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Plein Jour n°5 de Juin 2010

SOMMAIRE Bulletin PJ5 de Juin 2010

PJ Site Image Bulletin généraleMessage de Jacques Gaillot / Rencontre de Paris le 16 Mai
Amour et tristesse : Témoignage
Avec cœur… Angélyne
Changement de trajectoire
Dans l’ombre… mais heureux
Rencontre à Paris… quelque flashes
La régression à perte de vue

Bibliographie
Mise au point
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 Message de Jacques GAILLOT pour notre rencontre du 16 mai à Paris

Bienvenue à Paris. Que cette journée de partage mette de la lumière dans vos yeux et du soleil dans votre vie. La première rencontre au plan national est à marquer d’une pierre blanche car elle  ouvrira, j’en suis sûr, une brèche à l’avenir. L’appellation “Plein Jour” évoque pour moi des brèches que l’on fait dans des murs, des brèches qui laissent aussitôt passer la lumière du soleil. Quand on reste enfermé dans ses murs, on ne sait plus le temps qu’il fait dehors. Pour voir la lumière du soleil, il faut sortir. N’êtes-vous pas frappés par la contagion des murs dans le monde? On construit des murs pour se protéger des autres  et empêcher toute rencontre avec eux. Comment ne pas penser au mur qui sépare les Israéliens des Palestiniens ! Plus redoutables et tenaces encore sont les murs construits au cours du temps par les coutumes, les traditions, l’éducation, les cultures, les religions… qui façonnent nos mentalités et nos comportements. Qui d’entre nous ne s’est pas heurté aux murs des préjugés ? Les murs empêchent la rencontre et le vivre ensemble. Ils sont faits pour être abattus. Ensemble, vous pouvez faire des brèches libératrices.

Faites-le et çà se fera !
Bon chemin.
Bon soleil.
Bonne lutte
Jacques Gaillot
Président d’honneur de Plein Jour

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Amour et Tristesse….

On s’est rencontré, et petit à petit, au fur et à mesure d’activités communes, on s’est apprécié.

L’Amour a grandi en nous et nous n’avions pas envie de le chasser car l’Amour est magnifiquement beau quand il est vrai.

Pourtant, tout nous séparait : une grande différence d’âge et son statut d’homme bien particulier.

Ensemble nous avions fait quelques merveilleux projets : un foyer, un bébé et pour lui, un nouveau métier.

Sortir de la clandestinité et exprimer aux autres les sentiments qui nous liaient, nous l’avions souhaité. Mais devant tant de difficultés, un jour, je l’ai vu pleurer. Alors, il nous a mariés. Nous étions seuls mais liés à jamais. 

Les accidents de la vie, et puis, l’incompréhension et parfois le mépris ont rendu insurmontables les montagnes que l’on s’était promis d’escalader.

Quel choix pouvait apaiser les tensions naissantes chez un homme partagé entre ses sentiments envers  une femme qu’il promettait de chérir et son dévouement envers Dieu qu’il avait promis de servir ?

Et si, pour qu’il ne soit pas amputé d’un des ses Amours, il ne fallait pas décider ?

C’est le choix que je lui ai proposé : continuer notre route en secret et poursuivre au grand jour la vie dans laquelle il s’était engagé.

Ce choix, il l’a accepté….. Et je pense qu’il en a été soulagé.

Nous n’avons pas eu le temps de connaître la lumière que nous sommes repartis dans l’ombre et lorsque la tristesse m’envahissait, ses bras me consolaient.

Les années ont passé, avec ses bons côtés et ses mauvais.

Je m’accrochais toutefois à nos projets et même si je savais qu’on ne pouvait les vivre, je les ai gardés en moi si fort que je les ai tous imaginés !  

Très souvent éloigné, comme une femme de marin, je l’attendais, acceptant que ce ne soit que pour un furtif moment partagé.

Puis un jour, probablement parce que j’avais revendiqué une fois de trop le droit d’exister (dans son emploi du temps bien chargé), il m’a dit qu’il voulait  « recentrer ses priorités ».

Là, j’ai compris que notre histoire allait s’achever !

Et comme une veuve de marin, à partir de ce moment là, mon cœur n’a cessé de pleurer. 

J’ai toujours tenu la barre en faisant revivre nos belles années, mais lui, qu’a-t-il conservé dans ses pensées pour vouloir s’éloigner ?

Peut-être les pleurs d’une femme prête à le partager à condition toutefois qu’elle ne soit pas complètement délaissée ?

Il avait enfin fait un choix qui avait dû le tenailler durant tant d’années et il m’a demandé de l’accepter.

ACCEPTER…mais n’avais-je pas déjà TOUT accepté ?

D’un amour dans la clandestinité, il m’a proposé une amitié privilégiée.

Mais cette amitié était, elle aussi, conditionnée : sentiments partagés mais non exprimés, sous réserve que des états d’âmes de bonne femme ne viennent troubler sa tranquillité.

S’il m’avait dit dans les yeux que son amour s’en était allé, peut être qu’après la colère, la sérénité m’aurait gagnée, mais me dire qu’il m’aimait alors qu’il me quittait…..

J’ai donc essayé, à maintes reprises de ne pas pleurer et surtout de ne rien lui reprocher, mais je lui avais tant donné….   Je n’avais plus que des larmes pour m’exprimer.

A défaut d’être gaie comme il me l’avait demandé,  la sentence est tombée…. « Silence, distance » durant huit années.

Il s’en est suivi l’incompréhension, le vide, la souffrance, l’envie d’en finir…

Vers qui se tourner ? Ce secret m’avait isolée de tout soutien d’amitié.  

Moi qui avais toujours été là pour égayer sa vie, où était-il quand la douleur m’oppressait  ?

Quel sens donner à nos promesses et à tous les mots d’Amour échangés ? 

« Tenir » quand tout s’écroule et puis changer de vie, de métier, pour oublier…. 

Et chaque matin, devoir retrouver un peu de force pour continuer….  

Sur mon chemin, d’autres femmes qui comprenaient m’ont aidée à retrouver un peu de gaieté.

Toutefois, une profonde tristesse m’a progressivement habitée pour ne plus jamais me quitter.  J’ai aussi tenté de construire d’autres projets de vie mais ils ont échoué.   

Il y a plus d’un an, on s’est retrouvé. Et lors de ce jour si particulier, il m’a demandé de lui pardonner de m’avoir fait pleurer.

