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Plein Jour n°8 de Février 2010


SOMMAIRE

PJ Site Image Bulletin généraleEdito : le printemps est là !
Stefania, un témoignage d’Italie  : même en Italie ! mais avec quelle répression !
Un ami de cœur  : des retrouvailles sur le tard pleines de tendresse et de chaleur humaine
Femmes debout ! : un appel pathétique d’une femme algérienne devant le Sénat
Non ! Je ne regrette rien : témoignage d’un prêtre qui s’est marié avec une religieuse
Georges et Stéphane : témoignage d’un prêtre
Libre conscience : poème
Pourquoi je ne suis pas prêtre : témoignage
Interception : Émission de France Inter du 15 novembre 2009 : « Interdit d’aimer »
Humour : Lettre d’un évêque anglican  !
Bibliographie
Piem : Il découvre la loi naturelle ! un peu d’humour encore !

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La fleur fragile, éphémère, gratuite,

        semble offrir le secret gracieux du monde

Le geste le plus menu, un sourire naissant peuvent

rendre présent le mystère d’amour qui se cache et

se révèle depuis la première aube sur l’univers.

L’attention aux êtres doit devenir

toujours plus intérieure,

plus dépossédée d’elle-même,

plus donnée.

                            Gérard Bessière : Ecoute le jour

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Editorial: le printemps est là !

 

Après la léthargie de l’hiver, partout dans la nature, la sève manifeste sa pugnacité à travers mille petits bourgeons.

Même frémissement dans ce bulletin, avec ce fil conducteur d’énergie :

Résister à l’emprise mortifère de la religion pour un essor de vie nouvelle !

Ainsi, Stefania soigne sa douleur par le projet de « Amore negato ».

A un âge avancé, Lysiane ose une amitié forte avec un prêtre.

Avec passion, Djemila Benhabib s’insurge contre toutes les violences subies par les femmes au nom des religions.

Louis patiente dix ans avant de rejoindre celle qu’il aime auprès d’handicapés mentaux.

Tout jeune prêtre, Georges conteste le célibat imposé de façon autoritaire. Avec Stéphane, son épouse, ils communiquent leur amour de la vie à de jeunes délinquants.

Dans “Libre conscience”, Philippe dénonce l’asservissement par l’institution, et revendique de vivre enfin libre.

« Pourquoi je ne suis pas prêtre », nous dit Bernard. Parce qu’il a refusé la contrainte d’une vie solitaire.

Enfin, « Interception », un espace de liberté à France Inter, où nous, compagnes de prêtres et prêtres mariés, avons pu exprimer notre désaccord avec l’autoritarisme de la hiérarchie de l’église.

Une page d’humour : cette lettre naïve d’un évêque anglican traduit bien notre étonnement devant une décision papale aussi abrupte.

Nous sommes invités à partager, partager ces joies, ces souffrances, ces espoirs.

Au coeur de chacun de ces témoignages, l’amour transforme les êtres.

L’amour nous transforme toujours, à longueur de temps.

Il reste à l’accueillir.
Dominique

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Vous êtes invités à la quatrième rencontre des adhérents de PLEIN JOUR.

Elle se tiendra à Paris le
SAMEDI 19 JUIN 2010 de 9h30 à 17h

68 rue de Babylone. Métro St François Xavier, ligne 13

Vous pouvez le noter déjà sur vos agendas.
Merci de nous signaler votre intention d’y participer avec adresse et mail.
Nous vous ferons parvenir d’autres renseignements importants.

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Témoignage de Stefania (Italie)

 Compagne de prêtre, j’ai, moi aussi, expérimenté cette condition particulière à de nombreuses femmes, et que nous connaissons toutes. Cela m’est arrivé il y a quelques années, en Italie, où tout est encore plus difficile.

Je m’appelle  Stefania et j’habite à Rome. Je suis tombée amoureuse d’un religieux et lui aussi de moi. Cependant, nous n’avons jamais eu une vraie liaison, parce qu’il ne s’est jamais abandonné. Pendant cinq ans, il n’a cessé de me dire que nous étions seulement amis. Et pourtant, je savais et j’avais la preuve qu’il s’agissait d’un autre sentiment. Au début nous avons collaboré à des activités de la paroisse, puis il a été déplacé vers une autre église de ma ville. Nous avons continué à nous voir, en trouvant toujours des excuses valables. Il m’embrassait souvent mais après il éprouvait un complexe de culpabilité si fort qu’il se sentait obligé de disparaître quelque temps. Parfois il me disait : « Je veux te rencontrer », mais après il changeait d’avis une fois, deux fois… C’était une situation très difficile à gérer. Enfin il a trouvé le courage de me révéler ses sentiments. Je  ne m’étais pas trompée. Mais à partir de ce moment là, c’est la peur qui l’a emporté. Il n’a plus jamais voulu me rencontrer ni m’écouter au téléphone. Quand, enfin, je me suis entendu  dire ce que j’avais désiré depuis si longtemps,  c’est le moment qu’il a choisi pour me dire « adieu ».

J’ai décidé alors de soigner la douleur de ma déception en essayant d’aider les autres femmes qui se trouvaient dans la même situation. C’est alors que  le projet “Amore Negato” est né.
En même temps j’ai commencé à m’interroger, à me poser des questions sur les « pourquoi » liés a ces situations. J’ai découvert tout ce que d’habitude l’institution catholique veut cacher. Alors s’est révélé le nouveau visage d’un Dieu qui déjà était en moi, que je connaissais déjà, mais qui n’avait pas encore de voix. Peu à peu, je me suis mise à fréquenter une communauté  de base. Là, j’ai compris comment se vivait la foi chrétienne dans le peuple. Maintenant je fais partie de l’Association : “Noi Siamo Chiesa” (En France : Nous sommes aussi l’Eglise) que vous connaissez déjà.

Chères amies, ici, en Italie, c’est vraiment très difficile tellement la peur est  grande. Beaucoup de femmes subissent des menaces, plus ou moins voilées, de la part des prêtres. Elles ne doivent pas parler, sinon ils les laissent. A celles qui ont eu des enfants, l’évêque  a demandé de les lui confier pour adoption !
J’espère vraiment que nous pourrons collaborer. Je m’engage à traduire certains articles du bulletin et à contribuer à la création d’un pont entre la France et l’Italie. Cela nous aidera à assumer nos situations et à faire écouter notre voix. Mais en Italie nous ne crions pas si fort… Merci aussi pour votre gentille invitation à la rencontre du 3 Octobre 2009. Je ne pouvais pas y participer, comme je l’ai expliqué à Dominique. J’espère  pouvoir vous rencontrer. Pourquoi pas à Paris, où il serait plus facile de vous rejoindre…
Merci.  A bientôt.

Stefania

PS. Plein Jour est actuellement en lien avec “Amore negato” (“Amour nié”), vous aviez compris le sens du titre de leur association !). N’est-il pas surprenant de constater à travers ses paroles le climat de répression qui peut régner en Italie et qui les empêche de pouvoir se réunir ou se déclarer au grand jour, “en plein jour”, en tant qu’Association de soutien !

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Un ami de cœur

 Un grand merci et un grand bravo à l’Association « Plein Jour » pour son difficile et si utile combat, qu’il faut poursuivre avec persévérance.

En ce qui me concerne, j’eus la chance de pouvoir partager avec un prêtre, une relation authentique de qualité, basée sur une confiance et une fidélité réciproques. Ce fut une rare et belle histoire, interrompue seulement par une mort soudaine.

