«

»

Plein Jour n°4 de Mars 2009

SOMMAIRE

logo_pleinjour
Dieu ou Elle” (Emission France Culture / témoignage)
Bibliographie
« Quand le célibat blesse »  (témoignage)
Lettre de Léon Laclau à l’évêque de Bayonne
Léon Laclau s’adresse aux amis
Un désastre (témoignage)
Homo presbyter (témoignage de Lucie)
Lettre au Pape (parue dans Libération)
La jupe et le cardinal   (Lettre indignée à André Vingt trois, archevêque de Paris)
Dessin Humour: la jupe et le Cardinal !

——————————————————————————————-

         « L’éloignement dans le temps ou dans l’espace
ne peut suffire à éteindre la flamme de l’amour vrai. « 
 
Léon Laclau

——————————————————————————————————- 

“Dieu ou Elle” /  Emission sur France Culture

 Le célibat chez les hommes d’Eglise

    Comme nous l’avions annoncé, c’est dans l’émission « Surpris par la nuit » que France culture a abordé le problème du célibat chez les hommes d’Eglise. Anne-Marie, dont vous avez lu le témoignage en septembre (PJ2), y a participé avec un rabbin,  un pasteur et un prêtre marié, François.

« Dieu ou Elle ». Ce titre accrocheur laisse entendre la confrontation de deux appels apparemment inconciliables.
D’une part, l’appel de Dieu à son service, sans partage. De l’autre, l’appel de la femme pour l’épanouissement de l’être humain dans une relation d’amour. Deux appels absolus demandant à être vécus ensemble. Alors qu’une Eglise intransigeante met le prêtre en demeure de choisir , par une rupture brutale, entre l’institution ou la femme. L’amour prôné par l’Eglise est idéologique, dogmatique, et non d’expérience. Lorsqu’il est vécu par un prêtre et une femme, il est diabolisé. Lui, contraint de quitter un travail qu’il a choisi et dans lequel il s’épanouit, subit, de surcroît, une vive souffrance qu’il partage avec sa compagne. Ce que ne peuvent comprendre nos bons pères célibataires bourrés de juridisme.

J’ai donc suivi cette émission. Dès le départ, je réalise que François n’est pas représentatif du dilemme : Dieu ou Elle. Il a quitté le ministère parce qu’il était en désaccord avec les prises de position  de l’Eglise sur la sexualité, et non pour l’amour d’une femme.

Anne-Marie, d’une voix parfaitement maîtrisée, raconte le choc de la disparition soudaine de son Ami après vingt trois ans de vie commune. Elle dit sa réaction contre le Supérieur qui, d’autorité, les sépare :
« Je n’ai jamais eu de colère. C’était pire !
J’ai éprouvé une haine, mais une haine sans nom à l’égard de ses supérieurs religieux.
Jamais  contre mon Ami.
Et je me suis trouvée très dure… J’avais peur de changer… J’ai dû lutter contre moi-même pour ne pas devenir méchante au fond de moi… J’ai souvent pensé à ce qu’avait dit Golda Meir à un groupe de Palestiniens : « Nous vous pardonnerons peut-être un jour d’avoir tué nos enfants. Mais nous ne vous pardonnerons jamais de nous avoir obligés à tuer les vôtres. »
Je comprends tellement ce qu’elle disait… J’en arrivais à souhaiter pouvoir faire le mal pour équilibrer ce qu’on m’avait
fait. »

Depuis ce moment dramatique, Anne-Marie a évolué.

 « Maintenant, je suis passée à autre chose. Je ne connais plus la haine, ni le sentiment de vengeance. Mais je voudrais dénoncer les abus de certains membres d’instituts religieux dans l’Eglise catholique romaine.
Je n’accepte pas qu’on m’impose le silence. »
En écoutant l’émission, on a pu penser que j’avais pris de la distance par rapport à mon histoire. Ce n’est qu’une impression. C’est un véritable cauchemar que je vis depuis deux ans et demi.
Au cours de l’enregistrement  de l’émission, j’ai lu le dernier petit mot que mon compagnon m’avait laissé sur la table. « Bien chère Anne-Marie, je t’aime et rien ni personne ne pourront me l’enlever. »
Là, je me suis effondrée. J’ai alors demandé à Isabelle Rossignol de ne pas garder ce passage où je perdais pied. Et par respect pour moi, elle a aussi passé sous silence le long moment au cours duquel je parlais de ce terrible soir où j’avais décidé d’en finir avec la vie.
J’espère avoir au moins su montrer jusqu’où pouvaient aller certains chefs religieux de l’Eglise catholique romaine pour que la relation entre un prêtre et une femme arrive à être complètement brisée.
Cela dit, je reste avec une indicible souffrance. »

     Il est dommage que le témoignage d’Anne-Marie ait été entrecoupé par celui de François. Il a perdu de son impact. On aurait pu lui donner davantage de temps en supprimant la chanson de Barbara. Une émission en direct aurait été plus vivante, plus dynamique,. Elle aurait davantage provoqué l’auditeur en le faisant entrer dans la réflexion. Mais elle a eu le mérite d’avoir lieu. Et en soi, c’est déjà beaucoup. Nous remercions la journaliste qui s’est attaquée à ce problème ardu.

Merci à Anne-Marie qui a eu le courage de se risquer à cet exercice, malgré sa souffrance.

Voici maintenant les réactions d’un ami, prêtre marié.

« J’avais lu, il y a quelque temps, le témoignage d’Anne-Marie. Et déjà, il m’avait scandalisé en découvrant comment l’Eglise, à travers une communauté religieuse, se permettait d’agir vis à vis de l’un de ses membres. L’entendre raconté sur les ondes, un soir de Noël, par la propre voix d’Anne-Marie, calme, pleine de souffrance retenue et seule pour l’assumer, cela devenait insupportable.

Ce comportement autoritaire n’est-il pas assimilable aux méthodes utilisées aujourd’hui par les sectes pour garder leurs membres, les empêcher de parler et de quitter la communauté.