J’étais heureuse, apaisée.

Il nous arrive encore de nous rencontrer. Nous échangeons alors sur des banalités mais jamais sur le sujet tabou de notre rupture et très peu sur les souvenirs heureux du passé.

Il conserve aujourd’hui les distances qu’il s’était fixées, car sa mission implique qu’il soit détaché de toute expression de sentiments à mon sujet.

Que les temps ont bien changé : hier il m’assurait que notre amour le « portait » dans le travail qu’il accomplissait, aujourd’hui, cet amour est un obstacle à sa disponibilité.

Parfois, lors de nos rencontres, mon cœur si fragile se met à déborder. Que j’aimerais à ces moments là qu’il soit l’ami qu’il voulait être et qu’il puisse trouver les mots et les gestes pour me consoler !  

Trente ans se sont écoulés…..

Aujourd’hui, je sais que je l’ai beaucoup trop aimé.

Même si cet amour a guidé ma vie et a été source d’un bonheur immense,  il m’a aussi affaibli et a gâché une partie de mon existence. En effet, la souffrance que je ressens, est aujourd’hui plus intense que la paix de mon esprit. Mon deuil n’est pas fini…. 

Je suis la gardienne de notre belle histoire et je porte notre secret.

Il me dit faire de son mieux pour être là, à mes côtés. Moi, je fais de mon mieux pour y rester. 

Mais j’attends de lui d’être réconfortée. Je voudrais aussi pouvoir m’assurer qu’il n’a pas oublié que durant 18 années, il m’a aimée et nous a mariés. 

Je sais que ses sentiments ont changé car aimer n’est-ce pas vouloir garder près de soi, protéger, choyer ?

Paradoxalement, je sais aussi qu’il m’aime, dans la douleur de sa prison intérieure, celle que des hommes ont construite pour lui….

Notre Amour est une affaire entre Dieu et lui me disait-il jadis…mais pourquoi n’était-elle pas restée ainsi ?

 Oui, il ne suffirait que de quelques mots pour soigner mes maux …mais…. Alors faut-il que mon plus grand regret soit de l’avoir rencontré ?

Merci à Plein Jour d’exister et, d’avance  à vous toutes que j’aurais peut être l’occasion de croiser ! Un clin d’œil particulier à Dominique et Michèle…qui sont là à mes côtés

Notre point commun est d’avoir aimé, malgré tout, des hommes qui étaient déjà engagé ailleurs…. sur des chemins balisés de règles par d’autres hommes …qui ne sont que des « hommes » et qui ne peuvent détenir aucune VERITE, même au nom de Dieu…….

Dieu Amour….. Dieu Souffrance…. Que ne font-ils pas en ton nom ????

                                                                                                                                             Valérie
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AVEC COEUR …
Québec, le 21 février 2009

Plus qu’un récit……Lors d’une relation intime avec un prêtre, j’ai porté dans chaque fibre de ma chair, et dans chaque espace de mon être, les conséquences et les effets pervers de la loi du Célibat OBLIGATOIRE.

J’ai touché aux limites  de l’institution catholique. J’ai pénétré son ombre. Elle ne peut plus satisfaire ma soif profonde de vérité et de spiritualité.

Etrange…. J’ai dépassé ses murs parce que, justement, je suis chrétienne ! L’entêtement du clergé catholique continue à mesurer la vocation de l’âme sacerdotale au phallus des hommes ordonnés. Très révélateur de découvrir que ces « assistants » devenaient incapables de m’aider à sortir de ce gouffre creusé par eux. En rejetant la femme, la compagne, l’épouse, la véritable partenaire réduite à sa seule fonction reproductrice de mère, ces hommes ne défigurent-ils pas la Création ?

Ils nourrissent l’abus du pouvoir patriarcal religieux qui écrase et bafoue tant de femmes dans le monde ! Ainsi, du haut de leur somptueuse pyramide strictement masculine, ils s’engendrent entre hommes exclusivement. Cette négation hypocrite de la présence féminine dans la vie de ses membres va à l’encontre de l’évolution spirituelle de l’Humanité qui aspire à s’ouvrir à toujours plus d’Amour ! La béate servitude des femmes silencieuses s’agenouille encore devant les enrôlés du célibat obligatoire qui nient le noble élan de l’Amour. Ce qui est grave, c’est d’avoir marié le célibat au sacerdoce !

 Combien de femmes au cours de l’histoire ont expérimenté, sans pouvoir clairement l’exprimer, le grand mépris de ceux qui osent enseigner la Vérité de l’Amour ? JE SUIS de l’Eglise universelle ! Non de cette institution cléricale !  Porteuse de vie au même titre que l’homme, dans l’expression concrète de ma sexualité et de ma spiritualité, j’ai qualité pour mettre au monde cet Amour. C’est pourquoi  je dénonce les odieux comportements mensongers des porte-paroles du Christ qui dominent les femmes admises dans leur intimité, d’abord cachées, puis rejetées après usage, comme des objets sexuels sans valeur. Oui !  J’ai été utilisée comme une prostituée sans l’avoir choisi. 

Ma foi ne cadre plus avec ces abus de pouvoir ! Façonné selon leur convenance, ce Dieu prisonnier d’une telle institution rejetant les femmes, n’est plus le mien ! Mes assises d’Etre ont été déconstruites par cette dure expérience. Ma foi en la vie les a relevées ailleurs. L’Amour que m’ont enseigné les représentants de l’Eglise catholique dans ma jeunesse, a été trahi par un des leurs. Mais je constate aujourd’hui que le prêtre victime de cette discipline, fait partie de tout un clergé complice.

J’ai été …. « une faiblesse dans sa vie… ». C’est ce que m’a dit le prêtre qui m’a séduite. J’ai refusé ce regard si réducteur de l’entière Féminité dont JE SUIS. Il a eu plusieurs « faiblesses » avant et après moi. Je l’ai découvert lors de l’écriture de mon livre « ROSE SOUS LES CANONS »

( Titre poétique signifiant : l’amour écrasé sous la loi canonique) 

J’ai décidé de montrer mon visage publiquement pour me guérir de cette blessure qui m’atteint non seulement dans mon individualité et mon intimité, mais aussi dans mon corps social et dans mon être de femme. J’ai publié mon cri pour exorciser l’emprise de ce mal ! Pour dénoncer cette subtile violence religieuse étouffée depuis de siècles…. avec des : «  Je vous salue Marie » ! Pour traverser ce mur du silence qui tue la vraie Vie !  Pour briser l’isolement des personnes affectées par cette impardonnable faute de l’Eglise ! 

