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Léon Laclau s’adresse aux amis

           LEON LACLAU S’ADRESSE AUX AMIS

Léon LACLAU
5, chemin de Boué
64800 Asson

05 59 71 46 03
Léon : leon.laclau@free.fr
Marga : mlamadon@hotmail.fr

 

Asson, le   28 janvier 2009

Chers amis,

Notre Sud Ouest panse ses plaies après le passage de la tempête ‘Klaus’. La région est triste à cause des victimes et des dégâts considérables mais elle est forte de cet extraordinaire élan de solidarité qui s’est exprimé alors que tous les moyens traditionnels de communication (téléphone, électricité, routes, chemins de fer) étaient coupés. Preuve que le langage du cœur peut dépasser bien des obstacles pour laisser place à l’entraide matérielle et au soutien moral.

Voici un an, je vous envoyais des nouvelles de notre “parcours de combattant”. Déjà, à cette époque, nous avions rebondi, grâce au soutien de nos familles et de celui de tant d’amis, connus ou inconnus; grâce aussi à l’emploi que j’avais obtenu au Conseil Général des Pyrénées Atlantiques. Marga est toujours infirmière dans un service Alzheimer.

En fin janvier, ce fut la parution de mon livre-témoignage : “Pour l’amour d’une femme, privé d’Eglise”. J’ai reçu beaucoup de réactions positives avec des encouragements à militer pour que l’Eglise évolue dans son fonctionnement. Les responsables religieux sont restés bien évidemment muets.

Le dernier trimestre 2008 a été marqué par deux temps forts :

Tout d’abord, notre mariage, le 4 octobreà la mairie de Vic en Bigorre : un moment chaleureux, vécu avec nos familles respectives venues du Pays Basque et des Pays Bas et nos amis de la Bigorre, du Béarn et de la Gironde. Ce fut pour nous un immense bonheur de prononcer publiquement ce “Oui” que nous nous chuchotions au creux de l’oreille depuis tant d’années. Les médias s’étaient donnés rendez-vous ce jour-là dans cette jolie petite ville des Hautes Pyrénées. Elles étaient venues couvrir ce qui leur paraissait être l’aboutissement logique d’une belle histoire douloureuse mais aussi, couvrir une histoire qui interroge l’Eglise catholique. Je sais que les autorités religieuses ont été exaspérées par cette médiatisation alors que, dans la même période, elles se sont réjouies de la couverture exceptionnelle accordée à Benoît XVI lors de son voyage très “catholique et romain” sur les terres parisiennes et bigourdanes. Bien sûr, des journalistes présents m’ont posé la question de circonstance : “Cela vous fait quoi de ne pas pouvoir vous marier religieusement ?” – Rien…, leur ai-je répondu. Car je sais que le regard de Dieu est bien plus large que les restrictions disciplinaires de l’Eglise. Nous croyons que Dieu est heureux de nous savoir heureux et qu’il nous couvre de sa bénédiction.

Puis, en novembre, ce fut notre déménagement et notre retour à Asson : terre de relations fortes et vraies tissées pendant mes dernières années de sacerdoce, terre de souffrances profondes occasionnées par la sanction de l’Eglise, mais aussi terre d’espoir pour une nouvelle insertion humaine et laïque dans ce Piémont pyrénéen que nous aimons tant. Nous participons déjà à diverses associations : ADMR (aide à la personne), Asson Animations (animation-village), Gais Montagnards (camps de jeunes, loisirs), don du sang. Nous nous sommes rapprochés de nos lieux de travail (25 et 20 kms au lieu de 50 et 40 kms).

Dans les courriers que nous avons reçus, vous êtes très nombreux à souhaiter que l’Eglise évolue dans son organisation et dans son rapport au monde.