Mise à  l’écart du prêtre que l’on cache, en l’éloignant d’Anne-Marie ( Il a été envoyé Canada ! ). Interdiction de rencontre, de courrier, de téléphone. Intimidation de la compagne par l’intermédiaire du Supérieur et d’un avocat. Menaces de plainte contre elle pour harcèlement. Sa culpabilisation en l’accusant d’être la cause de la maladie de son Ami. A ce stade, nous avons dépassé le domaine religieux pour atteindre celui d’un homme privé de liberté et de ses droits fondamentaux.

Un autre m’écrit : « Quant à moi, connaissant leur histoire et l’attitude cruelle des supérieurs religieux, j’ai été plus sensible à la “classe” avec laquelle Anne-Marie vit ce drame et essaie de le dépasser, même si, comme tu me le disais, elle est loin de l’avoir dépassé. »

De fait, après avoir hébergé Anne-Marie chez moi pendant une semaine, j’ai pu réaliser à quel point elle avait été ébranlée par la rupture brutale avec  son ami, et l’acharnement des religieux à les séparer en usant de l’intimidation à son égard. Sa sérénité apparente cache bien une réelle fragilité.

Un des collègues d’Anne-Marie nous écrit ce commentaire : « L’émission ” Dieu ou Elle ” apporta un jour nouveau sur la douloureuse situation du célibat imposé aux prêtres, et la mosaïque des témoignages montrait enfin la dramatique question du choix et de ses conséquences. Mais l’émission, par son ton mesuré, n’insista guère sur les affres vécues par celles qui, après de longues années d’amour mutuel et de partage, se voient, de façon subite autant qu’inexplicable, rejetées.

       Connaissant personnellement l’une des participantes, Anne-Marie, je ne puis qu’admirer la maîtrise avec laquelle elle témoigna. Cet apparent détachement, cette impassibilité illusoirement sereine constituent le fruit d’un important travail sur soi. Combien de fois, en effet, ne dut-elle pas être épaulée moralement quand, à travers ses larmes, elle s’apercevait qu’elle avait tout perdu, que vingt ans de bonheur s’achevaient en fumée, et qu’elle avait sacrifié à jamais ses espoirs de devenir mère.  

        Une émission radiophonique peut s’avérer trompeuse. Sous la voix aérienne et impeccablement posée, qui, aura décelé le tourbillon des incertitudes et des tourments, le gouffre des réactions désespérées qui incitent à commettre l’irréparable, et ce sentiment d’immense néant que l’on pourrait qualifier de déréliction amoureuse ? »

 


Petite bibliographie

La souffrance des compagnes de prêtres est bien réelle. Cependant, pour éviter de nous y enfermer et d’en faire un absolu, il est utile d’élargir notre champ de vision vers celles qui, dans les autres cultures, sont réduites à une sorte d’esclavage.

Nous avons lu :
« Syngué Sabour, Pierre de patience » de Atiq Rahimi (prix Goncourt)
Une femme afghane au chevet de son homme, profite de ce qu’il est inconscient pour lui jeter à la figure tous ses griefs.

 « Moi, Sampat Pal, Chef de gang en sari rose »
Témoignage original sur la condition des femmes de basse caste en Inde, sur la lutte constante contre les autorités légales masculines, contre la corruption, contre les traditions…

Sampat Pal  est cette femme qui, révoltée par l’injustice et les inégalités, a osé se dresser contre les puissants, en créant une sorte de milice féminine qui intervient chaque fois qu’il le faut, pacifiquement. La réputation  de Sampat Pal est arrivée aux oreilles de Sonia Gandhi qui l’a contactée.

« Ceci est ton corps » de Gabriel Ringlet
Ce livre en forme de journal intime, relate presque au jour le jour, la manière dont l’auteur, un prêtre, a accompagné avec une immense tendresse, une femme, son amie, pendant les huit derniers mois de sa vie. Un livre de spiritualité bouleversant et fort.

———————————————————————————————————————-
QUAND LE CÉLIBAT BLESSE (Témoignage d’une solitude)

             Le vendredi 23 janvier 2009, François, prêtre marié, et Chantal, sa femme, sont interviewés sur France Infos.

François insiste beaucoup  sur les conséquences néfastes de la solitude dans sa vie de prêtre.

« J’étais seul pour manger, seul pour prier. Je ne savais pas où célébrer la messe le dimanche… Je me suis jeté tête baissée auprès de personnes toutes prêtes à me donner une forme de reconnaissance – des femmes , bien sûr, qui m’apportaient tendresse, affection, chaleur.

 Au séminaire, les questions sur la sexualité, le célibat, la solitude, n’ont jamais été abordées. C’était tabou. N’y connaissant rien, on fait n’importe quoi. C’est le fait  d’avoir fait des enfants n’importe où, d’avoir eu plusieurs rencontres… Alors, les enfants se sont senties, elles aussi, trompées. Elles me reprochent de les avoir abandonnées…. J’ai toujours eu le souci de mes enfants, mais je n’ai jamais pu m’en occuper.

François a deux filles et sa situation est terrible. Pas de droit de visite, ni de garde. Il le vit très mal. Plus

tard, il a rencontré Chantal. Mais ils ont dû vivre dix années de liaison clandestine. Elle témoigne à son tour.

« Imaginez la frustration de ces femmes qui ont attendu pendant des années une relation sexuelle avec leur ami qui se limitait à des caresses. Elles ont mis sous le boisseau leur désir d’enfant. Et même certaines ont donné toute leur vie à un homme qui les abandonne quand  son  désir physique diminue. Alors elles se retrouvent seules, coupées de tous leurs amis. »

A part quelques rares exceptions, la hiérarchie de l’Eglise est-elle consciente des ravages causés par cette règle inhumaine ? Mgr Rouet, évêque de Poitiers, ose des paroles courageuses.

« Il y a chez les prêtres une immense solitude, qu’on a probablement trop favorisée. Combien n’ont personne à qui parler ! Le ministère du prêtre est dur; ça rabote beaucoup. Ce qu’on appelle la vie intérieure, c’est à dire la vie de prière, ne peut pas remplacer d’avoir quelqu’un en qui on a confiance, à qui on raconte ce qu’on vit et qui nous aide à remonter. Je comprends très bien qu’un homme, dans le sacerdoce, puisse arriver à des moments dépressifs, où il ne tient plus tout seul et où il a besoin de quelqu’un. »

Quel gâchis ! Cette discipline rigide empêche ces hommes de vivre. Mal dans leur peau, ils cherchent des compensations. Après les avoir côtoyés, un prêtre marié porte sur ces dérives, un jugement sans concession.