J’avoue avoir été déchirée entre le reniement de moi-même et l’amour que j’ai éprouvé pour ce prêtre. Depuis la parution de mon livre, j’en ai reçu des confidences : des histoires toutes aussi dramatiques les unes que les autres dans lesquelles trop de prêtres ou religieux fuient. Ils manquent de maturité face à un amour que l’endoctrinement religieux leur interdit de vivre. Ils obéissent non pas à leur conscience et à leur cœur, mais à des supérieurs qui gèrent jusqu’à leur affectivité intime. Pourquoi certains hommes rêvant de trouver Dieu, choisissent-ils de se déshumaniser, et de dominer non seulement les femmes, mais aussi d’autres hommes leurs confrères ? abus de pouvoir, ennemi de l’Amour ! 

J’accueille maintenant des femmes rejetées par le clergé pour qu’elles retrouvent la joie d’être et d’aimer encore librement après que leur amour se soit engouffré dans la prison d’une loi religieuse piégeant les corps, les cœurs, les esprits et les âmes. Ainsi, je me sens plus près du Christ, n’étant plus complice d’un tel système qui a borné l’espace et l’expression de la liberté de l’Amour… dans un lieu qui pourtant parle en son Nom. Avec sa figure strictement masculine, le clergé catholique ne peut et ne pourra jamais offrir à la jeunesse du Monde des modèles de « couples de référence » dont l’histoire a grand besoin, pour redonner à l’Amour et à la sexualité leurs lettres de noblesse, leur beauté originelle. 

Mère d’une fille et d’un garçon, je suis grand-mère de trois charmantes petites-filles âgées de 10, 17 et 18 ans. Je veux laisser à ma descendance une autre vision plus égalitaire de l’Humanité Homme/femme. C’est au moment de mon divorce que cette relation avec un prêtre débuta. A un premier deuil, un autre plus pénible s’ajouta. Ma vie fut bousculée lors de cette période qui élimina tout ce qui rétrécissait la valeur de ma personne devant la vie. Ce changement de voie m’a beaucoup appris : j’ai tourné le dos à toutes violences. J’en suis sortie plus vivante qu’avant. Guérie, plus respectueuse de moi, donc, aussi des autres, je suis plus accueillante devant la souffrance. Plus tolérante devant la différence, plus patiente devant l’ignorance ! jamais courbée devant les abuseurs de religiosité si forts en groupe mais apeurés devant les responsabilités personnelles et les difficultés à cheminer hors des sentiers battus… j’ose dire ! je le ferai encore ! cependant, devant le refus du dialogue du Vatican, devant son arrogance et son indifférence hautaines, j’ai de plus en plus de difficulté à rester polie… je comprends mieux la sainte colère du Maître dans le temple ! et pourquoi il a traité certains légalistes religieux d’hypocrites et de sépulcres blanchis…

Angeline Vallée, ROSE SOUS LES CANONS, ed. Le Dauphin blanc, 2004, 245 pages.
 


VOUS POUVEZ LUI ECRIRE : angeva@cgocable.ca, Courriel : sylvieouellet@dauphinblanc.cim
ou bien : 637, 155eme rue Est, Saint-Georges, Beauce, Québec, G5Y 7N2

ALLEZ VOIR LE  SITE de la Maison d’édition québécoise  http://www.dauphinblanc.com

637, 155eme rue Est, Saint-Georges, Beauce, Québec, G5Y 7N2

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CHANGEMENT DE TRAJECTOIRE

 Comment un homme qui a consacré toute sa vie jusque là à la mission de transmettre l’Évangile dans l’Eglise est-il amené à changer de trajectoire et prendre une autre orientation ? Que se passe-t-il en lui pour qu’il décide de faire le pas ? Comment vivent-ils cette transformation intérieure, sa compagne ou épouse et lui-même ?

Nous avons été près d’une dizaine de milliers de prêtres en France à le faire, principalement entre 1966 et 1980. Avec le recul de plusieurs décennies, nous pouvons regarder notre démarche avec objectivité. *  Nous partageons nos souvenirs, encore très vifs.

En conscience

Nous nous connaissions, Marie-Louise et moi, depuis 4 ans, et collaborions dans des activités paroissiales : liturgie, presse, catéchisme, et surtout dans la société civile : Maison des Jeunes, alphabétisation, soutien des étrangers, information sur le Tiers-monde, syndicalisme, engagement citoyen…Mon  prédécesseur, depuis l’Argentine, lui avait écrit d’être prudente, car des paroissiens jasaient déjà. Mais, notre projet n’est né que quatre ans plus tard, fin 1971…

Lorsque nous avons découvert notre amour mutuel, nous avons été confrontés à un choix crucial et  avons longuement réfléchi. La question primordiale a été celle-ci : suis-je (sommes-nous) infidèle(s) à Dieu ? à ma mission de prêtre ?

Nous nous sommes mis en face de l’essentiel : l’engagement d’amour du prochain et de l’humanité, central dans le message évangélique. En conscience, nous avons pensé que l’obligation pour moi d’abandonner le ministère sacerdotal ne nous empêcherait pas d’y être fidèles. Et nous serions deux pour nous aider réciproquement à le vivre !

Dès lors, nous étions en paix avec nous-mêmes et avec Dieu. La loi humaine du célibat ecclésiastique ne nous contraignait plus. Elle ne nous apparaissait que fidélité à une institution insensible à l’avenir du monde et de l’homme, aux enjeux de la justice sociale et internationale, loin du peuple et des messagers qu’elle avait choisis.

Sans réticence,  nous avons choisi d’obéir à notre conscience. Et nous avons fait partager notre amour autour de nous, pour le vivre au grand jour.

Le rejet de la communauté

Nous nous y attendions. Nous avons connu de la part de la majorité de la communauté chrétienne le mépris exprimé ou silencieux, les humiliations pour nous et nos proches (les parents de Marie-Louise, incroyants !), le rejet absolu. Un silence de mort s’est ouvert dans la majorité des membres du clergé, encore audible aujourd’hui, quoique atténué au fil des ans.  Notre réseau de relations dans la communauté chrétienne s’effondrait. Devenu un homme comme les autres, je perdais le respect attaché à ma fonction et les relations agréables et  déférentes qu’elle procurait.