Bien que mon cas ait sa particularité et sa différence par rapport à ce que j’ai lu, j’accepte de témoigner en totale solidarité avec mes compagnes inconnues, victimes de cette mesure disciplinaire toujours en vigueur, à savoir le célibat obligatoire des clercs latins. Ce qui souvent engendre de bien pénibles situations éprouvantes.

Par ailleurs, Dieu est Amour et l’amour est le plus beau sentiment humain. Nul plus que le Christ n’a tourné son regard vers les femmes, jusqu’à vouloir désigner une femme témoin de sa résurrection ! Très sincèrement, je crois qu’être au service de Dieu ne peut empêcher l’amour d’une famille.

Je demeure également persuadée que toute rencontre marquante ne dépend pas de nous, mais uniquement d’une volonté intervenante. Pour chacun, la Providence a ses propres desseins, parfois imprévisibles !

Tous deux, n’étions plus très jeunes lorsque nous nous sommes vus pour la première fois. Il exerçait son ministère dans une paroisse assez éloignée de mon domicile et donnait des conférences auxquelles j’assistais. De prime abord, je fus interpellée par sa bonté rayonnante, son intellectualité, sa forte personnalité, mais surtout par ce sentiment de sécurité qui émanait de toute sa personne. Cette sécurité si chère au cœur féminin ! Il savait mettre le cœur dans la parole et, près de lui, chacun se sentait reçu, accepté et compris. Délicieuse sensation… Le souvenir de cette époque m’était resté vivace, chacun ayant regagné sa sphère.

Au fil des ans, l’âge de la retraite venu, j’ai dû quitter, à mon grand regret, une profession intensément aimée, tout en me séparant de l’homme qui partageait ma vie.

Peu de temps après, survint le décès de ma mère, très proche, à laquelle j’étais profondément attachée. Le chagrin est intime et ne se partage pas. Effondrée par ce deuil, je suppliais le Seigneur de m’apporter aide et réconfort. Mes prières les plus ferventes ayant toujours trouvé écho.

Dans mon désarroi – et bien que n’appartenant pas à ma paroisse, retraité lui-même – j’ai cependant songé à contacter ce prêtre afin qu’il célèbre la messe. Ce qui fut accepté de grand cœur.

Dès nos « retrouvailles », je me sens entourée, « prise en charge ». Je ne suis plus seule pour affronter l’épreuve, mais aux côtés d’un homme qui m’assiste intégralement. Son regard plonge en permanence dans le mien, afin que j’y puise force, réconfort et amour. A ces instants, nous sentions être définitivement liés par une présence invisible mais puissante.

Depuis ce jour, conscients de l’inestimable cadeau offert, nous avons vécu une superbe affection, éblouis mutuellement par la force de ce que nous vivions. Dans mon destin, cet homme fut mon soleil, mon Noël au quotidien, ma renaissance. Dans un regard aimant, on se sent exister ! Il y avait entre nous une similitude de goûts et d’idéaux, une totale compréhension. Nous, c’était l’union de deux pensées en parfaite harmonie, l’union de deux cœurs qui s’entendaient jusque dans les silences, enfin l’union de deux âmes qui se dilataient dans tous leurs replis. Tout cela donnait à cet amour une tonalité pure, étincelante. Les mots sont impuissants à traduire le vécu. J’étais arrivée tard dans la vie pour connaître la profondeur d’une telle union, exempte de toute sexualité, mais empreinte de tendresse et de chaleur humaine. Pas de ronces sur notre chemin; seulement une immense ferveur qui nous faisait grandir en élévation sentimentale et spirituelle.

Cet amour là était chaste, insatiable, celui qui se nourrit d’une perpétuelle ouverture sur l’Infini, celui qui réside dans cet élan inachevable de l’un vers l’autre. C’était superbe !

Les belles histoires étant toujours tristes, le plus cruel pour moi fut d’assister à ses obsèques « anonymement » avec les autres paroissiens qui, eux, déploraient la perte d’un pasteur, alors que je vivais un drame dans la solitude de mon intimité. Dans le cercueil, je laissais mon véritable ami, mon confident et mon rempart contre toute adversité. Dur ! dur ! La mort toutefois ne sépare pas les défunts aimés.

Lysiane

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Femmes debout !

Dans le cadre de la mission parlementaire sur le voile intégral, cette lettre a été lue au Palais du Luxembourg par Djemila Benhabib. Ce vendredi 13 novembre 2009 était la journée « Femmes debout »,
organisée par Femmes Solidaires et la Ligue du Droit International des Femmes.

Djemila Benhabib est l’auteure de « Ma vie à contre Coran » publiée au Québec.

  Chers amis,

 Merci mille fois de ce grand honneur que vous me faites aujourd’hui, de me consacrer parmi les Femmes debout et de permettre à ma voix, celle d’une femme de culture musulmane féministe et laïque, de résonner dans cette prestigieuse institution de la République. Merci à vous, mes amies de femmes solidaires et de la Ligue du droit international des femmes pour votre travail acharné, permanent et indispensable, que ce soit dans les quartiers, auprès des femmes victimes de violences et discriminations, des sans papiers ou encore au sein des politiques et des instances onusiennes. C’est dire que c’est ici, localement que prend racine le travail pour le droit des femmes, pour se répercuter à l’échelle internationale. C’est dire aussi que la marche des femmes pour la liberté et l’égalité est une et indivisible. Lorsqu’une femme souffre dans un quelconque endroit de la planète, c’est notre affaire à toutes et à tous. Merci de nous faire sentir de mille façons que nous sommes les maillons d’une même chaîne.

 Voilà encore quelques années, je n’aurais jamais imaginé que ma vie de femme, que ma vie de militante serait si intimement liée au féminisme et à la laïcité.

 Je vous surprendrai peut-être en vous avouant que je ne suis pas devenue féministe en tournant les pages du « Deuxième Sexe », ni en me plongeant dans ce magnifique roman d’Aragon « Les cloches de Bâle », où il était question entre autres de Clara Zetkin et de Rosa Luxembourg, deux figures de proue du féminisme et de la paix dans le monde.

 Je ne suis pas devenue laïque en m’abreuvant de Spinoza, de Ibn Al-Arabi, de Descartes, de Ibn Khaldoun, ou de Voltaire, mon maître. Absolument pas !

 J’aurais pu tourner mon regard ailleurs pour me perdre dans cette enfance si heureuse que j’ai eue dans une famille généreuse, cultivée, ouverte sur le monde et sur les autres, profondément engagée pour la démocratie et la justice sociale. J’aurais pu m’égarer dans la beauté de cette ville qu’est Oran où il faisait si bon vivre au bord de la mer. Cette ville qui a propulsé la carrière littéraire d’Albert Camus, avec son célèbre roman « La peste » jusqu’au Nobel de littérature. J’aurais pu ne rien voir, ne rien entendre des brimades, du mépris, des humiliations et des violences qu’on déversait sur les femmes. J’ai choisi de voir et d’écouter d’abord avec mes yeux et mes oreilles d’enfant. Plus tard, j’ai choisi de dire les aspirations de toutes ces femmes qui ont marqué ma vie pour que plus jamais, plus aucune femme dans le monde, n’ait honte d’être femme.