“Mon regard sur l’institution est fortement entaché : compagnes soumises ou dans l’ombre, jeux de séduction envers des paroissiennes, attitudes de notables fiers et peu respectueux des petites gens, intérêt très vif pour toutes questions financières, et affection particulière pour les bienfaitrices… autant d’attitudes qui me dégoûtent. Dommage pour la parole que ces « hommes d’Evangile » devraient transmettre.”

—————————————————————————————

LÉON LACLAU S’ADRESSE AUX AMIS

Léon Laclau
5, chemin de Boué
64800 Asson

) 05 59 71 46 03
Léon : leon.laclau@free.fr
Marga : mlamadon@hotmail.fr

                                                                                                                      Asson, le   28 janvier 2009

Chers amis,

Notre Sud-ouest panse ses plaies après le passage de la tempête “Klaus”. La région est triste à cause des victimes et des dégâts considérables mais elle est forte de cet extraordinaire élan de solidarité qui s’est exprimé alors que tous les moyens traditionnels de communication (téléphone, électricité, routes, chemins de fer) étaient coupés. Preuve que le langage du cœur peut dépasser bien des obstacles pour laisser place à l’entraide matérielle et au soutien moral.

Voici un an, je vous envoyais des nouvelles de notre “parcours de combattant”. Déjà, à cette époque, nous avions rebondi, grâce au soutien de nos familles et de celui de tant d’amis, connus ou inconnus; grâce aussi à l’emploi que j’avais obtenu au Conseil Général des Pyrénées Atlantiques. Marga est toujours infirmière dans un service Alzheimer.

En fin janvier, ce fut la parution de mon livre-témoignage : “Pour l’amour d’une femme, privé d’Eglise”. J’ai reçu beaucoup de réactions positives avec des encouragements à militer pour que l’Eglise évolue dans son fonctionnement. Les responsables religieux sont restés bien évidemment muets.

Le dernier trimestre 2008 a été marqué par deux temps forts :

Tout d’abord, notre mariage, le 4 octobre, à la mairie de Vic en Bigorre : un moment chaleureux, vécu avec nos familles respectives venues du Pays Basque et des Pays Bas et nos amis de la Bigorre, du Béarn et de la Gironde. Ce fut pour nous un immense bonheur de prononcer publiquement ce “Oui” que nous nous chuchotions au creux de l’oreille depuis tant d’années. Les médias s’étaient donnés rendez-vous ce jour-là dans cette jolie petite ville des Hautes Pyrénées. Elles étaient venues couvrir ce qui leur paraissait être l’aboutissement logique d’une belle histoire douloureuse mais aussi, couvrir une histoire qui interroge l’Eglise catholique. Je sais que les autorités religieuses ont été exaspérées par cette médiatisation alors que, dans la même période, elles se sont réjouies de la couverture exceptionnelle accordée à Benoît XVI lors de son voyage très “catholique et romain” sur les terres parisiennes et bigourdanes. Bien sûr, des journalistes présents m’ont posé la question de circonstance : “Cela vous fait quoi de ne pas pouvoir vous marier religieusement ?” – Rien…, leur ai-je répondu. Car je sais que le regard de Dieu est bien plus large que les restrictions disciplinaires de l’Eglise. Nous croyons que Dieu est heureux de nous savoir heureux et qu’il nous couvre de sa bénédiction.

Puis, en novembre, ce fut  notre déménagement et notre retour à Asson : terre de relations fortes et vraies tissées pendant mes dernières années de sacerdoce, terre de souffrances profondes occasionnées par la sanction de l’Eglise, mais aussi terre d’espoir pour une nouvelle insertion humaine et laïque dans ce Piémont pyrénéen que nous aimons tant. Nous participons déjà à diverses associations : ADMR (aide à la personne), Asson Animations (animation-village), Gais Montagnards (camps de jeunes, loisirs), don du sang. Nous nous sommes rapprochés de nos lieux de travail (25 et 20 kms au lieu de 50 et 40 kms).

Dans les courriers que nous avons reçus, vous êtes très nombreux à souhaiter que l’Eglise évolue dans son organisation et dans son rapport au monde.

“Notre évêque est très loin des gens; il écoute mais il vit dans une bulle dorée. On ne sent pas d’humanité chez lui. Je ne vois plus d’avenir dans cette Eglise hypocrite, loin des gens du peuple, inaccessible pour une grande majorité, très “jugeante” et qui est devenue une machine à exclusion. Pour moi qui suis catholique pratiquante, c’est révoltant. Une grande majorité silencieuse est de cet avis  et a pris ses distances non pas vis à vis du spirituel mais de l’Eglise catholique.”

Des expressions comme celle-là, des cris de révolte dénonçant l’hypocrisie dans l’Eglise, nous en avons reçu… par centaines. Sont dénoncés aussi, dans le clergé, les amours mal vécues, les jeux de séduction amoureuse, l’appétit du pouvoir ou de l’argent. Autant de dérapages, autant de manques à gagner pour l’annonce de l’Évangile.

L’Évangile garde toujours pour moi beaucoup de fraîcheur.  C’est une parole qui nous fait vivre dans l’espérance et qui nous donne envie de participer à la vie du monde. Mais l’Eglise est en souffrance. Les “cadres” vieillissent et se durcissent. Les courants traditionalistes, portés par une idéologie quelque peu réactionnaire, tentent de déconnecter les chrétiens des questions posées par le monde d’aujourd’hui en leur proposant une spiritualité sécuritaire faite de sacré et de liturgie (en latin, si possible). Nous avons de sérieuses raisons de nous inquiéter et nous devons rester vigilants.

Je me suis investi dans l’Eglise avec beaucoup de cœur pendant presque 30 ans. Aujourd’hui, je n’ai pas de haine mais une grande déception. Le fonctionnement même de l’institution enferme beaucoup trop de prêtres dans l’hypocrisie, souvent contre leur gré. Je pense à H. et à F. qui sont venus nous voir cet été. H. est prêtre, avec une importante responsabilité dans son diocèse. F. est sa compagne depuis plusieurs années. Son évêque, qui est au courant de la situation, lui a simplement dit : « Pas de vagues… ». Nous sommes ici dans le registre du « pas vu, pas pris » qui disqualifie ceux qui se réclament de l’Évangile, parole de vie et parole de vérité. Combien sont-ils à vivre ainsi, à la fois tiraillés entre leurs deux passions et conscients qu’ils imposent à leur compagne de rester dans l’ombre alors que, quand on aime, on aspire au grand soleil ?