Et il y a aussi la famille… Je me contenterai de la réflexion récente d’un lecteur de mon livre : «  Mon père, à 106 ans, est toujours vivant. Il devait mourir de mon choix. »

Heureusement, nous avions un réseau d’amitiés, grâce à nos nombreux engagements profanes. Nous n’étions pas seuls. Nous avons été réconfortés, admis, « inclus », insérés dans ce monde nouveau par des amitiés chaleureuses.

Pour garder nos engagements et notre cercle amical laïc, nous avions décidé de résider là où j’avais été prêtre. L’évêque répondit par une circulaire aux curés responsables de secteur (qui ne nous a pas été envoyée !).  Du fait de notre volonté de rester sur place, nous ne pouvions pas communier ! Nous ne nous sommes pas sentis concernés par un dogme moral conditionné par une frontière géographique ! Et nous avons suivi notre conscience en communiant lorsque nous le voulions.

Nos efforts pour renouer avec les paroisses pendant dix ans, en tant que laïcs chrétiens, se sont heurtés le plus souvent à des rebuffades et à une défiance réitérée. Nous avons donc choisi de nous investir en priorité dans la société civile.

L’insertion dans la société civile

Après un an de travail de manœuvre dans une entreprise, je me suis retrouvé sans emploi. Nous avons dû quitter notre lieu d’enracinement. J’ai enseigné le français en entreprise, ensuite j’ai été directeur, puis animateur de foyer d’immigrés. Le monde du travail à découvrir, ce n’est pas rien. A l’époque des «  trente glorieuses », l’embauche était facile, on faisait ses preuves sur le tas. C’était un défi à relever, il n’y avait pas d’alternative. La plupart d’entre nous se sont découverts des capacités inconnues et ont eu des carrières intéressantes, voire brillantes. Une petite proportion a galéré longtemps. Aujourd’hui, les conditions d’insertion dans le travail seraient encore plus complexes.

Ensuite, j’ai été contrôleur, puis inspecteur du travail. Devenir juriste, un nouveau défi pour faire appliquer la loi, faire respecter les droits des travailleurs : position faite d’autorité et de pédagogie en même temps. Travail passionnant et très riche en expérience mais usant aussi. La retraite a été la bienvenue.

Et puis, quand cela a été possible, le bénévolat dans la cité, souvent en couple : soutien au Tiers Monde, coopérative de produits biologiques, lutte anti-nucléaire et pour les énergies renouvelables, associations de quartier, de parents d’élèves…Au milieu des autres, pour rendre le monde plus humain, une entreprise passionnante.

La recherche d’une autre lumière pour la vie

Les années passants, nous avons pris de plus en plus de distances vis-à-vis d’une Eglise fermée sur elle-même, incapable de faire passer un message adapté aux problèmes du monde contemporain. En gardant toujours nos vies animées par l’Evangile, nous avons pris en compte les lumières de la raison humaine, la chance de la laïcité, ferment de tolérance, les priorités des mouvements des droits de l’homme, écologistes, pour la justice internationale.

Nous avons construit progressivement une référence pratique de vie, acceptable par les non croyants, spirituelle, parce qu’elle dépasse les intérêts matériels de la vie, et qu’elle donne du sens à l’existence.

Nous avons ainsi retrouvé une base solide pour fonder notre existence, compatible avec le message d’amour de l’Evangile, mais construite indépendamment, en partant de l’autre bout. Et notre vie a retrouvé son unité.

Nous avons rencontré dans cette démarche de nombreux obstacles qui nous ont fait grandir en humanité dans le respect de notre personnalité. Nous ne regrettons pas notre choix, et sommes heureux d’avoir mieux rejoint nos frères en humanité, allégés des obligations imposées par une hiérarchie crispée, peu à l’écoute des humains.

Nous savions que d’anciens confrères avaient fait l’autre choix pour équilibrer leur vie. Nous avons respecté leur choix, tout en évoluant sur deux mondes différents. Un jour ou l’autre, peut-être, nous nous rencontrerons pour partager nos expériences ?

* Ce que j’ai fait en utilisant les témoignages de 26 prêtres, dont 24 mariés, dans le livre
«  Des prêtres épousent leur humanité – 24 témoignages de prêtres mariés »
Brand Philipe. Éditions L’Harmattan

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Dans l’ombre… mais heureux 

Suite à l’émission diffusée par France 3 le 10/04/09, j’ai interviewé le couple participant.
Ils ont désiré rester anonymes, d’où les mentions H. et F.

 Le webmaster du site Plein jour : “Qu’avez vous pensé de ce reportage ? “
F  Si j’ai accepté de témoigner, c’est uniquement pour donner la parole à tous ceux qui sont dans  la même situation que nous et surtout pour donner une parole d’espoir, car il est possible de vivre une vie de couple heureuse avec un prêtre. J’espère aussi que ce reportage nous mettra en relation avec d’autres couples vivant ce que nous vivons. Peut-être le site « Plein Jour » peut y contribuer aussi. H : Moi, j’en ressenti le besoin de briser l’omerta qui existe dans l’Eglise à propos des prêtres ayant une compagne. Malheureusement, nous avons été obligés de témoigner à visage caché, faisant ainsi le jeu de ce que nous voulons dénoncer. Mais chacun comprendra, en visionnant ce reportage, que c’est la loi du silence imposée par l’Eglise qui nous oblige à « ce cinéma ». Ce reportage pose bien le problème, mais nous regrettons qu’il ait été donné tant de place au discours officiel des évêques (via leur porte parole) et si peu à nous. A la place de notre témoignage, nous avons eu une abondante « langue de buis » de Mgr Potvin, qui a tout fait pour discréditer le reportage. Mais les téléspectateurs ne sont pas dupes, ils auront certainement décelé la manœuvre.

