Théâtre : Femme de prêtre / création Avignon en 2010

« Femme de prêtre ? » au Festival Off d’Avignon. 

Trois personnages :

Madeleine, la cinquantaine, vêtements ternes, cheveux sans apprêt, pas de maquillage, un peu « bonne sœur ».

Chloé, trente ans, haute en couleurs, éclate de jeunesse et de vitalité. C’est elle, le pivot de la pièce.

Mathieu, le prêtre de la paroisse, d’allure jeune, esprit ouvert, contestataire face à l’injustice.

Trois histoires qui se chevauchent, plombées par le secret et la culpabilité. Vies clandestines contraintes au mensonge.

L’ami de Chloé lui a caché sa véritable identité. Elle ne l’a découverte qu’en le traquant jusque chez lui.

Madeleine et Mathieu camouflent leur amour.

Chloé s’accuse en confession d’aimer un homme. Réaction saine de Mathieu « Tu as rencontré un homme, tu l’aimes, il t’aime, vous êtes ensemble depuis une année… Tu te sens coupable de quoi ?

– Il est prêtre. » silence consterné !

Le compagnon de Cloé a proposé de cesser la relation. Elle a refusé. Les petits bonheurs arrachés en cachette, les culpabilisent à outrance. Cependant, elle ne lui a jamais demandé de quitter sa fonction. « Je crois que son ministère c’est aussi important que moi. Ça n’aurait aucun sens de lui demander de choisir. »

Le secret éventé aboutit à une dénonciation. L’Eglise réagit d’une manière brutale par la lettre de l’évêque à Chloé.

« Nous avons donc résolu de retirer ce prêtre de son lieu d’église et de le protéger de tout contact avec vous. Inutile de lui écrire, de lui téléphoner, ou de lui envoyer des courriers. Il ne répondra pas. »

Révolte de Mathieu « Non mais je rêve ! Ce n’est pas l’Eglise ça, c’est le KGB, la maffia !…Voilà vingt siècles que les monastères servent à planquer des gens. L’église a une pratique séculaire du secret. »

L’ami de Chloé a-t-il consenti à cette séparation ? Loin d’être dupe, elle accuse le conditionnement des jeunes prêtres.

« Une formation béton au séminaire catho, ça tient plus longtemps qu’une marque au fer rouge. »

C’est encore Chloé qui met le doigt là où ça fait mal. Après avoir avoué à Madeleine qu’elle est enceinte, elle la bombarde de questions. « Tu as eu des enfants, toi ? » – «  Non. » Réticente,  Madeleine reconnait qu’elle a renoncé à être mère.

Scène percutante par la brièveté des répliques de Madeleine. Ecrasée par le poids du refoulement, elle ne laisse échapper que des monosyllabes lourdes de souffrance retenue.

Véhémente, Chloé crie sa révolte devant cette vie de femme volontairement immolée. « Tu trouves normal que tout le monde te prenne comme la « bonne du curé » ?… Dans tous les groupes paroissiaux, personne ne te demande ton avis, parce que c’est bien connu, une « bonne » ne pense pas… Tu te rends compte que ça fait vingt ans que tu te sacrifies ? La réponse de Madeleine est celle d’une personne pour qui l’amour est un absolu : le bonheur de l’autre avant tout ! Mais Chloé, implacable, assène un nouveau coup « N’empêche que le silence que Mathieu t’impose, c’est la forme la plus perverse du harcèlement. Et s’il t’aimait véritablement, il assumerait ses choix. »

Ebranlée par ces paroles décapantes, Madeleine s’absente du presbytère pour un mois de réflexion. Mathieu réalise alors quelle place elle tient dans sa vie et le renoncement qu’il lui a imposé durant toutes ces années.

Affronté à la solitude, il déprime. « Revenir d’une visite et n’avoir que tes murs et un crucifix à qui parler… Je ne sais pas comment tu fais… Moi je trouve ça inhumain. » La tentation de l’alcool s’impose à lui.

Madeleine revient pour annoncer son départ définitif. Secoué par la nouvelle, Mathieu lui déclare son amour. « Je ne te retiens pas parce que je t’aime, Madeleine. Je t’aime tellement que je préfère te voir heureuse avec un autre que malheureuse avec moi. Même si je dois en crever de tristesse et de jalousie. » Ils se réconcilient. Mais le pire est à venir. Tandis qu’ils s’embrassent, le téléphone sonne. Sur le répondeur, on entend un mot de Cloé « Je n’ai pas trouvé de solution véritable pour mon bébé et son absence de père. Alors, j’ai avorté la semaine dernière. C’était une fille. » Cet avis mortuaire termine la pièce de façon abrupte. Un choc en plein cœur ! La tension dramatique est extrême. D’une part, le bonheur d’un couple qui s’aime. De l’autre, une jeune femme acculée à donner la mort à son enfant. On ne pouvait mieux démontrer le désastre causé par un interdit cruel.

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Je suis sortie totalement bouleversée de cette représentation. J’ai attendu Jean Chollet (metteur en scène) pour le féliciter.

« Comment avez-vous pu restituer notre vécu de compagnes clandestines de façon aussi juste et précise ? » Il m’a répondu : « Je me suis inspiré des témoignages trouvés sur le site de Plein Jour. »

Nous remercions la troupe Paradoxe, auteur et acteurs, d’avoir mis tout leur art pour présenter ce problème douloureux.

Nous vous souhaitons plein succès en Suisse et peut-être aussi en France.