Qu’y a-t-il lieu de faire ?

Il nous faut surtout continuer à garder la foi et à nous donner des moyens pour entretenir cette foi.

Il nous faut continuer à participer à une Eglise proche des gens, telle que Vatican II l’a souhaitée.

Il nous faut résister à tous ces courants conservateurs qui abusent de notre générosité et qui étouffent la vraie flamme de l’Évangile.

Il nous faut aussi libérer la parole au sujet de ces situations de souffrances que vivent tant de prêtres et de compagnes de prêtres. Les responsables de l’Eglise font la sourde oreille sur la question. Nous devons nous faire entendre. Alors, si vous êtes vous-mêmes concernés ou si vous êtes témoins de telle ou telle situation, prenez un moment pour témoigner. Et si vous connaissez quelqu’un qui est concerné, proposez-lui de témoigner. La discrétion à tous les nivaux sera préservée. Vous pouvez nous écrire, comme vous pouvez prendre contact avec Dominique VENTURINI (Cigalon – rue du Serpolet – 84160 Lourmarin, venturinid@wanadoo.fr). Elle est responsable de l’association « Plein jour », une association de soutien aux femmes qui sont désemparées face à l’amour impossible avec un prêtre et qui se battent pour l’abolition de la règle du célibat dans l’Eglise catholique romaine. (http://plein.jour.free.fr/).

Après le « parcours du combattant », c’est le temps du « parcours du militant »…

Marga se joint à moi pour vous redire toute notre amitié.

Nous vous souhaitons beaucoup de petits bonheurs tout au long de cette nouvelle année.

Léon Laclau

NB. Lire son livre témoignage : “Pour l’amour d’une femme, privé d’Eglise”.

———————————————————————————————————–
LETTRE DE LÉON LACLAU à l’évêque de BAYONNE

04 juin 2007

A Monsieur Pierre Molères, Évêque de Bayonne,

Père,

Le 23 avril, c’est déjà bien loin… pour certains. Vous avez eu le temps de tourner la page du “curé d’Asson”, une page que j’imagine plus embêtante que douloureuse pour vous.

L’Ouzoum s’est apaisé. Le torrent « ne charrie plus de boue et de débris de toues sortes » pour reprendre l’expression du Supérieur provincial des Pères de Bétharram.

Pour moi, ces cinq semaines qui me séparent du 23 avril sont inscrites dans la mémoire vive.

Je n’oublie pas que c’est vous, autorité diocésaine, qui m’avez sanctionné mais que vous n’avez pas eu la correction de m’apporter la lettre de la sanction. Vous avez préféré me la transmettre par une autre instance, celle de ma congrégation.

Je n’oublie pas que votre silence à mon égard reste pour moi un signe de bien peu d’humanité, pour ne pas dire un signe de mépris. Je n’oublie pas, et fort heureusement, ces voix innombrables qui se sont levées dans le Piémont et bien au-delà du Piémont pour m’apporter, nous apporter, soutien et réconfort. « vous avez tout fait pour que ces voix se lèvent », me direz-vous… Trop facile, ce réflexe d’autodéfense, surtout de la part de tous ceux qui ont préféré rester dans l’ombre, derrière les coupures de journaux, les flash info ou les sites Internet, plutôt que de venir sur le terrain pour voir et écouter.

Je n’oublie pas non plus ces centaines de courrier, de messages téléphoniques, de mails qui nous ont exprimé leur soutien, leur amitié mais aussi leur révolte face à une Eglise qui respire l’hypocrisie. J’ai des témoignages terribles d’hommes, des femmes, de prêtres qui ont souffert et qui souffrent encore. Certains mettent en cause des prêtres de l’Eglise diocésaine de Bayonne ou d’autres diocèses. Quand je pense à eux, et que je les vois si fiers lors de réunions ou de concélébrations, la nausée me gagne.

Je n’oublie pas enfin, votre attitude démissionnaire face à vos responsabilités de pasteur.

Heureusement que Léon Laclau est religieux ! « or un religieux ne peut pas vivre dans le concubinage de façon notoire ou secrète » (lettre de révocation du 23 avril 2007).

Certes, le vœu de chasteté et la discipline du célibat ne sont pas du même ordre, mais dans les faits, c’est la même chose, c’est le même engagement. Vous pensez tromper les gens en jouant avec les mots de chasteté et de célibat ? mais les gens ne se trompent pas car en ce domaine, ils n’ont pas besoin qu’on leur fasse des dessins. Ils savent ce que vivent certains de vos prêtres, jusque dans la Plaine de Nay. Mais leur situation est plus facile à gérer. Vous n’aurez pas une congrégation qui vous poussera au pied du mur et qui vous pourrez encore et encore continuer à faire comme si vous n’entendiez rien et ne voyiez rien. C’est donc, bien vrai, un séculier n’est pas un religieux…

Comme vous avez dû vous en rendre compte, pendant tout ce temps de médiatisation, je n’ai agressé, en aucun moment, ni l’institution de l’Eglise, ni ses responsables. Jamais je n’ai vécu ma situation dans un esprit de militantisme et mon amour pour Marga et ses enfants n’a pas altéré ma passion pour l’Évangile et pour l’Eglise. C’est bien cela que la population a voulu exprimer si fortement.

Par contre, votre attitude de « gardien de la discipline » me heurte : je me sens agressé à la fois par votre silence méprisant et par vos paroles empreintes d’hypocrisie. C’est pourquoi, je me donne à présent le droit de parler de ce que j’ai entendu et lu ces derniers temps et de ce que je vois encore. Je me donne aussi le droit de faire circuler ce courrier que je vous envoie.

Je sais que vous allez dans quelques jours prendre la route vers Asson. Dommage que vous ne l’ayez pas prise dans la période où la cour du presbytère ne désemplissait pas d’enfants, de jeunes, d’adultes, de papis et de mamies venant m’apporter, nous apporter, des paroles de soutien.