Le webmaster : “Que souhaitiez-vous dire et qui n’a pas été diffusé ? “
H : je souhaite dire avant tout, qu’aimer une femme quand on est prêtre est tout à fait compatible avec le ministère. En tout cas, nous, nous le vivons ainsi. Mieux, nous croyons que cela est vitalisant pour le prêtre. En effet, cette relation n’enlève rien au dynamisme et à l’envie d’annoncer Jésus-Christ, au contraire, comme le disait très bien Léon dans le reportage, cela a boosté mon ministère. Personnellement, je ne me sens aucunement partagé entre 2 amours, au contraire, l’un anime l’autre.  Pourquoi ce que nous enseignons aux couples (faire de Dieu la source de leur amour mutuel) quand nous les préparons au mariage, serait subitement inapproprié pour nous ? F : Oui je peux dire que nous sommes un couple heureux malgré les contraintes. Je souhaiterais bien sûr vivre notre histoire d’amour au grand jour, tout simplement parce que le bonheur est fait pour être partagé. Je ne suis pas fière du tout d’apparaître ainsi dans un reportage, (en contre jour, visage flouté et voix déformée) parce que les images vont à l’encontre du message que nous voulions faire passer : en effet, ce que nous vivons n’est pas la relation d’un homme avec sa maîtresse, mais l’amour tout naturel d’un homme avec sa femme. H : Si nous vivons cet amour clandestinement, c’est pour ne pas obliger mon évêque à me demander de faire un choix qui n’a pas lieu d’être fait ! Je le répète : il est possible d’être prêtre et d’aimer une femme ! Je ne veux pas choisir entre Dieu et ma compagne puisque le choix ne se pose pas ! En effet, je ne m’estime pas marier avec Dieu encore moins avec l’Eglise. Ma compagne ne prend donc personne à l’Eglise et moi je ne mène pas une double vie.

Le web master : “Qu’attendez-vous de l’Eglise ?”
H : Plus grand chose malheureusement ! Nous n’avons plus vraiment d’illusion sur la capacité de l’Eglise à changer, même avec ce genre d’émission sur France 3 ! (le porte parole des évêques étant la plus belle preuve de cet immobilisme). Si nous avons accepté de témoigner, c’est seulement pour dire à d’autres couples qui, comme nous, vivent une belle histoire, de tenir bon et de ne pas avoir honte de vivre cela.

F : Oui j’ai expérimenté combien la culpabilité a pesé surtout au début de notre relation ! Je ne sais pas ce qu’on apprend aux prêtres dans les séminaires par rapport à cette loi du célibat, mais que de patience il m’a fallu pour que mon compagnon reconnaisse qu’aimer est ce qu’il y a de plus normal et de plus naturel. Il lui a même fallu l’aide d’un psy ! C’est pour dire l’importance du formatage au séminaire. Doit-on redire qu’aimer n’est pas une faiblesse, mais un cadeau de la vie, un cadeau de Dieu.  H : c’est vrai, J ‘ai culpabilisé durant 10 ans de cette relation. Aujourd’hui je me sens enfin libre et heureux d’aimer. La formation au séminaire, mais aussi l’éducation familiale, la réaction des copains quand un collègue quitte le ministère, bref, tout est fait pour bien faire comprendre que c’est mal d’aimer une femme et on finit par y croire (on n’avoue pas ses fautes comme ça !). Il faut du temps et de vrais amis pour comprendre que l’amour est une bonne chose, alors que c’est ce que nous prêchons à longueur de journée ! Pour revenir à votre question sur nos attentes par rapport à l’Eglise, je souhaiterais simplement que l’Eglise regarde la réalité en face, qu’elle arrête de se mettre la tête dans le sable et qu’elle regarde ce que cela produit quand un prêtre se met à aimer une femme. Comme je l’ai demandé à Mgr Potvin dans le reportage, (question à laquelle il a répondu par un gros mensonge) , j’aimerai que l’Eglise parle de cela, simplement, sans tabou, qu’elle ose mettre le sujet sur la table, que prêtres et évêques se rencontrent pour en parler dans un conseil presbytéral, qu’ensemble ils écoutent ce que les laïcs en pensent et en disent, que des évêques écoutent les compagnes de prêtres (qui sont totalement ignorées). Comme le disait le mois dernier  le Cardinal Edward M. Egan, ancien archevêque de New York s’exprimant au micro d’une radio locale d’Albany : « Je pense qu’on doit examiner, sur une base géographique et culturelle, la question du célibat des prêtres.  C’est une discussion parfaitement légitime. »  F : L’église ne peut pas continuer à faire la sourde oreille par rapport à ces situations. Les conséquences sont lourdes. En effet, L’Eglise se plaint constamment du manque de vocations sacerdotales mais paradoxalement, elle préfère se priver de bons prêtres quand elle leur demande de choisir entre Dieu et leur compagne (cadeau de Dieu), c’est donc devoir choisir entre Dieu et Dieu c’est bien sûr impossible. L’Eglise prétend que la possibilité d’avoir des prêtres mariés ne changerait rien sur la naissance de nouvelles vocations, (cf parole Mgr Potvin dans le reportage) ce à quoi je réponds que tant que l’on pas expérimenté une chose il est difficile de savoir ce que cela peut produire. Je pense même, que nous qui vivons ces situations, nous sommes une bénédiction pour l’Eglise, si elle voulait regarder ce que cela produit au lieu de faire l’autruche, elle verrait que nous sommes déjà (et serions) de bons témoins de l’Evangile.  N’est-ce pas là l’essentiel de la vie du prêtre et de tout chrétien : annoncer Jésus-Christ Vivant dans nos vies (y compris de couple).Espérons donc qu’un jour l’Eglise demandera pardon à tous ces prêtres et à leurs compagnes pour leur avoir demander des choix impossibles et inutiles, mais aussi à Dieu pour ne pas l’avoir écouté quand son Esprit voulait réveiller l’Eglise endormie en lui donnant des prêtres amoureux non pour les faire quitter l’Eglise mais évangéliser autrement.

Le web master : “Que souhaitez-vous dire pour terminer, aux personnes qui liront votre témoignage”
F : Moi je sais que l’amour aide à soulever des montagnes, qu’il faut avoir de l’audace, se faire confiance, oser partager notre vie à des amis et à des proches pour rendre la vie vivable. Jean- Paul II lui-même n’a t-il pas dit « n’ayez pas peur » ? Cela peut aussi s’appliquer à nos situations. Je voudrais dire aux couples dans la même situation que nous : « soyez fiers de ce que vous vivez, fiers de votre amour et vous non plus, n’ayez pas peur. Ne restez pas seuls, essayez de rencontrer d’autres couples qui vivent la même situation, car partager son vécu avec d’autres rend plus fort. Ce que nous vivons est bon pour nous mais aussi  bon pour l’Eglise mais elle ne le sait pas encore.

