” Je n’ai découvert que bien plus tard ce qu’étaient les droits de l’homme, droits inaliénables pourtant. Qui donc peut priver un homme ou une femme de ce droit essentiel de fonder une famille ?
Aussi se pose la question : pourquoi une personne, une fois libérée du carcan de la privation d’information, une fois parvenue à la connaissance, n’aurait-elle pas le droit d’évoluer dans sa compréhension du monde et de changer de condition ? De plus en période de formation l’emprise de la religion sur nos esprits empêchait alors toute réflexion personnelle sur notre capacité de choix. Dans le temps qui avance, le même devient autre, il croît, il décroît, il s’adapte, il grandit ou il s’affaisse. Nous avions emmagasiné des connaissances. Nous n’avions pas appris à réfléchir par nous-mêmes sur notre propre condition, ni bien sûr. à vouloir faire de notre vie un projet personnel, mais plutôt à nous glisser dans un moule.

Aujourd’hui je placerai en regard ces termes : fidélité et mission en posant cette question : ce célibat obligatoire était-il indispensable pour l’accomplissement de la fonction/Ministère ? Faisait-il corps avec la fonction ?

·         Au cours de mes différentes responsabilités ecclésiales, j’ai ressenti cent fois que la manière d’exercer notre fonction dans cet état de vie n’était pas accordée avec le message que nous voulions annoncer. Un autre style de vie m’apparaissait plus évangélique. J’extrais ces lignes de la revue belge HLM : ” Un état de vie qui rapprocherait plus du Christ ? Non, mille fois non ! C’est chacune et chacun qui peut emboîter le pas au Christ en regardant le monde avec ses yeux, en aimant de sa passion, en respirant de son souffle. Le Christ invite simplement à vivre l’Evangile, c’est-à-dire à aimer passionnément… La discipline catholique du célibat n’offre pas une coloration particulière au ministère sacerdotal, mais elle le décolore en tant que passage obligé. Seule la liberté est coloration qui épanouit.”1 Personnellement le célibat ne me donnait pas un atout de plus pour aimer. Au contraire !
Quand il ne sera plus le passage obligé pour l’exercice du ministère, c’est à dire quand la fonction primera sur l’état de vie, le célibat de ceux qui le choisissent pourrait redevenir porteur de sens. Il y a confusion entre fonction/ministère dans l’église et état de vie.

– L’obligation du célibat apparait plus souvent comme un obstacle à l’épanouissement et à l’accomplissement personnel. A travers mes rencontres j’ai été très surpris de trouver certains curés peu épanouis, aigris même, repliés sur eux-mêmes, sur leur pré carré à défendre contre toute intrusion. Et je m’étais bien juré de ne pas finir comme ça ! Le milieu ecclésiastique lui-même, il est vrai, n’est pas vraiment fraternel et ça, c’est une surprise de taille pour un jeune qui arrive dans un nouveau ministère, son premier, dans cet univers d’hommes. Je n’ai par exemple jamais pris un repas à la table de mon premier curé, à fortiori de mon évêque, ni même jamais eu de véritable entretien ni avec l’un ni avec l’autre ! Ma première affectation, je l’ai connue par une lettre de 5 lignes. La seconde, par deux lignes dans la “Semaine religieuse”, petite feuille de choux hebdomadaire de l’évêché; mais aucun entretien, aucun dialogue ! seulement un impératif. La troisième, (il s’agissait pourtant de quitter temporairement le département pour le service d’un mouvement national !), idem ! Incroyable ! J’espère que ces pratiques ont changé depuis !
Aumônier diocésain d’un mouvement de jeunes, j’étais même considéré à l’époque par certains curés comme un prédateur : je venais “leur enlever leurs meilleurs paroissiens”, comme ils le disaient eux-mêmes ! Enfin lorsque, étant Paris, j’ai annoncé par une lettre à mon évêque mon intention de fonder une famille, il ne m’a proposé aucun entretien. On s’est quitté, en quelque sorte, par courrier interposé, comme s’il avait peur des constats que je pensais lui dire !