 Pour vous dire vrai, à l’enfance et surtout à l’adolescence, je n’ai jamais rêvé de mariage, de prince charmant, de robe longue, de grande maison, d’enfants et de famille. Les quelques mariages auxquels j’avais assisté, en Algérie, me faisaient sentir que la femme était un objet bien plus qu’un sujet. Inutile de vous préciser que ma perspective était ultra minoritaire, car les femmes sont formatées à devenir des épouses, puis des mères dès l’enfance. Je devais avoir, quoi, cinq, six, peut-être sept ans tout au plus, lorsqu’on me somma de rejoindre ma grand mère dans la cuisine, car ma place naturelle était à mi-distance entre les fourneaux et la buanderie, de façon à pouvoir faire éclater mes talents de cuisinière et de ménagère, le moment venu.

En 1984, l’Algérie adopte un code de la famille inspiré de la charia islamique. J’ai douze ans à cette époque. Brièvement, ce code exige de l’épouse d’obéir à son mari et à ses beaux-parents, permet la répudiation, la polygamie, destitue la femme de son autorité parentale, permet à l’époux de corriger sa femme et en matière d’héritage comme de témoignage, l’inégalité est érigée en système puisque la voix de deux femmes équivaut à celle d’un homme, tout comme les parts d’héritage.

 Trop de femmes dans le monde se font encore humilier, battre, violenter, répudier, assassiner, brûler, fouetter et lapider. Au nom de quoi ? De la religion, de l’Islam en l’occurrence et de son instrumentalisation. Pour refuser un mariage arrangé, le port du voile islamique ou encore pour avoir demandé le divorce, porté un pantalon, conduit une voiture et même avoir franchi le seuil de la porte sans la permission du mâle, des femmes, tant de femmes subissent la barbarie dans leur chair. Je pense en particulier à nos sœurs iraniennes qui ont défilé dans les rues de Téhéran pour faire trembler l’un des pires dictateurs au monde : Ahmadinejad. Je pense à Neda, cette jeune Iranienne assassinée à l’âge de 26 ans. Nous avons tous vu cette image de Neda gisant sur le sol, le sang dégoulinant de sa bouche. Je pense à Nojoud Ali, cette petite Yéménite de dix ans, qui a été mariée de force à un homme qui a trois fois son âge et qui s’est battue pour obtenir le droit de divorcer… et qui l’a obtenu. Je pense à Loubna Al-Hussein qui a fait trembler le gouvernement de Khartoum, l’été dernier à cause de sa tenue vestimentaire

La pire condition féminine dans le globe, c’est celle que vivent les femmes dans les pays musulmans.

 Il y a aussi ce courant de pensée relativiste qui prétend qu’au nom des cultures et des traditions, nous devons accepter la régression, qui confine l’autre dans un statut de victime perpétuelle et nous culpabilise pour nos choix de société en nous traitant de racistes et d’islamophobes lorsque nous défendons l’égalité des sexes et la laïcité

Sachez qu’il n’y a rien dans ma culture qui me prédestine à être éclipsée sous un linceul, emblème ostentatoire de différence. Rien qui me prédétermine à accepter le triomphe de l’idiot, du sot et du lâche, surtout si on érige le médiocre en juge. Rien qui prépare mon sexe à être charcuté sans que ma chair en suffoque. Rien qui me prédestine à apprivoiser le fouet ou l’aiguillon. Rien qui me voue à répudier la beauté et le plaisir. Rien qui me prédispose à recevoir la froideur de la lame rouillée sur ma gorge. Et si c’était le cas, je renierais sans remords ni regret le ventre de ma mère, la caresse de mon père et le soleil qui m’a vu grandir.

 Tout ça pour dire qu’il est toujours possible de faire avancer les sociétés grâce à notre courage, notre détermination et à notre audace. Je ne vous dis pas que ce sont là des choix faciles. Loin de là. Les chemins de la liberté sont toujours des chemins escarpés. Ce sont les seuls chemins de l’émancipation humaine. Je n’en connais pas d’autres.

 Cette merveilleuse page d’histoire, de NOTRE histoire, nous enseigne que subir n’est pas se soumettre. Car par- delà les injustices et les humiliations, il y a aussi les résistances. Résister, c’est se donner le droit de choisir sa destinée. C’est cela pour moi le féminisme. Une destinée non pas individuelle, mais collective pour la dignité de TOUTES les femmes. C’est ainsi que j’ai donné un sens à ma vie en liant mon destin de femme à tous ceux qui rêvent d’égalité et de laïcité  comme fondement même de la démocratie. L’histoire regorge d’exemples de religions qui débordent de la sphère privée pour envahir la sphère publique et devenir la loi. Dans ce contexte, les femmes sont les premières perdantes. Pas seulement. La vie dans ses multiples dimensions, devient soudainement sclérosée lorsque la loi de Dieu se mêle à la loi des hommes pour organiser les moindres faits et gestes de tous. Il n’y a plus de place pour les avancées scientifiques, la littérature, le théâtre, la musique, la danse, la peinture, le cinéma, bref, la vie tout simplement. Seuls la régression et les interdits se multiplient. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai une aversion profonde à l’égard des intégrismes quels qu’ils soient, car je suis une amoureuse de la vie

 Rappelez-vous une chose : lorsque la religion régit la vie de la cité, nous ne sommes plus dans l’espace du possible, nous ne sommes plus dans le référentiel des doutes, nous ne sommes plus dans le repère de la Raison et de la rationalité si chères aux Lumières. Séparer l’espace public de l’espace privé en réaffirmant la neutralité de l’Etat, me semble indispensable, car seule la laïcité permet de se doter d’un espace commun, appelons-le un référentiel citoyen, loin de toutes croyances et de toutes les incroyances, pour prendre en main la destinée de la cité.

 Et je finirai par une citation de Simone de Beauvoir : « On a le droit de crier mais il faut que ce cri soit écouté ;il faut que cela tienne debout; il faut que cela résonne chez les autres. » J’ose espérer que mon cri aura un écho parmi vous.

 Djemila Benhabib

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NON… JE NE REGRETTE RIEN

Relire ma vie, dans L’ACTION DE GRÂCE pour mon parcours terrestre semé, comme partout, d’épreuves, mais constamment illuminé par l’amour, la tendresse, le don de soi.

Je veux également rendre un hommage, à travers MA FEMME, « à la femme », l’associée naturelle de l’homme; en pensant aux paroles de Dieu dans la Bible :  «  Il n’est pas bon que l’homme reste seul. »

Je suis né en 1935 de parents âgés : 43 et 53 ans. Mon père avait été dans les ordres. Je n’ai jamais su pourquoi il avait quitté. Marié, il perd sa femme, se remarie, perd son premier enfant. J’arrive moi aussi,  assez chétif : une pleurésie comme mon frère.  « S’il s’en sort, nous le consacrerons à Dieu », dit mon père. Je m’en suis sorti et j’ai vécu toute mon enfance avec le désir de réaliser le souhait de mes parents qui m’élevaient certes avec amour et tendresse mais dans une ambiance religieuse exclusive. Enfant de chœur, je me vois encore m’enfermer dans ma chambre pour dire la messe.

A 12 ans, petit séminaire… puis grand séminaire. A 26 ans, je suis ordonné prêtre. Quelle joie pour mes parents. Leur fils était prêtre. Mon père meurt l’année suivante, ma mère peu de temps après.