Pour chacun de nous, la route continue : beti aintzina !

Léon Laclau,

———————————————————————————————-
UN DÉSASTRE (Témoignage)

Faire surgir en un recto verso l’essentiel de mon histoire de couple n’est pas simple.

J’ai rencontré J. en février 1967 à Paris. J’étais permanente d’Action catholique depuis quelques mois et J. à cette période était religieux, prêtre, chargé le plus souvent, en dehors de sa vie communautaire, de ce que l’on appelait des ”missions ” dans divers diocèses ou dans les pays d’Europe francophones. A ce titre, et parce qu’il rencontrait des équipes d’action catholique sur le terrain, il était sollicité à l’équipe nationale pour participer à une réflexion un peu différente de celle que nous avions plus habituellement.

Il était sûr de lui, plein d’humour, charmeur, cultivé. Très vite, l’équipe entière l’a invité de plus en plus souvent et il est devenu aumônier national adjoint, ce qui l’amènera désormais à effectuer des séjours plus fréquents et plus longs à Paris. Il a, à ce moment, juste 30 ans et moi 22.

Je ne sais pas encore qu’une alchimie amoureuse s’installe. Les mois et les années intensifient la complicité. A Paris les occasions de sortie sont nombreuses : concerts, théâtre, restaurants, ballades etc.

Mai 68 nous donne de nombreuses occasions de profiter de moments privilégiés. L’air du temps nous encourage à nous débarrasser des jougs intellectuels.

En septembre de cette année-là, je réintègre ma province et je reprends mon activité professionnelle.

A ce moment, toute notre histoire aurait pu en rester là. Avec le recul, c’est ce que je crois. Mais bien au contraire, notre relation continuant à être clandestine s’est consolidée. Cela nous demandait une organisation serrée et une bonne capacité à mentir à tout le monde.

Nous nous projetions dans une durée, c’est certain. Mais si je faisais des projets de couple et de famille, J., lui, sans jamais me dire oui, ne me disait pas franchement non.

Je peux dire maintenant qu’il n’a jamais exprimé pendant ces années-là le désir de rompre avec sa vie sacerdotale et religieuse. Pendant cette période, il est devenu aumônier national et côté vie religieuse, il a été nommé adjoint du Provincial. Il est brillant; tout lui réussit. Il me considère comme son égérie. «Tu m’inspires” dit-il.

Le temps passe. En 70, (la contraception en est à ses débuts) je me retrouve enceinte et nous sortons de notre nuage. Lui, rejette cette grossesse. Il n’est pas prêt à se poser la vraie question du choix.

“Je vais faire des dégâts tout autour de moi . Comment je vais dire cela à mon provincial ? Tu ne peux pas garder cette grossesse ”.
Il est paniqué. Je suis abasourdie par cette panique, lui toujours si sûr de lui.

Je décide de conserver cette grossesse. J’aimais ce futur enfant, déjà. Période difficile, angoissante pour mon devenir. Mon entourage ignorait l’existence précise de J. Je devais décider de la manière de vivre cet événement qui allait ébranler comme un coup de tonnerre toutes mes relations familiales (scandale, émotion !). Ma famille très catholique obéissante, n’avait pas vécu l’ouverture des mentalités provoquée par Mai 68.

Je décide, en accord avec J., de chercher un emploi tous prés de Paris. Cela me permet d’éviter la confrontation avec mon entourage et de me rapprocher de lui. Je pense pouvoir vivre cette grossesse tranquillement ailleurs. J’ai à peine trouvé cet emploi que je perds mon bébé. Drame pour moi, soulagement pour J., qui compatit bien sûr, mais peut continuer sans perturbation visible ses activités.

Mon installation en banlieue proche permet à J. de venir me voir de plus en plus fréquemment, voire chaque jour. Nous nous installons dans une vie de couple (clandestine pour les institutions ).

J’informe ma famille. Cela se passe assez mal, mais je suis loin. Mes amis les plus proches sont déjà au courant et me gardent leur amitié. Ils gardent aussi le secret, du moins je le crois.

Nous continuons à vivre dans notre bulle. Cette situation ne peut se maintenir qu’au prix de mensonges permanents sur les retards et les absences de J. dans le cadre de ses responsabilités.

Cet engrenage me paraît terrible à posteriori. A cette période, cela me gênait un peu mais je m’en accommodais. J’étais amoureuse !

Je passe sur les turpitudes multiples que seuls ceux qui ont vécu une histoire proche peuvent imaginer et comprendre.

En novembre, je suis enceinte de nouveau. Cette fois, nous en avions tellement parlé. Il n’est pas question d’interruption de grossesse. Dans une inconscience aberrante, nous continuons notre vie, en faisant des projets de durée. Mais J. n’envisage pas du tout de changer ses activités. Je ne l’exige pas, non plus. Je me sens assez confiante pour ne rien exiger. J’adhère depuis toujours aux mêmes valeurs. Naïvement, nous pensons que les structures de l’Eglise pourraient évoluer.

Jacques aime ce projet d’enfant. Il ” se sent homme ” dit-il. Moi je nage dans le bonheur le plus total. Si ce n’est qu’à part les contacts avec les amis de mon milieu de travail, une de mes soeurs, un cousin, je suis très isolée. Ma grossesse est difficile au début et les questions d’avenir commencent à se poser de plus en plus fréquemment. Nous savons que notre vie va devoir s’organiser autrement.

J’éprouve trés fréquemment un puissant sentiment de culpabilité. Je me dis que j’aurais dû m’éloigner de J. et le laisser continuer sa vie toute dessinée. Mais très vite, à nous deux, nous balayons cette idée de nous séparer et nous repartons dans notre projet utopique.

C’est au cours d’une période de doute que je propose de m’éloigner (enceinte). Je trouve un emploi.

Très vite, désespérés, nous n’avons pas le courage d’aller jusqu’au bout de cette démarche.

J’ai appris beaucoup plus tard que certains collaborateurs de J. sentaient qu’il vivait une histoire secrète, mais ils n’osaient pas lui en parler. Ils attendaient qu’il en parle lui-même.