·         Je l’ai vue, cette obligation, comme une cause de l’immense solitude dans laquelle se débattaient ceux qui n’avaient pas les moyens de se payer une “bonne” à domicile en la personne d’une demoiselle en principe un peu plus âgée qu’eux, comme le voudrait le code de droit canon. Rentrer un soir d’hiver dans un presbytère vide, pas toujours bien chauffé et devoir préparer soi-même son repas n’a rien de particulièrement tonifiant ! J’en ai fait l’amère expérience en allant un jour aider un curé rural. Pourtant certains célibataires s’accommodent très bien de ce célibat, quand il est choisi. Pour les autres, on constate quand même pas mal de dérivatifs et de dérives !

·         Je l’ai vue comme l’une des causes de ce raidissement intellectuel qui fait qu’on ne conteste pas ce qu’a dit monsieur le curé ! Imaginons que celui-ci vive en couple, imaginons ! Il apprendrait à être lui-même jugé, apprécié ou critiqué par son épouse dans sa propre maison. Il n’y  serait plus déjà le chef incontesté. Il devrait accepter de rencontrer une opinion parfois différente, voire opposée sur des situations, sur des positions prises par lui. Enfin apprendre à dialoguer, à se confronter avec la personne qu’il aime par ailleurs et qu’il estime pour l’avoir choisie. Cette absence de “miroir à domicile” lui autorise bien souvent un comportement autoritaire, une absence de recherche de consensus; elle lui donne le sentiment qu’en vertu de son sacerdoce il a la vérité en toutes choses d’ici bas… comme d’au delà, et donc le dernier mot !

·         Mais je l’ai perçue aussi comme un obstacle direct au ministère lui-même. Cette volonté de faire du prêtre un homme séparé, mis à part, sacré, est en complète opposition avec cette nécessaire incarnation. Elle le rend totalement étranger à la vie quotidienne des hommes et des femmes, ses voisins, ses contemporains. Il en est réduit à utiliser avec eux le langage d’un autre monde puisqu’il ne partage pas le leur. Réel obstacle pour transposer dans une vie laïque les exigences de la foi en Jésus. Nous n’étions pas engagés au milieu et avec les gens et dans une société que nous voulions pourtant aider à se transformer. Nous étions marginaux, sur la touche. Pour préserver l’institution, nous étions voués à voir de loin la vie des autres comme depuis un promontoire, à en juger, bien sûr, car eux-mêmes, mal formatés aussi, nous demandaient parfois de les conseiller ! Il me souvient d’une équipe de Vie Nouvelle dont je faisais partie avec d’autres collègues, jeunes vicaires aussi. Lorsque les militants laïcs partageaient leur vie professionnelle, leurs engagements syndicaux ou leur vie de famille et le souci des enfants… j’avais l’impression d’être complètement déconnecté. Expérience salutaire, s’il en fût.

·         Je l’ai perçue encore comme un moyen de sujétion. Il est en effet plus facile de déplacer d’une paroisse à l’autre et à souhait un célibataire qu’un couple avec ou sans enfants; il est aussi plus couteux de leur offrir de quoi subvenir à leurs besoins. La hiérarchie a mis beaucoup de temps pour accepter que les clercs bénéficient de la Sécurité sociale. Combien de temps mettra-t-elle pour inventer les moyens de subvenir correctement aux besoins d’une famille dont l’un des membres – mari ou femme – travaille au développement des communautés ?

·         Les orthodoxes n’ont-ils pas un clergé marié (Cf. Plein Jour N°10, page 3), se basant d’ailleurs sur le concile de Constantinople de 691 ? Et aussi les anglicans, prêtres et évêques ? On s’était bien gardé de nous le dire au séminaire ! J’ai découvert aussi que bon nombre de pasteurs protestants mariés avaient été ordonnés prêtres dans l’ECR ! deux poids, deux mesures ! comme quoi c’est toujours possible. On peut changer les règles, d’autant plus facilement qu’elles ne sont que ds décisions humaines, très humaines. En 1980, des pasteurs anglicans et épiscopaliens mariés ont été ordonnés prêtres catholiques aux Etats-Unis; même chose au Canada et en Angleterre en 1994. Et aujourd’hui l’église catholique offre d’accueillir les prêtres mariés anglicans qui veulent quitter leur église et ce, parce qu’ils sont opposés à l’ordination de femmes prêtres chez eux… ? Un comble ! Ils sont opposés à l’ordination de femmes et on leur dit :”venez cehz nous”! de quoi renforcer le conservatisme de l’ECR !