“Notre évêque est très loin des gens; il écoute mais il vit dans une bulle dorée. On ne sent pas d’humanité chez lui. Je ne vois plus d’avenir dans cette Eglise hypocrite, loin des gens du peuple, inaccessible pour une grande majorité, très “jugeante” et qui est devenue une machine à exclusion. Pour moi qui suis catholique pratiquante, c’est révoltant. Une grande majorité silencieuse est de cet avis  et a pris ses distances non pas vis à vis du spirituel mais de l’Eglise catholique.”

Des expressions comme celle-là, des cris de révolte dénonçant l’hypocrisie dans l’Eglise, nous en avons reçu… par centaines. Sont dénoncés aussi, dans le clergé, les amours mal vécues, les jeux de séduction amoureuse, l’appétit du pouvoir ou de l’argent. Autant de dérapages, autant de manques à gagner pour l’annonce de l’Évangile.

L’Évangile garde toujours pour moi beaucoup de fraîcheur.  C’est une parole qui nous fait vivre dans l’espérance et qui nous donne envie de participer à la vie du monde. Mais l’Eglise est en souffrance. Les “cadres” vieillissent et se durcissent. Les courants traditionalistes, portés par une idéologie quelque peu réactionnaire, tentent de déconnecter les chrétiens des questions posées par le monde d’aujourd’hui en leur proposant une spiritualité sécuritaire faite de sacré et de liturgie (en latin, si possible). Nous avons de sérieuses raisons de nous inquiéter et nous devons rester vigilants.

Je me suis investi dans l’Eglise avec beaucoup de cœur pendant presque 30 ans. Aujourd’hui, je n’ai pas de haine mais une grande déception. Le fonctionnement même de l’institution enferme beaucoup trop de prêtres dans l’hypocrisie, souvent contre leur gré. Je pense à H. et à F. qui sont venus nous voir cet été. H. est prêtre, avec une importante responsabilité dans son diocèse. F. est sa compagne depuis plusieurs années. Son évêque, qui est au courant de la situation, lui a simplement dit : « Pas de vagues… ». Nous sommes ici dans le registre du « pas vu, pas pris » qui disqualifie ceux qui se réclament de l’Évangile, parole de vie et parole de vérité. Combien sont-ils à vivre ainsi, à la fois tiraillés entre leurs deux passions et conscients qu’ils imposent à leur compagne de rester dans l’ombre alors que, quand on aime, on aspire au grand soleil ?

Qu’y a-t-il lieu de faire ?

Il nous faut surtout continuer à garder la foi et à nous donner des moyens pour entretenir cette foi.

Il nous faut continuer à participer à une Eglise proche des gens, telle que Vatican II l’a souhaitée.

Il nous faut résister à tous ces courants conservateurs qui abusent de notre générosité et qui étouffent la vraie flamme de l’Évangile.

Il nous faut aussi libérer la parole au sujet de ces situations de souffrances que vivent tant de prêtres et de compagnes de prêtres. Les responsables de l’Eglise font la sourde oreille sur la question. Nous devons nous faire entendre. Alors, si vous êtes vous-mêmes concernés ou si vous êtes témoins de telle ou telle situation, prenez un moment pour témoigner. Et si vous connaissez quelqu’un qui est concerné, proposez-lui de témoigner. La discrétion à tous les nivaux sera préservée. Vous pouvez nous écrire, comme vous pouvez prendre contact avec Dominique VENTURINI (Cigalon – rue du Serpolet – 84160 Lourmarin, venturinid@wanadoo.fr). Elle est responsable de l’association « Plein jour », une association de soutien aux femmes qui sont désemparées face à l’amour impossible avec un prêtre et qui se battent pour l’abolition de la règle du célibat dans l’Eglise catholique romaine. ( https://plein-jour.eu )

Après le « parcours du combattant », c’est le temps du « parcours du militant »…

Marga se joint à moi pour vous redire toute notre amitié.

Nous vous souhaitons beaucoup de petits bonheurs tout au long de cette année.

Léon Laclau

NB. Lire son livre témoignage : “Pour l’amour d’une femme, privé d’Eglise”.