H : rien à rajouter,  F. a très bien dit !

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Rencontre du 16 mai à Paris… Quelques flashes !

 Voici, prises sur le vif, les premières réactions de quelques participants à cette rencontre.
Nous y reviendrons dans le bulletin de septembre.

« Je garde une excellente impression de cette rencontre.

D’abord à cause de la présence de bien des compagnes concernées, et de leur participation. Je ne pensais pas qu’on pouvait avoir de tels témoignages de vie et avec une telle densité dans un groupe aussi large ! C’est le signe d’une grande confiance en Plein Jour, et notamment en notre discrétion.

Ensuite, à cause de la présence des couples de prêtres mariés et de leur participation active. C’est un chapitre nouveau qui commence avec leur soutien et leur solidarité.

Je disais à un ami hier soir que, en l’espace d’une journée, on était allé très loin dans le témoignage, et aussi dans l’expression d’une nécessaire remise en cause critique des positions habituelles de l’Eglise hiérarchique, y compris dans la compréhension du message de Jésus.

Après une relecture rapide, j’ai noté ce que j’ai ressenti des prises de parole :

– L’inhumanité du milieu clérical. Par exemple les paroles de l’évêque à un prêtre qui venait lui annoncer franchement qu’il fréquentait une femme avec qui il envisageait de lier sa vie : « Prenez vos bagages et partez ! ». Ils cherchent à culpabiliser. Ce n’était absolument pas l’attitude de Jésus !

– Le manque de solidarité de nombreux copains prêtres. Je pense qu’ils se sentent remis en cause dans leur statut, ou tout au moins déstabilisés par le départ d’un collègue, d’autant plus lorsqu’ils constatent que le copain en question se sent très à l’aise avec lui-même ! très heureux avec sa compagne ! Ils ne cherchent pas à comprendre. Pourquoi donc ce subit éloignement ?

– Le cas de prêtres  qui ne se sentent pas en capacité de prendre la décision de partir, notamment parce qu’ils se jugent trop âgés ou pas préparés pour se lancer dans l’aventure d’une vie de plein vent, bien que l’envie ne manque pas. Ils s’estiment incapables de se reconvertir et de trouver du travail. Alors ils attendent leur retraite ecclésiastique.

– L’immaturité de certains prêtres. Ils n’arrivent pas à prendre une décision personnelle, eux  qui ont prêché pendant des années sans être contredit, qui ne connaissent pas la contestation. Ou qui choisissent de “butiner” et ainsi de saccager !
(Jean, co-pilote)
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« Je tenais à vous dire un grand merci pour la journée que j’ai passée hier. J’ai l’impression d’avoir découvert un autre visage de l’Eglise qui rassure, qui comprend les gens, les aime pour ce qu’ils sont et les aide à grandir. » (Sandrine)

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Ainsi la rencontre tant attendue est passée comme un éclair. C’est dire que je ne m’y suis pas ennuyé. Bien au contraire. C’est la première fois que je participais à une telle assemblée et que j’avais l’occasion d’entendre, en direct, les cheminements des uns et des autres, et les difficultés de porter au grand jour, devant tout le monde, quelque chose de caché depuis le début, par peur de la hiérarchie, de la famille, du milieu de travail… Pour moi, dont la situation s’est résolue assez facilement il y a 39 ans, j’ai été frappé d’entendre les situations  douloureuses que certaines femmes vivaient encore aujourd’hui !! J’espère qu’elles auront trouvé dans cette assemblée une écoute positive, un soutien et un réconfort, et qu’elles n’hésiteront pas à faire appel à Dominique dans les moments plus difficiles. Ce qui m’a frappé, c’est la capacité d’attente, de force, de courage des femmes quand elles sont amoureuses. (Guy, « Le Barbu »)

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Un petit mot pour remercier de l’organisation de la rencontre du 16 mai. Tous les témoignages sont bouleversants. Je me dis que j’ai eu de la chance de pouvoir vivre ma relation avec B. au grand jour, rapidement. Son absence est difficile à supporter.
Mais des temps de partage comme samedi, des amis fidèles, les enfants, la famille et la Foi me font tenir et me permettent
d’aller de l’avant. (Simone)

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Compagnes clandestines de prêtres de vingt à soixante-dix ans, prêtres mariés, veuves de prêtres, sympathisants…
nous avons tous vibré, rue de Babylone, en écoutant le bref récit de chacune des personnes présentes, ce seize mai.
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J’éprouve successivement un sentiment de révolte contre le système ecclésial qui a tellement formaté les hommes du culte, qu’ils sont paralysés par leur fonction et ne se sentent pas suffisamment libres pour choisir de vivre leur engagement évangélique autrement, vivotant à la sauvette leur amour pour une femme, cachés comme des tricheurs.
Ils se déprécient et réduisent leur compagne au statut de « repos du guerrier. »
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Transgression, loi du silence, politique de l’autruche, manipulations, bonheur, attente, fuite, choix, Dieu, service…
tous ces mots résonnent dans le désordre.
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J’ai entendu au cours de cette journée l’inimaginable ( si je ne l’avais vécu). Dans notre monde de l’an deux mille neuf,
on déplace encore un prêtre de cinq cent kilomètres pour l’éloigner de son amie, pour le mettre sous cloche. La hiérarchie de l’Eglise, dans certains cas, devient dictatoriale. Elle broie des êtres dont le seul tort est d’aimer.
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Quelqu’un de formidable, il y a deux mille ans, parlait d’amour. Il disait que rien ne comptait plus dans la vie que l’amour. C’est bien ce que j’ai envie de retenir de cette journée de mai.
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Nous avons eu raison d’aimer et c’est formidable d’avoir été aimées. Cet amour, il n’est pas né de rien. Souvent d’un idéal commun, d’un partage de responsabilités, d’une envie de changer le monde avec d’autres, d’une rencontre magique, et cette chance a bouleversé nos vies.
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Plein Jour est né pour faire cesser l’hypocrisie et le silence sur bien des souffrances inutiles. Ne ratons aucune occasion de le rappeler
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Merci à nos amis les prêtres mariés qui nous ont rejoints. Ils ont fait le choix de vivre leur passion de l’Evangile autrement, avec la femme qu’ils aiment. Ils sont engagés, lucides, solidaires, et surtout « humains ». Je les envie d’avoir su se retrouver pour s’entraider et partager au fil des années  ce qu’ils ont en commun, pour avancer. ( Monique)
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Lorsque – voilà trois ans maintenant – le prêtre et religieux belge qui a été mon compagnon pendant plus de vingt ans, a disparu sans la moindre explication, j’ai dû faire face à ses supérieurs religieux. J’ai vite réalisé à quel point certains ecclésiastiques se considéraient supérieurs aux autres êtres humains, à la Femme en particulier. J’ai compris que la notion de hiérarchie était très ancrée chez eux : on DOIT obéir aux ordres donnés. Je me suis heurtée à leur  indifférence devant ma souffrance, à leur cruauté, au MUR DE SILENCE qu’ils ont élevé entre mon compagnon et
moi. Dans cette institution, tout prend des allures de secret érigé en culte. Athée, donc étrangère à ce monde-là,
J’ai été horrifiée lorsque j’ai découvert que ces hommes qui se disent « Hommes de Dieu », donnent dans les contradictions, LE MENSONGE, LES MENACES…Ils devraient réfléchir à ces paroles de Marek Halter :
« La violence commence là où la parole s’arrête. »