Les événements se sont accélérés après la naissance de notre fils. La difficulté de J. à faire un choix plus précoce, mûri et responsable, nous a fait subir des confrontations humiliantes. Il était détruit. Les hiérarchies, prévenues de notre situation par un aumônier diocésain, l’ont obligé à quitter ses responsabilités. Il a eu droit au chantage à l’argent. Démuni, destitué brusquement, il n’arrivait pas à se prendre en charge. J’ai douté de lui à ce moment, brièvement. Celui que j’aimais était dans la tourmente. Il n’arrivait pas à partager. Il ne se résolvait pas à faire de projet professionnel. Il ne pouvait penser à un avenir en famille. Et pourtant, il n’y avait rien de plus concret pour moi et pour lui que cette famille. Notre petit bonhomme était là et bien là. Nous étions ensemble tous les deux, clairement, sans mentir, sans broder la réalité pour la première fois depuis que nous nous connaissions.

J. a accepté un emploi, pour la forme. Il n’arrivait pas à l’assumer. Il était ”sonné” et ne réussissait pas à se “reclasser”. Son problème majeur depuis ce moment là, et jusqu’à ce jour encore, est, d’accepter que les événements de son exclusion du “système” lui aient été imposés.

J. n’a jamais plus voulu réfléchir avec moi à cette période qui nous amenait forcément à nous poser des questions sur notre manque d’anticipation, pour lui comme pour moi, même si les changements majeurs le concernaient essentiellement.

J. a fait comme s’il tournait la page. A ce moment j’y ai cru et nous avons vécu de nouveau dans notre bulle, heureux. Je pensais que l’horizon s’ouvrait à nous simplement.

Nous nous sommes mariés et avons eu deux autres enfants. Notre vie s’est déroulée sans ombre spéciale, pas plus, pas moins sans doute que toutes les familles.

Peu à peu, malgré la richesse de notre vie : engagements civiques et associatifs, enfants magnifiques et adorables, amis nombreux et très présents, relations avec nos familles restaurées, qualité de vie non négligeable, Jacques a développé cette malheureuse fuite que représente la dépendance alcoolique. Cette horreur fait des ravages au sein des relations familiales.

J’ai assez vite compris que ce mal puisait ses racines au plus profond de son histoire. Il a rejeté toute réflexion, toute recherche que je lui ai proposées. “Psychologie de boulevard” disait-il.

Le fossé entre nous s’est douloureusement creusé. Le silence de J. son refus de toute communication sur cette réalité, a eu raison de ma capacité à survivre dans notre couple.

Au moment de notre séparation, il a admis l’influence de sa mère sur son choix sacerdotal. Il a ajouté : ”Je n’ai jamais choisi d’avoir des enfants. » Phrase lourde de sens. Elle me pèse encore.

Il y aurait beaucoup à dire et surtout à réfléchir. J’en resterai là. Cette vie de couple va vraiment se clore officiellement en avril, par un divorce. Mais je sais que cette histoire se continue encore.

—————————————————————————————————
HOMO PRESBYTER ! (Témoignage)

                                                         Voile noir sur le visage, je suis en deuil; comme tant d’autres, de Vatican II et des espoirs suscités par ce dernier dans les années 60-70, notamment en ce qui concerne le célibat obligatoire des prêtres. Ce qu’on peut en dire maintenant sera bientôt devenu historique.

Lorsque cette génération  de prêtres post-Vatican II aura disparu, on sera vraiment dans l’Histoire.

A cette époque, j’étais en relation avec un ecclésiastique d’une trentaine d’années. Au travers de témoignages de prêtres et de leurs compagnes, j’aimerais faire revivre ces décennies d’espoir, tout en réalisant ce qu’il y a sans doute de présomptueux et d’utopique dans cette démarche.

Nous connaissons tous l’hémorragie qui a atteint ces hommes ayant quitté le ministère dans les années 70. Beaucoup sont partis pour se marier. Beaucoup aussi  parce qu’ils n’étaient plus d’accord avec les positions de la hiérarchie. Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est d’essayer de comprendre leur profil psychologique, et le pourquoi  de la souffrance imposée aux femmes que pourtant, dans la majorité des cas, ils aimaient.

Élevés dans une foi catholique autoritaire, où l’idée même du sexe était péché, ces hommes ont été formatés dès l’âge le plus tendre dans leurs familles ou les séminaires, à une défiance confinant à la haine de la femme-Eve. Seules les mères, Marie ou les vierges étaient, sinon pieusement reconnues, en tout cas tolérés.

Les voilà, une fois prêtres, lâchés dans la vie avec pour seule armure leur ordination, « en proie » aux femmes, nombreuses et efficaces dans les diverses associations de l’Eglise. Souvent, aux environs de la quarantaine, ce qui devait arriver se produisait.. Une attirance physique, émotionnelle, intellectuelle, entre deux personnes partageant les mêmes idéaux, et souvent chacune avec une qualité d’être assez rare.

Après avoir paniqué devant le sentiment amoureux dénommé « amitié » (le danger étant moindre !) commence le combat des deux pour comprendre ce qui leur arrive, l’inouï, la fatalité au sens des Grecs anciens.. Pour l’homme, la culpabilité est au centre de cette lutte qui va se jouer entre son amour terrestre et sa fidélité à un engagement contraint, moralement forcé. « Le célibat est dans la corbeille de l’ordination, à prendre ou à laisser » me disait mon ami. Finalement, la femme est mise de côté. Pour beaucoup de prêtres, leur amie est le révélateur de ce qui était déjà inscrit dans leur moi le plus intime : le désir intense d’un amour humain et la frustration de ne pouvoir le satisfaire.

Au bout de plusieurs années de réflexion, une minorité prend la décision courageuse de vivre leur amour au grand jour et de quitter le ministère. Ce n’est pas facile. Perdre son image de marque, affronter familles, collègues… trouver du travail…D’autres se contentent de vivre en couple, mais cachés, loin de leur lieu de travail. En effet, s’il n’y a pas dénonciation, l’évêque ferme les yeux, soulagé de ne pas perdre un bon serviteur alors qu’ils se font rares.

La compagne est plus ou moins d’accord, trouvant parfois ce compromis plus pratique. Personnellement, je connais six couples fonctionnant avec satisfaction, selon ce schéma.