Il n’y avait donc pas incompatibilité entre ces deux sacrements : mariage et presbytérat, comme on s’était chargé de le répéter dans les séminaires et aux chrétiens. Il suffisait que le Pape le veuille. Mais qu’est-ce que c’est que cette institution où, par la simple volonté d’un homme, ce qui apparaît comme une règle intangible et un fardeau insupportable pour beaucoup puisse être aussi facilement contourné en fonction de l’opportunité ?

Personnellement, lorsque l’heure de faire le grand choix imposé est venue, je me trouvais éloigné de mon diocèse. Cela m’a évité les réflexions désagréables, les pressions des responsables ou des amis même, les jugements hâtifs, les rejets aussi; certains chrétiens perdent alors leurs repères pour raisonner en fait comme n’importe quel membre d’une institution qui voit partir l’un de ses membres et le considère, oui, comme un traître à la cause. Ils voient rouge, confondent notamment quitter une fonction et quitter l’église ! Ils ne savent plus faire la différence entre la fonction et la dynamique de la personne, ni entre le prêtre de paroisse et le moine. Le respect d’une discipline imposée pour exercer un ministère de prêtre n’a rien à voir avec le choix personnel d’un homme ou d’une femme qui décide de prononcer le vœu de chasteté comme le font les religieux. Bien des gens font allègrement la confusion, y compris bien des journalistes !
Dans un film de série récemment diffusé (Louis La Brocante), un jeune prêtre tombe amoureux (pourquoi diable ! dit-on “tomber” ?); en proie au doute, il s’interroge sur son avenir : “Que faire ? Obéir à l’amour ou servir Dieu ?” Éternel conflit que Plein Jour rencontre bien souvent !
Mais la question ” Dieu ou une épouse” est-elle bien posée : ? Nous ne le pensons pas. Et nous savons que les erreurs de conduite viennent souvent d’une question mal posée parce qu’elle entraîne toujours une réponse et un comportement inadaptés.
Certaines compagnes prennent en écho une position très respectueuse : “Je sais qu’il tient à son ministère !” ou encore : ” Je ne veux pas qu’un jour il puisse me reprocher de lui avoir fait quitter un ministère auquel il tenait.”
Personnellement, la question ne s’est pas posée ainsi. Ce ministère, ce n’était qu’une fonction au service des chrétiens. La hiérarchie ne veut pas la faire évoluer ? Alors, parce qu’il y a d’autres manières de servir les hommes, je chercherai ailleurs.Il convient de reprendre sa vie parfois pour mieux la donner, hausser le regard au delà de l’horizon habituel après en avoir constaté les impasses. Il faudrait commencer par désacraliser cette fonction.
Dans un autre article, c’est sur ce second point que je voudrai réfléchir avec vous mais toujours à partir d’expériences concrètes, si vous le voulez bien.

Jean

1 Philippe Liesse in Libre Belgique. Cité par la Revue belge “Pavés”.

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Rencontre de Plein Jour à Lourmarin, en Provence

16 octobre 2010 à Lourmarin: c’était la 5ème rencontre interrégionale de Plein Jour:

Le 16 octobre, c’était aussi une journée de manifestations nationales pour la défense des retraites !
Conséquence: certains inscrits à la rencontre n ‘ont pu arriver à bon port. notamment notre secrétaire Sophie. Dommage! Ce fut pourtant une excellente rencontre. 

J’en retiendrai trois temps:

 Premier Temps : Tour de table le matin. Un grand climat de confiance réciproque a permis bien des échanges, des confidences même, par exemple sur les pressions supportées par tel ou tel lorsqu’il a décidé de répondre à l’amour et qu’il faut dépasser pour prendre une décision personnelle libre. On a parlé aussi des soutiens réciproques et des soutiens amicaux qui ont permis ce passage. On a soulevé le problème des compagnes avec enfants ; il faudra être en mesure de conseiller celles qui ont besoin d ‘une aide particulière lorsque le père se défile. On a précisé l’action de Plein jour à partir de quelques situations difficiles. PJ a permis à certains de prendre des chemins meilleurs, y compris quelquefois de rupture lorsque la perspective était sans issue. On a insisté sur le rôle capital d’information à jouer. Le grand public autant que le public dit chrétien doit savoir.

Le second temps n’était pas moins important. Jugez-en! Dominique avec ses amis locaux avait préparé un excellent repas à son domicile. Les 2 tables ont permis un nouveau temps de dialogue et de connaissance mutuelle que tout le monde a énormément apprécié : un vrai moment d’amitié.