Alors, je n’ai pu qu’être touchée par l’attitude des participants à cette réunion nationale de Plein  Jour. Respect de la femme, égalité homme femme, refus d’obéir à des ordres et volonté de décider pour soi-même, transparence, faculté d’écoute, compassion empathie, DIALOGUE, HONNÊTETÉ  INTELLECTUELLE : ce sont les mots qui me viennent à l’esprit lorsque je repense à cette journée.( Anne-Marie)
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Cette rencontre de Plein Jour du 16 mai 2009, m’a plus que jamais ancré dans la RESISTANCE face à cette Eglise catholique romaine qui, par ses dogmes et ses règles disciplinaires que, pour garder le pouvoir, elle ne veut pas remettre en cause ni reformuler, bouleverse et même saccage tant de vies humaines, tant de vies de femmes, pourtant pleines de foi en Jésus, de fidélité à l’Evangile et de don d’elles-mêmes.

Certaines paroles résonnent encore à mes oreilles, et révoltent mon cœur d’homme.

–         « Je suis devenue athée…jusqu’à sa disparition je croyais en l’Homme…Je ne crois plus en Dieu ni en l’Homme »

–         «  Il faut que tu choisisses entre Jésus-Christ et la Femme… »

–         «  Vous ne savez pas ce qu’on m’a fait subir ! »

–         «  Il n’a jamais choisi ! »

–         «  Je vis ma peur ! »

Amies, soyez prudentes pour ne pas briser vos cœurs. Votre Amour est une lumière pour le monde d’aujourd’hui.
(Bernard Corbineau.) Groupe “Prêtres mariés France Nord”.

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LA RÉGRESSION A PERTE DE VUE !!!

« S’il fallait redouter le seul immobilisme désormais en marche que rien ne peut arrêter dont parlait superbement Edgar Faure, la catastrophe radicale pourrait être évitée; mais jusqu’où ira la gigantesque puissance de recul, l’écrasante frénésie de marche arrière qui saisit mon Eglise romaine. »

Jean Cardonnel (Golias n° 124)

C’est pour protester contre cet inquiétant  retour en arrière de l’ECR
que Plein Jour a signé ce communiqué des Réseaux de Parvis.

Sur les Parvis, la coupe est pleine !

 

Même si elles ont le mérite de faire s’exprimer les catholiques de base – et en France, quelques évêques en ordre dispersé –, c’en est assez des prétendues bévues du Pape Benoît XVI !

C’en est assez de cette institution romaine, monarchique, dogmatique et autoritaire qui s’allie aux intégrismes et prétend imposer aux croyants une manière unique de croire, de vivre et d’aimer !

Non ! L’Eglise, ce n’est pas ça !

 

Il existe d’autres visages de l’Eglise universelle des amis de Jésus de Nazareth : par exemple, dans nos réseaux du Parvis des chrétiens d’ouverture expérimentent avec joie de nouvelles façons de vivre ensemble l’Evangile.

 

Aujourd’hui ils proclament haut et fort :

 

Au nom des valeurs que nous partageons avec celles et ceux qui donnent priorité à l’humain, jamais nous n’accepterons

  • de renoncer aux acquis de l’Histoire, tels que la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la condamnation de l’antisémitisme, ou l’ouverture du Concile Vatican II à la modernité,
  • de laisser bafouer les Droits Humains, entre autres l’égalité de la femme et de l’homme et la liberté de conscience,
  • de perdre les acquis démocratiques, le droit au dialogue et au débat, à la liberté d’opinion et d’expression,
  • de nier l’apport des sciences physiques et médicales, comme celui des sciences humaines, au progrès et au bonheur de l’humanité.

 

Et dans nos groupes, nous continuerons à chercher librement à incarner l’Evangile dans l’épaisseur de nos vies et à

  • porter notre attention aux plus fragiles et démunis,
  • construire des liens fraternels dans nos sociétés éclatées,
  • lutter et agir pour tenter de répondre  aux défis de notre temps, posés par la convergence des crises écologique, économique et spirituelle,
  • espérer avec d’autres faire grandir l’Humanité.

 

Plus que la morale sexuelle c’est  l’avenir de la planète et de l’humanité qui nous préoccupe et nous pousse à agir !

Et le Royaume d’Amour, de justice et de liberté annoncé par le message de l’Evangile est l’horizon de nos utopies et de nos engagements.

 

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BIBLIOGRAPHIE

 “Des prêtres épousent leur humanité”, Philippe Brand, Edition L’Harmattan

Vingt-six prêtres qui ont quitté le clergé, dont vingt-quatre mariés, racontent leur trajectoire.

Ils sont passés par le point zéro, la nécessité de réinventer leur existence; ils ont épousé leur humanité personnelle, endormie jusque là, en choisissant la condition humaine commune, et l’humanité globale, en assumant des responsabilités dans la cité. Philippe Brand a recueilli leur témoignage

Aujourd’hui, dans un monde à le recherche de sens et de valeurs, la reconquête de la liberté de conscience et la résistance individuelle et collective à l’endoctrinement restent d’une actualité brûlante.