Et me voilà tout seul dans la vie; m’accrochant à ma foi et à mon apostolat. J’ai très vite senti que je ne pourrai pas apporter aux gens un message d’amour alors que moi-même j’en manquais énormément. C’est  alors que j’ai senti à travers tous mes contacts féminins, quelle force me donnerait la présence d’une femme dans ma vie.

Il y avait dans ma paroisse un orphelinat dirigé par des religieuses. Tous les jours je prenais mes repas au parloir et j’avais souvent la visite de la mère supérieure et directrice de l’établissement. Elle avait le même âge que moi. Nous étions amenés à travailler ensemble en organisant  des activités communes pour les enfants. Très vite quelques bonnes âmes ont cru bon d’en avertir mon évêque. Celui-ci aussitôt me conseille de changer d’air. Je lui demande alors d’aller faire un stage d’un an comme prêtre-ouvrier chez les Pradosiens à Lyon. J’ai vécu mai 68 avec les ouvriers manutentionnaires. Ce fut une année très riche en expériences pastorales.

A mon retour mon évêque m’autorise un travail à mi-temps et me confie l’aumônerie des mouvements CMR et MRJC de mon secteur. Je partageais le presbytère d’un brave curé de campagne.

Malgré l’éloignement, je n’avais pas oublié la religieuse. Nous  continuions de trouver des occasions de travailler ensemble. D’origine espagnole, elle était entrée au couvent en France pour pouvoir faire des études et donner une dimension plus riche et plus utile à sa vie. Éducatrice spécialisée, elle obtiendra à Rennes le diplôme de directrice de maisons à caractère social.

Pendant prés de 10 ans, nous avons vécu secrètement une amitié toujours plus attirante. Chacun aimait son travail : elle, auprès des  mal-aimés de la société. Que d’enfants ont trouvé auprès d’elle l’affection qui leur avait tant manquée. Moi. auprès des jeunes et des adultes du monde rural. Je donnais le meilleur de moi-même. Mais je restais en manque d’affection. J’ai récité souvent la prière du père Duval : prière d’un prêtre le dimanche soir, où il évoque la solitude du prêtre qui a tout donné, et se retrouve seul pour relire sa journée. Je pensais alors fortement à elle. Si nous pouvions reprendre ensemble des forces sous le regard bienveillant du Seigneur. Nous nous sentions de plus en plus prêts à vivre une vie amoureuse.
Et nos vœux ? et nos engagements ?

Lourde décision. C’est alors que mon amie religieuse commença une psychanalyse. Pour moi, c’était très clair; avec cette amie déjà donnée à fond au service des plus pauvres j’étais prêt, en toute quiétude, à vivre ma foi et mes engagements humains en renonçant à mon ministère, puisque je devais choisir : rester prêtre et célibataire ou me marier et quitter.

Libérée, elle aussi, du carcan qu’elle s’était imposée, mais tout aussi décidée à vivre sa foi auprès des handicapés mentaux, elle décide de se faire relever de ses vœux. Nous décidons de nous marier. La nouvelle au couvent a été bien acceptée par toutes les autres religieuses qui la reconnaissaient toujours comme directrice.

Mais l’évêque lui demande de quitter l’établissement. Très vite, elle prendra la direction d’un C.A.T avec 80 handicapés mentaux. C’est là que je suis allé la rejoindre comme éducateur technique. Nous y avons travaillé plus de 20 ans. C’est là, que nous terminerons notre carrière professionnelle.

Dès notre vie commune, nous mettons par écrit un projet de vie et décidons de donner de l’amour à un enfant. Nous adoptons une petite fille d’origine kabyle qui devient définitivement notre fille. Comme tous les parents, nous avons vécu de grandes joies, mais aussi quelques souffrances. Aujourd’hui elle est mariée, maman de deux beaux enfants et continue comme nous un travail dans le social.

J’arrive au plus dur de cette belle aventure humaine et amoureuse. C’est au moment où mon épouse  décide de prendre sa retraite qu’une foudroyante maladie nous l’arrache à notre affection. Lors de ses obsèques, j’ai chanté la gorge pleine de larmes le « MAGNIFICAT » pour sa vie si donnée aux autres dans un amour mutuel. Je suis persuadé qu’aujourd’hui elle est toujours là, nous envoyant des ondes positives et les soutiens humains et spirituels pour continuer notre route.

Il est certain que ma vie n’aurait pas eu un tel rayonnement sans d’une part ma foi en Dieu et d’autre part la tendresse et la chaleur humaine que m’a apporté la présence de la « femme », MA FEMME.

LOUIS

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Témoignage : Georges et Stéphane

Sonnet du printemps

Viens parcourir les prés, quitte enfin la maison,
Mon enfant, ne crains plus la neige trop brillante,
Un vent doux et léger remplace la tourmente :
Accueille avidement la nouvelle saison

Quel frisson te saisit ! N’avais-je pas raison ?
Vois la colline en fleur, la forêt envoûtante,
Le ruisseau qui gambade en la plaine ondoyante.
Respire des parfums la douce exhalaison !

Du soleil printanier l’éclatante lumière
Aveugle tes yeux bleus et plisse ta paupière
La nature frémit à sa douce chaleur.
Le paysan contemple en parcourant sa terre ,

Le blé qu’il a semé, la pâquerette en fleur,
Et patient, il attend la moisson qu’il espère.

 

Ce poème peut nous paraître naïf. Il traduit le rêve d’évasion d’un jeune, enfermé dans son séminaire de Lyon, depuis plusieurs années. Il nous donne quelques précisions sur l’atmosphère du lieu.

« Un tel poème m’a valu l’unique première place de mes trois années d’études à Saint Jean. Pour marquer l’événement, ( c’était la reconnaissance du poète de l’année !), au moment de la proclamation au réfectoire, les copains ont eu l’impertinence d’applaudir ! Un coup sec de sonnette a rétabli l’ordre. Et toute ma classe a reçu une lourde sanction. J’étais donc puni moi aussi. J’ai ressenti cette incapacité à mettre un peu d’humour dans notre vie de cloîtrés, comme un manque d’humanité et un abus d’autorité. Et je n’ai plus écrit de poème. »

Mon entrée au séminaire correspondait à une dynamique puisée au sein d’une famille où mes parents et mes aînés me donnaient envie de servir une grande cause : bâtir un monde de fraternité à la suite d’un Jésus qui s’y était engagé au point d’y laisser sa peau. On m’avait fait entrevoir que la prêtrise était la meilleure façon de réaliser cet idéal. Que c’était ma vocation…. Je ne pouvais me dérober… Pourtant, j’ai ressenti, tout aussi puissant, l’appel à l’amour, au mariage. Alors, pour être fidèle à ces deux « voix », au moment du sous-diaconat, j’ai pris l’engagement d’agir pour que soit supprimée l’obligation du célibat.

Ensuite, je me suis laissé accaparer par un ministère passionnant et très épanouissant. Au point de négliger ce projet, jusqu’au jour où s’est ouvert le concile. Dans ce contexte favorable à la réflexion et aux changements, j’ai pensé que le problème du célibat allait , de toute évidence, être remis en cause. La rencontre amoureuse est dans l’ordre normal de la vie. Imposer le célibat aux candidats au sacerdoce, est une loi inique, car elle s’oppose à la loi naturelle. C’est ce qu’affirment solennellement deux papes. Léon XIII en 1891.« Aucune loi humaine ne saurait enlever d’aucune façon le droit naturel et primordial de tout homme au mariage. »  Et Paul VI en 1967 : « Sans droit inaliénable au mariage ,il n’est plus de dignité humaine. » En 1948, l’article 16 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme précise : « L’homme et la femme, sans aucune restriction, quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier. » Le concile nous avait fait espérer une ouverture. Mais Paul VI a bloqué le débat en se réservant cette question. Puis son encyclique sur le célibat sacerdotal. reconnaît une dizaine de motifs valables pour la suppression de cette loi de simple discipline interne à l’église latine. Et, finalement, lui seul, pape, décide le maintien de cette loi.

