Très Saint-Père,
Quelle joie nous avons eue d’apprendre votre venue en France le 26 septembre prochain ! Quel honneur que Paris fasse partie des rares élues et que nous ayons ainsi l’opportunité d’assister à une messe célébrée par Votre Sainteté !
Dans cette perspective et dans un souci de transparence et de vérité, notre association souhaiterait attirer votre attention sur la problématique qui a précisément conduit à sa création : la grande souffrance morale que la règle du célibat obligatoire des prêtres peut occasionner chez de nombreuses personnes au sein de l’Église. Nous en recevons depuis plus de 30 ans des témoignages de toute la France mais aussi de plusieurs pays francophones à travers le monde.
Chez tes prêtres eux-mêmes, en premier lieu.
Parmi ceux qui restent parfaitement fidèles à cette règle, il y en a certains pour lesquels la solitude initialement choisie se transforme en isolement extrêmement pesant,
Ceux qui connaissent un amour partagé si fort qu’ils ne parviennent plus à respecter cet engagement, se retrouvent confrontés à une dissonance terrible et à un dilemme cornélien :
Rester dans le Ministère, ce qui implique de vivre leur relation dans la clandestinité, rongés par la honte, la culpabilité, la peur d’être démasqués et reniés ;
Quitter une institution qu’ils aiment et défendent profondément, voire changer de religion, de manière à vivre leur histoire au grand jour, Une joie qui ne peut raisonnablement se transformer en bonheur puisque cette décision découle d’un immense renoncement, aux conséquences délétères, tant sur le plan spirituel qu’économique et social.
Les compagnes de prêtres souffrent en silence à leurs côtés, d’autant qu’elles sont pour la plupart impliquées dans l’Église elles aussi : croyantes pratiquantes, paroissiennes, voire anciennes religieuses, elles partagent les mêmes valeurs, la même vision, elles les aident et les soutiennent au quotidien, tant sur le plan moral que pratique. Loin de chercher à les détourner de Dieu, elles les accompagnent dans leur ministère, afin qu’ils puissent vivre pleinement leur vocation. Ces femmes sont de véritables alliées de l’Église et de ses prêtres.
Nous faisons tout notre possible pour apporter du réconfort à toutes ces personnes, par une écoute bienveillante, et en les mettant en relation via des groupes de parole. Nous leur offrons ainsi un refuge pour accueillir leur détresse, pour qu’elles se sentent moins seules, mais leur malheur demeure. À vrai dire, notre souhait le plus cher serait que notre association n’ait plus de raison d’être.
« Le célibat des prêtres n’est pas une question de dogme, mais de discipline » disait votre prédécesseur Sa Sainteté Le Pape François. Nous avons conscience qu’il s’agit d’un sujet extrêmement sensible, dont la réévaluation nécessite une longue et profonde réflexion, et nous serions particulièrement honorées si notre Association pouvait être invitée à s’y associer.
Nous nous tenons à votre entière disposition pour répondre à vos questions et sommes par avance très reconnaissantes de l’attention que vous porterez tant à ce courrier qu’à notre demande.
Respectueusement en Christ,
Association PLEIN JOUR