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Surprenant ! Le pape visite des familles de “prêtres mariés” à Rome !

Il y a quelques temps le Pape François invitait des prêtres mariés à participer à une célébration dans sa chapelle de Sainte Marthe au Vatican. L’’initiative paraissait
hardie. En effet, bien souvent, l’attitude des évêques est d’une terrible férocité lorsqu’un prêtre vient les rencontrer pour leur annoncer son choix d’un
autre mode de vie. Alors que le jour précédent, il l’appelait encore « Cher ami », voilà qu’il lui annonçait qu’à partir de ce jour, il ne pouvait plus célébrer; voilà qu’il lui enjoignait de quitter le département aussitôt ; voilà qu’il lui enjoignait aussi de partir le plus loin possible et, le plus souvent, sans avoir reçu le moindre argent pour
survivre ; voilà qu’il lui interdisait de parler à ses paroissiens de son départ et surtout des causes de ce départ. L’un d’entre eux, plus zélé peut-être, enjoignait même à l’un de ses prêtres de déménager… de nuit et sans le concours de paroissiens ; et voilà
qu’ils les quittaient en leur refusant le moindre dialogue pour tenter de comprendre le bouleversement qui se passait dans leur vie…
Un jour, ces mêmes évêques liront un papier au cours d’une cérémonie dite de repentance : “Nous nous excusons. On ne savait pas ! ” On a l’habitude !

Cette attitude vraiment scandaleuse, bien éloignée d’une simple fraternité que l’on aurait pu espérer, voilà que François, par un simple geste, venait d’en montrer
l’incohérence dans cette église de Jésus.
Or le 11 novembre 2016, le même François faisait un pas de plus. Quittant le Vatican, il se rendait dans un faubourg de Rome, tout près donc, dans la maison où habitait
une famille dont le père était un prêtre qui, après quelques années de ministère paroissial, avait choisi une autre orientation de vie. (« Zachée, je viens chez
toi ! « ). Auprès de lui, de son épouse et de ses enfants, six autres familles semblables étaient là, invitées à cette surprenante rencontre. Les photos que nous
en avons reçues nous parlent plus que n’importe quel discours.

Voici un extrait du compte-rendu que j’en ai trouvé : L’entrée du Pape dans l’appartement a été marquée par un grand enthousiasme : les enfants se sont regroupés autour du Pape pour l’embrasser, pendant que les parents n’ont pas retenu leur émotion. La visite du Saint-Père a été très appréciée par toutes les personnes
présentes, qui n’ont pas senti un jugement du Pape sur leur choix, mais sa proximité et
l’affection de sa présence. Le temps est passé vite : le Pape a écouté l’histoire de chacun et a suivi avec attention les considérations qui lui étaient faites concernant
les développements des procédures juridiques pour ces différents cas. Il les a tous assurés e son amitié et de son attention.


De cette façon, “encore une fois, François a voulu donner un signe de la miséricorde à ceux qui vivent une situation de malaise spirituel et matériel, en mettant en évidence l’exigence que personne ne se sente privé de l’amour et de la solidarité des pasteurs. La visite s’est conclue vers 17h20. Puis le Pape est retourné au Vatican.
L’un des participants a pu déclarer : « J’ai goûté le goût de l’Évangile ! »
Je n’ai pas mon entrée dans les évêchés mais je dois avouer que, si j’étais évêque, je me serais interrogé sur le bien-fondé de l’attitude non-fraternelle, je dirais même inhumaine, que j’ai pu avoir vis à vis de ces « chers collaborateurs » de la veille ! Mais
reconnaître qu’on a plus l’esprit boutique que l’esprit évangélique n’est pas donné à tout le monde. Certains commentateurs ont sauté sur l’événement pour y voir
un geste significatif de la volonté du Pape : il va faire sauter le verrou du célibat !
Pas d’emballement ! Pas de fausses interprétations ! Ne revenons pas aux années d’après Concile Vatican 2 lorsque certains ont imaginé que la règle intangible
allait sauter rapidement et ont donc décidé de faire le pas en pensant seulement faire
oeuvre d’anticipation. Il me souvient d’un vicaire général dynamique et très ouvert ; à la maman d’un prêtre très engagé qui venait d’annoncer qu’il allait convoler en justes noces, il avait déclaré : « Madame, ne soyez pas inquiète. Votre fils est un prophète
!» Authentique !
Prenons le geste pour ce qu’il est, un geste de « miséricorde », infiniment appréciable et inattendu qui, une fois de plus, a dû faire grincer des dents dans le landernau curial. L’article lui-même recense tous les autres gestes que François a voulu faire au cours de ces « vendredis de la miséricorde » dont il a parsemés cette année : visite « à des personnes âgées dans un état végétatif », visite à des toxicomanes, visite à des réfugiés et migrants, visite à des prêtres âgés, prière silencieuse à Auschwitz-Birkenau
(Pologne), visite à d’anciennes prostituées de Rome… Il semble important de replacer les choses dans leur contexte pour en garder la signification.
La règle du célibat obligatoire pour les prêtres séculiers dans l’église catholique romaine ECR a encore de beaux jours devant elle. Ce ne sera certainement pas pour ce pontificat !
Pourtant lorsqu’on mesure l’ampleur de la catastrophe, tout bon ingénieur en organisation aurait cherché à sortir de l’ornière. Mais cette église, celle-là, pas les
autres, ne fonctionne pas selon cet esprit. J’emprunte à la revue Golias (09 02 2017) ces chiffres : « 3.000 religieux par an sont partis entre 2008 et 2012
et 650 prêtres sont partis chaque année entre 2006 et 2011
». Y-a-t-il un sociologue qui se soit penché sérieusement sur ce qu’il est convenu d’appeler une “hémorragie” (le mot est du Pape François) ?
Tout autre organisme aurait cherché à comprendre les causes et aussi à en prévoir les conséquences à moyen et long terme ; on a le droit de s’interroger aussi bien sur l’ampleur de la crise que sur la négligence de sa compréhension. Pour le moment on colmate les brèches d’une part en faisant appel à des prêtres africains ou à des prêtres polonais, ce qui n’est pas sans poser différents problèmes aux communautés, notamment à celles qui souhaiteraient passer à un mode plus participatif, plus coopératif, plus “synodal” pour employer un mot du sérail, pour ne pas dire plus démocratique ; certains cependant ont du être renvoyés chez eux ; d’autre part en acceptant d’anciens pasteurs protestants ou anglicans.
Mais le problème restera entier tant qu’on n’inversera pas la pyramide pour partir des besoins des communautés plutôt que de cette conception de prêtres patrons de
paroisses. Et tant qu’on s’obstinera dans cette église à tenir les femmes comme mineures en leur refusant l’égalité dans l’accès aux fonctions de responsabilité.
Jean