Je me souviens de l’assemblée  du clergé du diocèse convoquée par l’évêque, à la suite d’une enquête auprès de ses prêtres. Dans le compte-rendu, aucune allusion à l’obligation du célibat. Je demande la parole pour faire remarquer que l’on ne citait pas ma position personnelle de rejet de cette loi. Et d’en tirer la conclusion : «  Si l’on ne tient pas compte de mon opinion, je peux estimer que la plupart de mes confrères sont du même avis, mais qu’ils n’ont pas non plus le droit de s’exprimer sur ce sujet. » Un silence pesant a suivi, comme seule réponse épiscopale. A la sortie, plusieurs confrères sont venus m’approuver. Mais leur silence est aussi très éloquent !

Le choix libre et volontaire du célibat pourrait avoir une valeur mystique. Mais qu’un autre en décide me paraît inadmissible. Et sa décision, non contraignante. Pour moi, cet acte d’autoritarisme contredit le : « Si tu veux » de l’Evangile

Interrogée à son tour, Stéphane, l’épouse de Georges, s’exprime dans un langage tout aussi critique.

«  Je peux témoigner que l’Eglise catholique n’est pas respectueuse des personnes qui font tourner la boutique. Sans tenir compte de leur vécu, on les contraint à entrer dans un moule préétabli. Avec les vœux, les instituts religieux fabriquent des sujets soumis, dépouillés, privés de leur libre arbitre, écrasés par le système, dès lors qu’ils ont fait un choix définitif : tout quitter pour servir Dieu.

Il y a 51 ans, c’est ce que j’ai fait Vingt ans d’expérience dans l’Action Catholique ont orienté ma décision. Mon directeur spirituel, un Jésuite que j’admirais beaucoup, l’avait approuvée.

J’ai donc quitté le cocon familial, mes parents, proches de la retraite, mes amis, ma profession, mon pays, l’Italie, et surtout les deux enfants de ma sœur qui m’en ont voulu de les abandonner.

A 31 ans, on a déjà toute une vie derrière soi. La chute fut dure face à la réalité : un pays inconnu, un petit institut très fermé, la difficulté de la langue, une santé fragile, et un rythme de travail auquel je n’étais pas habituée. Je suis arrivée à la profession sur les rotules.

Cet institut des Filles du Sacré Cœur gérait ses finances avec un sens très clair de ses intérêts. Ainsi, mes parents qui étaient pauvres, leur ont réglé ma pension mensuelle pendant mes trois ans de noviciat. En qualité d’étrangère en France, je devais produire un bulletin de salaire. Déclarée comme employée de maison, je réglais toutes les cotisations sociales, sur une paie fictive ! Tout ce que je percevrai de l’Enseignement religieux sera retenu par la communauté. En effet, au bout de plusieurs années, mes supérieures me destinent à une formation de catéchiste. Deux ans d’études à Lyon. Puis, je suis intégrée à l’équipe diocésaine d’enseignement religieux. Je travaille sur un plan d égalité avec les prêtres chargés de la catéchèse. Je me situe de plus en plus en dehors de ma communauté qui s’amenuise, faute de vocations. Un des vicaires de notre paroisse est en difficulté avec son curé et son évêque. Des liens d’amitié se nouent entre nous. Vous devinez la suite !

Ma rencontre avec Georges a été une révélation !La découverte de ce à quoi j’aspirais depuis toujours,  se réalisait. Avec lui, plus question d’une religion d’interdits, d’étouffement de mes élans vitaux, de renoncement. Homme de relation, épanoui, il suscitait autour de lui, l’envie de vivre, de se réaliser, d’inventer, d’être soi-même.. Il m’a fait découvrir que l’Evangile était ancré dans la vie de tous les jours et que Jésus voulait l’épanouissement de l’humain, et non le refoulement de ses aspirations profondes. Dans la paroisse où nous étions, ses opinions d’avant garde avaient heurté pas mal de personnes soucieuses de garder les habitudes acquises, l’intégralité des rites. Des oppositions se manifestèrent. C’est dans ce climat de contestation que nous nous sommes épaulés et que peu à peu, nous avons découvert que nous nous aimions.

Notre vie de couple a eu des débuts difficiles. Lui à Paris pour une année sabbatique, et moi à Nîmes.

(Une année d’hôpital à la suite d’un grave accident de la route.) Loin l’un de l’autre, nous avons eu le loisir de réfléchir et de peser notre décision. Ses visites étaient chaque fois l’occasion de reprendre confiance en ma guérison. Nous nous sommes mariés civilement à ma sortie de rééducation.

Ayant trouvé un emploi dans un centre de réinsertion de jeunes délinquants, Georges m’associa tout de suite à son travail. Nous étions très impliqués dans la vie quotidienne de ces jeunes. Notre témoignage de couple était important pour eux, tous en rupture avec leurs  familles dont lis se sentaient rejetés. Nous n’avons pas rencontré  trop de difficultés pour nous réinsérer dans le monde du travail. Acceptés tels que nous étions : ancien prêtre et femme de prêtre.

Transférés à Digne au bout de quatre ans, Georges a retrouvé Claude Bertin, un ancien collègue de séminaire, et sa femme Michèle, qu’il avait rencontrée lors d’une retraite. Nous étions dorénavant membres du groupe “Prêtres en Foyer de Marseille”. Des frères avec qui partager  notre désir de faire évoluer l’Eglise dans l’esprit de Vatican II. En 1989, départ à la retraite dans la Drôme. C’est là que nous avons connu ” Fenêtres “, et le couple Odette et Jean Desfonds. C’est à eux que nous devons l’organisation de deux journées mémorables à Lyon., avec des couples venus d’un peu partout. Puis, c’est la naissance de « Claire Voie », qui deviendra « Plein Jour ».

Le 1er mai 2009, Stéphane nous a quittés. Parmi les bouquets d’amitié reçus, j’ai choisi celui-ci :

« Tatie,

 Tu n’avais pas pour habitude de mâcher tes mots.

Fidèle à ta mémoire, je ne mâcherai pas les miens . Disons-le tout net

Tu étais têtue comme une mule et butée comme pas deux. Ce n’est pourtant pas ce que je retiens

Non, je retiens ton accueil inconditionnel à tous,

Ton ouverture d’esprit sur le monde, ta curiosité intellectuelle qui ont toujours forcé mon respect.

Je retiens surtout la force et la constance de tes engagements.

Femme de conviction, tu n’as jamais cédé au politiquement correct, ni à la facilité.

Tu es allée au bout de tes idées, de vos combats communs avec Geo.

Pars en paix, avec la conscience du travail accompli. »

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Libre conscience

Je suis gavé de ce lavage de cerveau,

Pour une bonne cause imputée au Très Haut,

Triturée par des scribes aux opaques œillères,

Qui ânonnent, rabâchent, les injonctions d’hier.