Certains cas sont rendus plus douloureux par la tension parfois très vive entre elle et lui et aussi entre lui et l’Eglise. Une fois, dans un moment d’aberration, mon ami, un homme intelligent, m’avait dit cette phrase imbécile : « Je suis marié avec l’Eglise et comme dans tous les mariages, il y a des hauts et des bas. Mais on reste quand même.» Nous femmes, nous devrions nous méfier de ce type de discours.

Ces hommes sortiront rarement de cet enfer-mement intérieur. Leur libido est forte, mais ils ont appris à compartimenter leur vie. C’est  plus facile lorsqu’ils n’habitent pas la même région. Hypocrisie et lâcheté – c’est dur à dire – font partie intégrante de leur vie et de leur personnalité. Ce sont des hommes à tiroirs avec un temps bien différencié entre leur ministère et leur vie privée. On serait tenté de mettre cette situation en parallèle avec celle d’hommes mariés ayant une maîtresse attitrée.

Dans la relation avec un prêtre, la femme souffre. Pas l’Eglise. Sa règle imbécile du célibat obligatoire  est cause de la souffrance de la femme. Tous deux se retrouvent  pour des soirées, des week-end, des vacances, où on joue au couple stable en sachant qu’après ces récréations viendra l’inéluctable séparation et son cortège de frustrations. Combien de fois me suis-je entendue interpeller « Madame, le pantalon de votre mari est prêt… ». Ni lui ni moi ne bronchions…

Dans cette optique, c’est finalement la femme qui gère le moins mal son quotidien. Grâce au courrier, aux conversations téléphoniques, et surtout dans l’attente des prochaines retrouvailles, si brèves soient-elles. D’une certaine façon, elle tient les rênes de la relation. C’est elle qui décide ou non de continuer ou bien de rompre. Lui n’a rien à perdre. Il a tout, le beurre, l’argent du beurre, le sourire ou la grimace de la crémière. S’il ne se sent pas trop harcelé, pourquoi rompre ce qui le satisfait, au moins en apparence. Cependant, on ne peut pas passer sous silence les moments parfois très tendus : reproches, demandes jamais satisfaites de la part de la compagne.

Elle sait que dans tout ça, il n’y a pas d’avenir.

On vit les bons moments qu’il daigne accorder… Si elle est jeune, elle renonce à une vie sociale de couple : pas d’amis communs, ni de rencontres familiales, ni l’espoir d’être mère un jour. Le pire, ce sont ceux qui, par leurs angoisses, leurs névroses, leurs peurs, jouent au yoyo avec celles qu’ils désirent. On ne peut plus parler d’amour à ce niveau.. Ceux-là sont vraiment des pervers dangereux, à fuir si on ne veut pas tomber soi-même dans la dépression, et même la folie. Un pas en avant, trois en arrière, des promesses rarement tenues, des reproches quasi constants, des retours d’affection suivis de périodes de silence où ils sont devenus injoignables. La liste est longue de tous les sévices moraux qu’ils font subir à leurs victimes. On ne peut rien attendre d’eux. Leur névrose confinant à la psychose est trop ancrée. La formation perverse qu’ils ont reçue, ajoutée à une fragilité psychologique les a déboussolés, rendus incapables de la moindre réflexion, totalement inaptes à décider de quoi que ce soit par eux-mêmes. On en rencontre parfois de ces “mystico-gazeux” au regard égaré, chez qui, lorsque la foi s’en va, la connerie reste.

Que peut faire leur amie ballottée au milieu de ce maelstrom ? Elle ne peut que fuir pour échapper à cet enfer. Cela demande du courage et ce n’est pas facile parce qu’elle aime et que, malgré tout, elle garde l’espoir qu’un jour il lui reviendra pour de bon. Je connais des cas dramatiques de femmes bousillées. Heureusement, la plupart s’en sortent lentement après des années de souffrance grâce à une nouvelle et heureuse rencontre, et au temps qui efface…le bon et le mauvais.

Tous les hommes d’Eglise ne sont évidemment pas des pervers ou des irresponsables.

Parmi eux, il en est de remarquables d’intelligence, de culture, de réflexion compassionnelle. Mais combien partagent une certaine attitude de componction  hypocrite, de  mépris certain et de méfiance vis à vis des femmes !

La sauvegarde de leur image de marque et la conformité au système les rendent sourds et aveugles à des problèmes fondamentaux jamais réglés. Entre autres, le célibat obligatoire. Pourquoi utilisent-ils la langue de bois ? Ils ne peuvent faire autrement, s’ils veulent demeurer au sein de la Mère Eglise. Ce sont, pour la plupart, des victimes consentantes, affiliées à la hiérarchie et fiers de leur chasteté.

Nous entrons en ce moment même, dans une ère  de glaciation avec Benoît XVI, le rétrograde, qui enterre en douceur, mais sans complexe, le concile Vatican II. Son Eglise va peut-être devenir une secte de fondamentalistes conservateurs…

Peu importe, car pour nous, le combat continue.

” Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font !”

———————————————————————————————-
LETTRE OUVERTE à BENOIT XVI 
               A propos de la levée des excommunications des évêques intégristes

 NSAE Vaucluse, Dominique VENTURINI
Rue du Serpolet, 84160 Lourmarin

Ce 26 janvier 2009

A Benoît XVI

 

L’agence AFP nous apprend que par un décret signé le 21 janvier, vous avez levé l’excommunication des évêques intégristes ordonnés en 1988 par Mgr Lefebvre. L’un des quatre, Mgr WILLIAMSON est négationniste. Il a affirmé récemment à une radio suédoise que les chambres à gaz n’avaient pas existé. N’est-ce pas un camouflet infligé au peuple juif, et la mise à mal du dialogue inter religieux ?

Curieusement,  le vendredi 23 janvier, Mgr Di Falco, interrogé sur France infos, refusait de répondre au journaliste. Devant l’insistance de ce dernier, il a protesté avec énergie : « Comment voulez-vous que je réponde à votre question puisqu’elle ne concerne que des rumeurs. A ce jour, rien n’est fait. Je ne puis donc vous parler de ce qui n’existe pas ! » ;

Quelle probité intellectuelle ! La hiérarchie serait-elle à ce point naïve ou méprisante, pour

penser que nous, le peuple de Dieu, nous avalons sans broncher tous ses mensonges ?  Trop

d’hypocrisie a ruiné notre confiance.