“Homme et femme Dieu les créa“, Marie-Louise Abia, Edition Publishing

« Après avoir créé Adam, lorsque Dieu déclara « Il n’est pas bon que l’homme soit seul », s’il avait pensé un tant soit peu, que la femme serait inutile, voire funeste, croyez-moi, il aurait plutôt créé un deuxième homme pour tenir compagnie au premier. Il ne l’a pas fait. Il a créé une femme. »  Dans un village africain, les femmes soumises à la fois aux coutumes ancestrales incontournables et à la rigidité  de l’Eglise, sont doublement pénalisées

Du racisme à l’esclavage ordonnancé, en passant par le célibat forcé, la religion a remplacé la volonté de Dieu par celle de l ‘homme Tout-puissant, une doctrine anti-humanité qui soumet l’homme à des formes de dictature plus ou moins déguisée.

– “Le Testament du Chanoine S”. L’exclusion dans l’Eglise catholique (1954-2008), Michel Oronos, Edition Golias

Autant ce titre sibyllin nous intrigue, autant le sous-titre annonce la couleur !

Un ecclésiastique malicieux, subtil, nous introduit discrètement dans ses rêves éveillés, nous ouvre ses archives très documentées, nous parle fièrement de ses relations avec certains  « marginaux »

Des prêtres-ouvriers insoumis, aux théologiens privés de chaire, de l’affaire Gaillot, à la place des femmes dans l’Eglise en passant par la stigmatisation des homosexuels, il nous introduit avec douceur ou violence dans la longue cohorte variée des exclus de l’institution

Eglise au cours des 54 dernières années. Ce chanoine basque a du tempérament !

– “C’est l’amour que je désire”, Isaïe Renoux, Edition Opéra

Un poème ? un roman ? Les deux. Mais aussi une réflexion profonde sur l’amour humain. Isaïe Renoux a passé une longue carrière dans l’Education Nationale, surtout dans le Tiers Monde. Ses rencontres avec de nombreux prêtres l’ont amené à observer la difficile harmonisation de la vie humaine et du sacerdoce. Jérôme, pas très sûr de sa vocation. Estelle, solide chrétienne qui a toujours souhaité devenir prêtre. Ils vont cheminer côte à côte, à leur rythme. Et pourtant progresse entre eux une intimité qui est envol vers l’infini

– “Moi, fille de prêtre”, Anne Oxford, Edition du Cygne

C’est le « chemin de libération » du poids d’un secret imposé par ses parents et qui ne lui est révélé qu’après la mort de son père. 

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“La mise au point”

La salle de Mutualité bruissait d’impatience. Les collaborateurs de toute la presse française et bon nombre de correspondants étrangers attendaient l’entrée de monseigneur Visigotin. De retour du Vatican, le Primat des Gaules avait organisé cette conférence de presse pour révéler la fine fleur de ses entretiens avec le Saint Père. Quatre cordons de police entouraient le bâtiment et l’église Saint Nicolas du Chardonnet toute proche, où Mgr Visigotin prenait le petit-déjeuner de l’amitié pour se remettre du décalage horaire. Pendant la nuit, toutes les automobiles stationnées dans l’arrondissement avaient été envoyées à la fourrière et trois sans-papiers chinois qui avaient demandé à récupérer leur Vélib’ se l’étaient fait échanger contre un siège en classe économique dans un vol pour Bamako.

Le prélat fit son entrée sous les applaudissements et très vite désigna un jeune homme à la cravate stricte pour poser la première question.

« Jean-Gaston Frot, des Acouphènes. » Pendant votre voyage une tempête a dévasté le Sud Ouest de la France. Quelles solidarités l’Eglise peut-elle mettre en place ?

–              Rép. On m’en a informé. Le vent est depuis toujours l’adversaire du marin. Il faut donc vouer des cierges à Saint Mathurin et s’y éclairer de la Parole de Dieu en attendant qu’on leur rebranche l’électricité. L’absence de celle-ci leur permettra d’ailleurs de contribuer utilement à freiner le réchauffement climatique.

–             «  Jonas Camara du Globe diplomatique. » Je reviens de Gaza, où la souffrance de la population est atroce. Que dit le Pape aux Chrétiens palestiniens ?

–          Rép. il est très sensible à leur position délicate. Ils doivent être absolument sûrs que la Providence veille sur eux car seule la foi sauve. Aussi l’Eglise leur conseille de se retrouver hebdomadairement dans une maison ne risquant plus de perdre son toit, pour prier le Rosaire.

–              « Antoine Merlin du Veneur français. » Est-ce un péché de tuer les bartavelles hors saison ?

–              Rép. Tout d’abord, je vous remercie pour la portée spirituelle de votre question. Ensuite, j’ai la joie de vous annoncer qu’une indulgence spéciale va précisément être attachée à la cathédrale Saint-Hubert de Digne, pour ceux qui viendront y rendre grâce de n’avoir pas été bredouilles, et qui feront parvenir à l’évêque de Digne une part de civet.

–              « Jules Kohler, de Tribune Hébraïque. » Selon vous, pourquoi le Pape a-t-il levé l’excommunication de l’intégriste Bernard Hoberton deux jours après qu’il a nié l’existence des chambres à gaz ?

–         Rép.  Mademoiselle, vous ne semblez pas comprendre à quel point la séparation entre les chrétiens est un scandale. Le Saint-Père m’a répété qu’il était avant tout favorable à l’œcuménisme. Dès que les diverses chapelles protestantes, orthodoxes et scientologues… ah, excusez-moi, on me signale que la Scientologie n’est  pas concernée. Dès lors, dis-je, qu’ils accepteront le dogme de l’Immaculée Conception, la primauté du Pape et l’usage du latin dans les courriels, ils auront  toute leur place dans le giron maternel de l’Eglise. Mon frère Bernard Robertson répond à tous ces critères.

–              « Domitille de Campénéac, » du Pèlerinage. Que pensez-vous du fait que le père Michel Courtois, s.J.  n’ait pas été élu président de l’université de Saumur ?

–           Rép. Merci, chère madame, de me permettre de pousser un cri d’indignation. Si la laïcité affichée par l’Etat n’était pas une négation permanente du fait religieux, mon ami Michel Courtois n’aurait pas été empêché d’accéder à ce poste de façon rigoureusement discriminatoire. Je ne veux pas mettre en doute les capacités de ses concurrents dans cette élection biaisée, mais trop c’est trop. Tous à la manif !

Le petit Impertinent

( Les Cahiers du Libre Avenir)

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