 

J’ai subi la violence d’un renoncement fou,

Sous dehors consentants, candide, je l’avoue,

Aux fondations profondes de ma nature d’homme,

Pour service sacré : castrat par choix, en somme.

 

Marcher les yeux fermés, aujourd’hui, je refuse.

J’ai promis de servir ; mais, vraiment ils abusent,

Ces serviteurs serviles d’une règle immuable,

Voix d’un ordre insensé, aux oukases implacables.

 

Mystifié, j’ai vendu mon âme, ma conscience,

Ma personne en bourgeon, toute mon existence,

Abdiqué de ma vie sous les fourches iniques

De cette institution, de pouvoir fanatique.

 

Devant le Rubicon du tabou sexuel,

J’ai plongé, résolu, m’inondant corps et âme ;

Rempli de ce bouillon d’élan existentiel,

J’ai éveillé l’humain, dont sommeillait la flamme.

 

Non, aucune chapelle, ni aucune obédience

Ne peut nous modeler dans son corset rigide,

Aucun divin ministre forger notre conscience

Dans les dogmes figés par ces aveugles guides.

 

Témoigner du divin ne tolère contrainte,

Ni asservissement, cela n’a pas de sens.

Libre, chacun recherche, en l’accouchant, sans crainte

Le chemin que lui souffle son intime conscience.

 

De l’homme, je défends, en tous moments, les droits,

Proclamés hautement par notre République.

Choisir son existence, refuser d’être proie

De hiérarchies sacrées, cultiver l’art critique,

C’est dignité suprême de l’homme, être unique.

 

Philippe Brand 

Prêtre marié,

Auteur de « Des prêtres épousent leur humanité »  Edition : L‘ Harmattan

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Pourquoi je ne suis pas prêtre !

 Je suis né à Marseille en 1947, le second d’une famille qui comptera huit enfants. Nous étions catholiques pratiquants. Pour ma part, primaire à l’école catholique, dix ans de scoutisme, et fréquentation de diverses aumôneries.

Aux environs de vingt ans, je me suis naturellement posé la question de m’orienter vers la prêtrise. Cette fonction, que je connaissais bien, m’attirait et je pensais avoir de bonnes aptitudes. L’ambition d’une carrière ne me concernait pas.
Cependant, une chose capitale m’a arrêté : je devais renoncer à l’amour conjugal et à pouvoir laisser après moi des enfants qui prolongeraient la lignée de ma famille.

Ma réflexion s’est prolongée pendant plusieurs années. J’ai poursuivi mes études, pris un travail et à 26 ans, avec beaucoup de conviction ,je me suis marié.

Mon engagement a été très fort. Nous avons eu trois beaux enfants et réussi beaucoup de choses. Mais après vingt ans de vie commune, ma femme a demandé le divorce.

L’épreuve a été terrible pour moi. La même année, je perdais ma femme, et mes enfants qu’elle a détournés, la ferme que nous avions restaurée, mon travail et par là-même, ma région. J’ai dû partir à deux cents kilomètres pour un autre emploi. Cette rupture majeure dans ma vie a été le point de départ d’une profonde remise en question de mon identité et de ma foi.

Aujourd’hui, j’ai retrouvé une compagne avec qui je réalise mieux l’épanouissement du couple. Elle et moi, nous ne sommes entiers que par la complémentarité du masculin et du féminin de l’autre.

Finalement, les circonstances de la vie m’ont fait découvrir, en deux temps, mon intuition de départ. J’ai eu d’abord le bonheur avec mes trois enfants, dans le couple et dans cette maison reconstruite, un symbole fort. Je vis maintenant la partie spirituelle et aussi charnelle de mon accomplissement dans le couple.

Je ne regrette pas mon orientation du départ. Ma vraie richesse, c’est mes trois enfants et la construction de moi-même à travers les épreuves. Ma compagne m’a aidé à renaître. C’est un vrai bonheur. Mais ma principale mission, c’est ma prise de conscience et ma capacité d’aimer.

Au seuil de ma retraite, je sais que j’ai eu une profession très intéressante, mais je n’ai jamais cherché à faire carrière. Au contraire. Seul, le dépouillement m’attire maintenant. Je n’ai pas besoin de toutes les consommations de la société, mais seulement de l’amitié des autres, de ma compassion pour eux et de l’amour de ma compagne. Cet amour sous toutes ces formes, ne vient pas de moi, mais de Dieu. Mon seul effort est de le laisser venir.

Si je m’étais engagé dans le célibat comme prêtre, je n’aurais pas eu d’enfants, et je ne connaîtrais pas l’épanouissement que génère l’amour mutuel avec une femme. C’est par ces deux éléments essentiels que je me sens pleinement homme. Des prêtres qui, au cours de leur vie, prennent conscience de leur nature d’homme, ressentent certainement cet appel de notre moi profond créé par Dieu.

J’aurais alors dû lutter pour éloigner de moi ce que la hiérarchie de l’Eglise nomme « tentation », en l’assimilant au Mal. Aboutir dans cette lutte, c’est devenir un être désincarné, uniquement axé sur le mental, avec seulement des idées sur Dieu.

Si l’Eglise autorisait le mariage des prêtres, il y a de fortes chances pour que je le sois aujourd’hui. Sous réserve d’avoir rencontré une femme qui partage à la fois notre amour de la simplicité et les contraintes d’une vie de prêtre. Peut-être puis-je déplorer de ne pas avoir pu donner dans une plus large mesure l’enthousiasme et l’amour que je porte à la vie.

Dans les arguments pour le célibat, certains disent que les prêtres ont ressenti, pour Dieu et les autres, un amour plus fort que pour une seule femme. C’est ignorer que nous sommes tous des êtres en création à partir d’étapes et d’équilibres. Prétendre au sommet sans avoir vécu la base, c’est comme faire son doctorat sans avoir passé le bac. On doit pouvoir y arriver intellectuellement, mais le socle est plein de vide. Quand on rencontre l’autre dans sa souffrance ou ses espoirs, on répond intellectuellement, mais pas en cœur à cœur, pas avec son vécu. Où est la vie en abondance proposée par le Christ ? L’institution Eglise n’aurait-elle pas des relents de pharisaïsme qui pratique les seuls rites visibles de la Loi ?

Le changement dans l’Eglise sera difficile à opérer. La volonté des décideurs s’y oppose. Beaucoup ont dû souffrir pour accéder à leur désincarnation. Il doit leur paraître injuste d’épargner aux plus jeunes ce qui a été sans doute le plus dur combat de leur vie. Peut-être leur faut-il aller plus loin pour découvrir par le haut la nature profonde de l’homme et de la femme, l’entité unique que Dieu a créée.

Bernard Nakul

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INTERCEPTION

 Le dimanche15 novembre. France Inter a diffusé de 9 à 10heures le magazine de la rédaction.

De cette longue émission, nous n’avons retenu que les épisodes significatifs.