En 3éme temps: une réflexion collective sur la sacralisation du prêtre. Dominique tenait beaucoup à cette réflexion. En effet en sacralisant la personne du prêtre, l’église en a fait un être à part et au dessus des autres.

Le sacré c’était à une époque “celui qui était censé avoir une relation avec un dieu, avec les dieux, avec la divinité”tel l’Empereur romain par exemple, ce qui sous-tendait l’idée qu’on ne peut accéder à dieu qu’à travers un intermédiaire, un médiateur.

Or Jésus casse ce modèle en discréditant la classe sacerdotale juive, la tribu de Levi qui officiait au Temple de Jérusalem dont elle percevait ses “honoraires”celle qui l’a fait condamner à mort. Pas étonnant d’ailleurs !

Dans les mentalités chrétiennes on a ancré cette idée que le prêtre, médiateur obligé (par le biais des sacrements, notamment par sa capacité d’absoudre des péchés ou de transformer du pain et du vin !) est un être séparé, à part mais aussi supérieur aux autres : “le plus haut service”disait-on. On mettait ainsi le sacerdoce au dessus du mariage dans l’échelle des perfections; de quoi tomber de haut lorsqu’on découvre les trés nombreux cas de pédophilie. L’église a cru qu’une fois séparé des gens on écouterait mieux le prêtre; c’est l’inverse qui s’est passé. Séparé des gens il est devenu incapable de comprendre leur vie parce qu’il ne la partageait pas; se plaçant au dessus”des gens, il a le plus souvent fait tomber d’en haut sur eux un message qui ne leur disait plus rien.

Le prêtre a cru alors qu’en aimant une personne, il se coupait des autres : “Si je t’aime, disait un jour un prêtre à sa compagne, j’ai peur que ça m’empêche d’aimer les autres ! ” Surprenant, non ?

L’un d’entre nous, à contre-courant des clichés traditionnels, pouvait affirmer “j’ai compris que la sexualité était le moteur de la spiritualité”.

Il  y eut même un quatrième temps:

malgré les grèves dans les transports, un journaliste est arrivé jusqu’à nous. Il prépare un film sur des histoires de vie cachées.

Il  cherche des personnes compagnes ou prêtres ou enfants de prêtres qui accepteraient de parler, à visage découvert ou caché par prudence. Nous en reparlerons. Mais nous nous somme aperçus qu’il convenait de dialoguer longuement avec des journalistes pour bien expliquer les situations et les interdits. Nous sommes toujours partagés entre notre volonté de parler, de dire ce qui se passe et le respect de l’anonymat de chacun.

Plusieurs articles du Bulletin ont déjà traité de ce célibat séparateur; nous y reviendrons.

Mais en fin de compte il faut bien se dire que cela n’a absolument rien à voir avec le message de Celui qui est tout de même la référence en la matière ! Il faut donc désacraliser ce qui est d’abord une fonction au service de communautés de personnes qui entendent suivre la voie de Jésus.

Jean

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Projet de film      /        Projet de film

Nous avons rencontré un réalisateur dont nous avons pu mesurer l’honnêteté et le sérieux dans la préparationd’un film documentaire. C’est pourquoi nous avons pris l’initiative de lui offrir nos pages pour lancer cette appel. Vous savez en effet combien il est effectivement important pour nous de briser ce mur du silence, cette « omerta » !

Merci de vos réponses que nous lui transmettrons.  Dominique

« Dans le cadre de la préparation d’un film documentaire exigeant et sérieux d’une durée d’une heure et demi, qui sera filmé dans plusieurs pays européens et aux Etats unis, et qui sera diffusé sur France Télévision, un réalisateur cherche à entrer en contact avec des compagnes de prêtres, des enfants de prêtres ou des prêtres en fonction vivants actuellement une histoire d’amour.

A ce stade, dans un premier temps,  ces contacts informels ne donneront lieu à aucune publication ou diffusion et peuvent rester anonymes. Au delà de ces contacts, le réalisateur cherche également des personnes qui pourraient avoir l’envie et le courage de briser le silence et de raconter pudiquement  leur histoire dans le cadre de ce film. »

Merci de contacter David André  : Davidandre123@yahoo.fr   +33 6 63 26 63 27

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El le dessin de Piem !

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