Une première remarque. Comment pouvez-vous annuler aussi facilement une sanction prise par votre prédécesseur, et par là-même le déjuger ? Qui avez-vous consulté ? La collégialité a-t-elle fonctionné ? Ou bien avez-vous tout simplement agi en monarque absolu ? Est-ce là le fonctionnement d’une Eglise UNE ?

On nous annonce cette « bonne nouvelle » comme « un pas très important vers la reconstitution de la pleine communion de l’Eglise ». Nous touchons là un point essentiel. Comment pourra se faire cette pleine communion entre les adeptes de la Fraternité St Pie X

aux  positions anti- modernistes, et nous chrétiens conciliaires tournés vers un dialogue avec le monde ? Paradoxalement, malgré leur « esprit filial et leur volonté de respecter « le primat du Pape », ces évêques ont tout de même posé un préalable à leur réintégration : la messe en latin, dos au peuple. Vous vous êtes empressé d’accepter. Pourquoi ? Est-ce la perspective de l’aubaine des 500 prêtres à récupérer ?

Après toutes les concessions que vous avez faites, on est en droit de s’interroger sur l’état d’esprit conquérant de Mgr Fellay quand il déclare qu’il espère « arriver bientôt à la reconnaissance des droits de la Tradition catholique que défend la Fraternité.  Notre seul et unique objectif est la restauration de la doctrine traditionnelle dans l’Eglise catholique. »A travers les paroles de ce prélat, c’est la menace d’un retour en arrière que vous avez déjà amorcé. Cinquante ans après le Concile Vatican II, vous entreprenez sa réinterprétation, afin de gommer ses aspects novateurs. Accroché au passé, vous restez imperméable aux nouveaux problèmes de notre époque : la place de la femme, l’évolution de la cellule familiale, le célibat ecclésiastique…Hanté par la peur, vous diabolisez cette société que vous jugez relativiste. Avec votre morale rigide, vous faites le vide.                                                                             L’avertissement prudent du cardinal Vingt-Trois nous semble judicieux. « La levée des excommunications ne signifie pas qu’il soit possible d’être catholique en faisant un tri dans l’enseignement, la doctrine et la tradition de l’Eglise…Un tel acte de discernement ne peut être qu’un acte d’Eglise, et non d’un groupe particulier dans l’Eglise. »

D’après le porte parole du Vatican, il reste à « définir le statut » de l’organisation intégriste. Ne court-on pas le risque  de transposer au sein de l’Eglise, le schisme extérieur actuel ?

Loin de nous résigner à cette restauration intransigeante, nous sommes bien décidés à promouvoir les initiatives du concile pour une Eglise plus vivante.

Respectueusement

Dominique Venturini

——————————————————————————————–
LA JUPE ET LE CARDINAL

 L’affaire remonte au 6 novembre 2008. Mgr Vingt-Trois, archevêque de Paris,  interviewé à Lourdes par Radio Notre Dame, en marge de l’Assemblée plénière  des évêques, sur le rôle des femmes dans la célébration des offices, avait répondu :

Le plus difficile, c’est d’avoir des femmes qui soient formées.
Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête.”

Une quinzaine de femmes catholiques, réunies au sein du « Comité de la jupe », ont déposé plaine pour sexisme, contre le cardinal devant le tribunal ecclésiastique de l’Officialité, tribunal ecclésiastique du diocèse.

Une autre réaction.

La Fédération « Réseaux du Parvis » réunie en Assemblée générale les 28 et 29 novembre 2009 à Saint Jacut de la mer (Côtes d’Armor) a publié cette lettre ouverte à André Vingt-Trois, signée par les 120 participants.

 

“C’est avec stupéfaction et indignation que nous avons entendu ces propos vulgaires, lors de l’émission « Face aux chrétiens » (6/11/2008)

Même sous couvert d’humour, tout mépris à l’encontre des femmes met en péril l’équilibre d’une société tout entière . C’est là un procédé de disqualification et de discrimination qui accentue la violence dont notre société a du mal à guérir, malgré les lois qui garantissent l’égalité des femmes et des hommes.

Un haut responsable d’Eglise n’est pas autorisé à se mettre en dehors des lois de la République. De plus, quel contre-témoignage au sein même de l’Eglise ! Une telle attitude est en contradiction avec celle de Jésus dans les Evangiles, lui qui ouvre aux femmes des portes et leur rend possible non seulement l’exercice du service (qu’elles accomplissent déjà) mais aussi celui du pouvoir de décision.”

 Une sympathisante nous a adressé, ainsi qu’à d’autres associations féminines, cette lettre vigoureuse.

 Monsieur,

Faisant suite aux propos que vous avez tenus au cours de l’entretien du 6 novembre dernier dans le cadre de l’émission “Face aux chrétiens”, je tiens à vous exprimer mon indignation qui ne saurait s’atténuer avec le temps.

Je considère vos paroles concernant les femmes « le tout ce n’est pas d’avoir une jupe, mais c’est d’avoir quelque chose dans la tête » sont insultantes pour l’ensemble des femmes, qu’elles soient catholiques ou non, en raison du caractère public de votre entretien.

En effet, les femmes ont conquis après des combats courageux, une place reconnue dans notre société, égale à celle de l’homme comme le stipule la Constitution Française. En qualité d’archevêque ce sont des faits qui ne sauraient vous échapper, et votre position de responsable de l’Eglise de France ne vous autorise nullement à humilier qui que ce soit, attitude en contradiction à celle de Jésus, votre Maître dans l’Evangile.

Si un homme comme vous, occidental instruit, en vue dans notre société, formule spontanément une telle réflexion à l’encontre des femmes, il n’est pas étonnant qu’ailleurs on les humilie et on les prive des droits les plus élémentaires.

Cependant, je ne suis qu’à moitié étonnée par ce que votre déléguée à la communication appelle « une formule simple », puisque l’infériorité des femmes fait partie de la doctrine de l’Opus Dei qui jouit d’une prélature privilégiée au Vatican.

En conclusion, je vous demande de retirer  publiquement vos propos et de vous excuser auprès de toutes les femmes, pour les blessures que vos mots ont occasionnées.                                                                                                         Marie Claude
—————————————————————

Dessin Humour: la jupe et le Cardinal !

 PJ4 La jupe et le cardinal