Titre évocateur : “Tu n’aimeras point.” Vous avez compris : il s’agissait de l’interdiction faite aux prêtres d’aimer, d’aimer comme tout homme y est invité par la nature.
Alors que le Vatican vient de lancer une invitation à des anglicans prêtres mariés ; à rejoindre l’église romaine, la question revient donc dans l’actualité.
Thibaud Cavaillès,le journaliste de France Inter chargé de l’émission, a participé, à Marseille, à la rencontre d’un groupe composé en majorité de prêtres mariés ayant quitté leur fonction. Il en a retenu principalement le témoignage de Georges : “Après des années merveilleuses de ministère, j’ai quitté,  parce que j’ai choisi de me marier. Je trouvais cette loi du célibat absurde, révoltante, inhumaine. On est contraint de la subir au moment du sous-diaconat. J’avais dés ce moment-là décidé de lutter contre cette loi.” Il s’est trouvé dans une paroisse où il a rencontré sa future épouse, ancienne religieuse qui venait de démissionner de sa congrégation. “Je n’ai pas demandé à me marier à l’église parce qu’il aurait fallu signer le fameux “rescrit”, pour obtenir une “réduction à l’état laïc”. Je refuse catégoriquement une telle solution qui est aberrante, insolente. J’ai le droit de me marier. C’est un droit… Oui, je suis en colère contre l’église parce qu’elle a déformé le message de Jésus… Et je désespère un peu de la voir changer” [1]

« L’amour peut survenir après l’ordination, souligne le journaliste, et son appel peut devenir plus fort que l’engagement au célibat. Vient ensuite l’interview d’une compagne de prêtre en fonction, (anonyme, bien sûr !). “Voilà 20 ans que dure notre relation. Une dizaine d’amis sont au courant, mais pas nos familles. Le plus dur ce sont les fêtes, dit-elle. Par exemple nous vivons Noël chacun dans sa famille et puis ensuite nous le fêtons ensemble. L’essentiel, c’est de se donner des moments forts entre nous. Nous partons un peu loin en vacances.”

Thibaud : « A-t-il éprouvé de la culpabilité ?
– Non, pas spécialement. Plutôt une période de questionnement, mais il en est sorti. Personnellement, à partir du moment  où je vais au bout de l’amour humain, je touche l’amour de Dieu. Je ne suis pas en désaccord. Il l’a senti, lui aussi. On voit beaucoup de prêtres qui sont frustrés de cet amour. Certains se tournent vers la boisson. D’autres sont aigris et ils ont une mauvaise relation avec les paroissiens.”
Ce fut ensuite le tour de Dominique, la présidente de Plein Jour, d’être interviewée : “Plein Jour a pour but de soutenir ces compagnes clandestines. Ce sont des femmes en grande difficulté, dans un état de violence extrême. Elles se demandent : “Quel avenir avec ça ?” Je leur dis : « Mettez votre ami devant ses responsabilités. S’il vous aime, alors vous choisissez tous les deux quel avenir vous voulez ensemble. Si vous vous estimez capables de vivre clandestinement, je vous préviens; c’est très douloureux. Je l’ai vécu ! L’essentiel dans l’Evangile, n’est-ce pas l’amour ? Qu’on ne vienne pas nous embêter avec des préjugés d’un autre âge ! L’église dit… mais l’église, c’est nous aussi !

“Oui, dans l’Association PJ, il y a des prêtres en fonction dont certains ont une compagne,  des prêtres mariés; et des compagnes d’évêques; mais dans tous les cas, nous sommes tenus au secret.

“Des prêtres en fonction me confient : “Depuis que j’ai rencontré l’amour d’une femme, je suis beaucoup plus proche des gens, de leurs problèmes quotidiens, de leurs soucis de couples, ou de l’éducation de leurs enfants.” Franchement, je ne vois pas la raison profonde de cette obligation du célibat ecclésiastique. Si ce n’est pour formater ces hommes. Si je vous disais les réactions des prêtres lors de leur première relation sexuelle. Il en est qui pleurent ou qui tremblent tellement que leurs compagnes se demandent s’ils ne sont pas malades. C’est fou ce qu’on peut leur déformer le jugement !

Au début, mon ami culpabilisait énormément. Chaque fois qu’on avait une relation , il disait : Ah ! j’ai eu une faiblesse. Je dois me confesser » Heureusement qu’il a évolué par la suite ! Notre histoire a duré 42 ans. Au total, beaucoup de bonheur, malgré le secret ! Sauf que, je voulais avoir des enfants. J’en ai été privée. C’est le regret de ma vie. Mais j’ai eu la chance de rencontrer un amour fort, et partagé, avec un homme extraordinaire.”

Le journaliste Thibaud a aussi rencontré Christian Terras, rédacteur en chef de la revue Golias.

« Sur 500.000prêtres durant ces 40 dernières années, il y en a plus de 70.000 qui ont officiellement signé le   fameux rescrit. En fait, probablement le double, soit 140 à 150.000  qui ont arrêté leur ministère pour se marier. D’après mon enquête auprès d’évêques ou d’associations de prêtres mariés, à travers le monde entier, la plupart n’auraient pas quitté si la discipline ecclésiastique était différente. C’est une véritable hémorragie et ça continue aujourd’hui, même si on ne le dit pas. En France en particulier une cinquantaine s’en vont chaque année. Et il n’y a que 50 ordinations diocésaines. En France, on estime que  20% du clergé a une relation hétérosexuelle et 10 à 15%, une relation homosexuelle soit suivie, soit ponctuelle. En gros un tiers transgresse la règle du célibat. En Amérique latine, 50%. En Afrique, 80%. Un homme ne peut pas tirer un trait sur sa sexualité. On lui demande d’être au dessus des autres, au dessus du lot, pas au cœur des hommes. Cette théologie est grave. On est dans la désincarnation !”
Thibaud : “Vatican 2 (1962-1965) aura marqué une ouverture sur le monde moderne. Une possible révision du Droit Canon sur le mariage des prêtres y a été évoquée. Mais le traditionaliste Mgr Lefebvre et une cinquantaine d’évêques sont parvenus à faire reculer toute initiative dans ce sens. »

Robert Scholtus, supérieur du séminaire des carmes à Paris, se contente de jongler avec des idées abstraites. «  Le célibat est ordonné à une vocation plus large: servir l’église, annoncer l’évangile…Il insiste sur les valeurs qui y sont attachées :  une richesse, une fécondité, une disponibilité…
Thibaud : Le célibat est une règle imposée depuis le 12ème siècle seulement ?
– C’est une histoire multiséculaire, complexe, répond le père Scholtus. Dés le 12éme siècle, un certain nombre de conciles ont posé comme condition au ministère du prêtre d’être célibataire. On ne peut pas ignorer les raisons économiques : ne pas dilapider les biens d’église, et qu’ils n’entrent pas dans l’héritage familial.
Un second aspect d’ordre moral : une manière d’encadrer les mœurs du clergé et d’éviter les dérives de vies dissolues… concubinage, mariages clandestins…et puis il y a une inspiration spirituelle: pour exercer ce ministère, il convient que ce soit des hommes tout entier donnés, à l’évangile et à l’église.
Il y a des motifs qu’on ne peut plus comprendre aujourd’hui, ni admettre, ceux de la pureté rituelle. Idée selon laquelle l’exercice de la sexualité serait incompatible avec des actes religieux. Argument irrecevable aujourd’hui, d’autant qu’il repose sur une conception plutôt négative de la sexualité.”
Qu. – Est-ce que cette règle ne serait pas représentative d’une église un peu rétrograde ?

Rép.-  Je pense qu’il y a un contentieux : église-société sur cette question de la sexualité qui contamine le débat sur le célibat du prêtre. Cet attachement obstiné a quelque chose qui paraît obsolète et il est interprété comme l’expression d’une méfiance vis à vis de la sexualité. Moi, j’aime bien renverser les choses et dire : pourquoi vouloir à tout prix s’aligner sur l’ordre commun ?”

Christian Terras :” Rien dans l’évangile n’indique quelque chose de cet ordre-là. Simplement il s’est passé quelque chose au 4ème siècle. L’Empereur Constantin s’est converti au christianisme. Ce tournant va amener progressivement une culture très légaliste, très juridique, ce qui va mettre en péril la cohabitation entre des prêtres célibataires et des prêtres mariés pour la majorité d’entre eux. Au 5ème– 6ème siècle, une attaque forcenée contre le mariage des prêtres. Cette remise en cause a aussi pour origine la reprise par l’église des propriétés que possédaient les grandes familles de prêtres qui étaient mariés. Un autre élément, la remise en cause de la vie des prêtres pour assurer un meilleur contrôle du bas clergé, qui avait femme et enfants, et qui n’était pas toujours discipliné par rapport à la romanisation disciplinaire qui se mettait en place progressivement.

Enfin il y a le retour à cette conception de la sexualité selon St Augustin (5ème siècle) comme quoi la sexualité,c’est sale ! Il disait : ” Il n’y a pas mieux que l’attirance d’une femme pour tirer l’homme par le bas ! Dans l’église catholique, on ne peut pas concevoir que la sexualité fait partie de l’engagement chrétien parce qu’il est radical.”

Qu. Dans le rite oriental ou chez les anglicans l’église ordonne des homme mariés. Qu’y a-t-il de différent avec l’église catholique ?

Rép. “Rien ou pas grand chose, sinon le refus de reconnaître la primauté du siège de Pierre. Mais les pasteurs anglicans qui sont mariés, qui ont des enfants, lorsqu’ils demandent leur rattachement à l’église catholique, ils obtiennent sans difficulté leur intégration, et avec femmes et enfants !”

N.B. Vous pouvez peut-être même réécouter cette remarquable émission en allant sur France Inter/ Interception du dimanche 15 novembre 2009. En cas d’impossibilité, nous pourrions éventuellement vous la faire parvenir.

Paul

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Biblio : Nous avons lu :

Ulysse from bagdad par Eric-Emmanuel Schmitt

Saad veut quitter Bagdad, son chaos, pour gagner l’Europe, la liberté, un avenir.

D’aventures en tribulations, rythmé par les conversations avec un père tendre et inoubliable, ce roman narre l’exode d’un de ces millions d’hommes qui, aujourd’hui, cherchent une place sur la terre : un clandestin.

L’Eglise sur le divan par Daniel Duigou

Tour à tour, journaliste, psychanalyste et prêtre, Daniel Duigou propose, dans un langage très accessible, une analyse décapante de la crise que traverse l’Eglise catholique.
[1] Réduction à l’état laïc ?! Quelle appellation ! Le laïc serait-il un prêtre en réduction ? Une meilleure traduction serait tout simplement : reconduction.

 

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Lettre au Pape d’un évêque anglican des USA

(sortie tout droit de la plume malicieuse d’un ami)

 

Saint père,

 

Mon épouse et moi-même, nous voulons vous remercier de nous accueillir dans l’église catholique romaine. Toutefois nous nous posons un certain nombre de questions et nous avons pensé nous adresser directement à vous pour trouver les bonnes solutions.

Tout d’abord, si nous avons bien compris, vous allez nous réordonner. Nous en sommes très étonnés. Cela voudrait-il dire que notre ordination à l’épiscopat dans l’église épiscopalienne est invalide ? Et donc que tous les actes que nous avons posés comme tels sont aussi invalides ?  Ainsi vous semblez estimer que pendant toutes ces années où nous avons géré avec amour nos diocèses, la grâce n’a pas transité par nos mains. Nous allons perdre la face et vous allez aussi entamer la confiance des chrétiens dans leurs évêques.
De plus vous allez réordonner tous les prêtres qui voudront passer dans l’Eglise catholique romaine. Ce qui confirme bien que les ordinations que nous avons pratiquées au nom de Jésus et des communautés de croyants vous apparaissent comme invalides. Sachez que cela nous chagrine un peu.
Nous aurons aussi du mal à digérer ce dogme de l’infaillibilité voulu en 1870 par un de vos prédécesseurs acculé par les circonstances à n’être plus que le gardien d’un tout petit espace lors de la naissance de la nation italienne. Pensez-vous qu’ il ne faille pas revoir la question ?

Nous étions très gênés dans notre église par les ordinations de femmes ou de gays. Mais nous avons appris que vous aussi avez quelques problèmes. Il y aurait parmi vous un certain nombre de prêtres pédophiles. Cela nous gêne considérablement car il s’agit là de crimes, et donc de criminels. Pensez-vous avoir fait le ménage avant que nous arrivions ?
Nous avons d’autres questions qui nous touchent plus personnellement. Avec mon épouse nous avons eu quatre enfants, deux garçons et deux filles. Comme vous pouvez le penser, c’est une bénédiction du Seigneur. Or voici que nos deux garçons ont choisi la voie de leur père. Tous les deux sont séminaristes. Mais l’un est déjà marié et le couple attend son premier enfant pour le printemps prochain. Vous imaginez que cette nouvelle nous comble de joie.

L’autre est fiancé mais n’étant pas pressés, ces deux jeunes envisagent le mariage pour la fin de l’an prochain.

J’ai entendu dire que les séminaristes qui choisiraient de passer à l’église catholique romaine ne seraient pas admis à se marier. Comment devons-nous envisager l’avenir ? d’abord pour notre fils aîné déjà marié : doit-il divorcer pour pouvoir être admis dans votre église ? Ou attendre le décès de son épouse ? Dans les deux cas, envisager une telle issue nous comble d’effroi.

Mais aussi pour le second ? Doit-il se marier tout de suite ou peut-il attendre ? Je sais que, malgré vos incessantes supplications au ciel, les vocations ne remplissent pas vos séminaires. Allez-vous alors refuser le sang frais que nous vous apportons ?

J’ai une voiture qui m’a été offerte par quelques familles anglicanes… Dois-je la leur rendre ?

Mes habits sacerdotaux appartiennent à l’église anglicane. Dois-je les laisser à l’évêché que je vais quitter ou puis-je les emporter avec moi ?

De même pour la bague et la mitre qui m’ont été offertes par les paroisses anglicanes où j’ai célébré. Ne vais-je pas vexer les paroissiens qui se sont cotisés avec générosité ?

D’autre part nous ne savons pas très bien où nous serons envoyés et par qui ? Y aura-t-il assez d’évêchés pour satisfaire tout le monde ou faudra-t-il en établir canoniquement de nouveaux et construire les locaux adéquats ? Cela va prendre quelque temps, ce qui pose question évidemment pour l’inscription de nos enfants à l’école en vue de la rentrée prochaine.

D’autre part mon épouse travaille à New York ; nous ne souhaiterions donc pas quitter cette ville. Mon salaire était payé jusqu’à présent par l’Eglise épiscopalienne. Afin de pouvoir établir notre budget, Maggy, mon épouse, me demande quand se fera le basculement ? Qui sera notre nouveau trésorier ? Est-ce que l’Eglise actholique romaine aa prévu une augmentation ? Y a-t-il un fonds commun de prévu pour les évêques qui vont ainsi transiter, car il faudra aussi prendre en compte les frais de déménagement toujours très onéreux ici.

Voilà, Saint père, quelques questions sur lesquelles nous voudrions avoir votre réponse assez rapidement.

Croyez bien…

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Piem : C’est la loi naturelle

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