« Une castration affective et sexuelle mortifère » : exclu pour avoir aimé une femme, un ancien prêtre béarnais réclame la fin du célibat dans l’Église

L’ancien prêtre béarnais Léon Laclau, exclu de l’Église pour avoir franchi la ligne rouge du concubinage, regrette que le Pape Léon XIV n’ait pas évoqué la question du célibat des prêtres, ni celle de la place des femmes, lors de son séjour en France. Alors que les vocations sont en déclin et que le problème des déviances sexuelles est reconnu.

« À aucun moment Léon XIV n’a parlé de l’organisation de l’Église d’aujourd’hui » regrette Léon Laclau qui salue malgré tout l’engouement qu’a suscité la venue du Pape en France, « une belle parenthèse » alors que le monde va mal. Pour l’ancien prêtre béarnais, exclu en 2007 pour l’amour d’une femme, mais toujours croyant et attaché à sa foi, l’Église catholique ne survivra pas sans accepter des réformes progressistes majeures.

Déconnectés des réalités

« C’est le Pape François qui était allé le plus loin dans la question du célibat des prêtres souligne Léon Laclau, notamment lors d’un concile en Amazonie en 2019. Il a été question d’ordonner des hommes mariés, engagés dans la chrétienté, car là-bas on ne trouve plus aucun prêtre. Mais cela ne s’est jamais concrétisé, c’est dommage« .

Pour l’ancien religieux, toujours croyant, la société actuelle, mal en point, a besoin d’un accompagnement spirituel connecté aux réalités.

« Les jeunes prêtres aujourd’hui sont très conservateurs, ils sont déconnectés de la vie, ils ne se basent que sur la doctrine de l’Église pour accompagner les fidèles ». Léon Laclau

Mais ce n’est pas avec les seuls textes de l’Église que l’on peut aider les croyants qui galèrent, qui sont dans la misère, il faut être soi-même dans la vie pour cela« .

Léon Laclau estime que le célibat est aussi un vrai frein à l’engagement. « Les prêtres vieillissent. À Bayonne le diocèse ne compte que cent quarante prêtres en activité contre trois cent dans les années 80 souligne-t-il et une quarantaine vient de l’étranger. En Ariège, on en compte une vingtaine dont près de la moitié n’est pas français ».

« Le clergé occidental est en train de s’éteindre ». Léon Laclau

Le célibat des prêtres ? « une maltraitance »

S’il reconnaît que le célibat n’est pas la seule raison à ce déclin, il assure que l’imposer y contribue. « C’est une maltraitance, une castration affective et sexuelle mortifère ».

« Ce n’est pas dans l’ordre de la vie. L’Église doit se remettre en question ». Léon Laclau

Léon Laclau, prêtre pendant trente ans, a rencontré Marga, épousée en 2008, alors qu’il était tout jeune officiant dans les Pyrénées-Orientales. « J’ai accompagné cette jeune maman de trois enfants qui venait de perdre son mari. Je l’ai écoutée, accompagnée. Ça a commencé comme ça… » se souvient-il. Alors qu’il appréciait « énormément sa vie de prêtre« , il avoue qu’il se sentait alors « inconsciemment frustré« . Son amour, il l’a vécu en cachette pendant vingt ans. Puis en 2005, Marga est venue vivre avec lui, au presbytère, à Asson (64) où il officiait et où le couple vit toujours, très uni. Un sacrilège pour le Diocèse.
Lettre de l’évêque de Bayonne au prêtre Léon Laclau en 2007

« Mes supérieurs ne l’ont jamais accepté. Ils m’ont proposé de m’envoyer à Limoges puis en Côte-d’Ivoire, comme j’ai refusé, ils m’ont mis à la porte ». Léon Laclau

Léon Laclau ne regrette pas une seconde sa vie avec Marga mais il reconnaît qu’il n’était pas facile de vivre un interdit. « Je me suis très vite réconcilié avec le Seigneur car j’aimais quelqu’un, ce n’était pas une tare, au contraire. En tant que prêtre je me faisais un devoir d’en faire encore plus, de donner un maximum de ma vie au service de l’Église. » Lors de son éviction, en avril 2007, la grande majorité de sa paroisse le soutient. Le maire de la cité, l’UMP Christian Matocq à l’époque, demande même publiquement « laissez-nous le père Léon !« .

« C’est l’Histoire qui décidera »

Léon Laclau, 75 ans aujourd’hui, dit avoir peu d’espoir en Léon XIV.

Sous des airs de Pape avenant et chaleureux, il fait partie de la congrégation des Augustins qui défend le célibat des prêtres. « St Augustin profitait des plaisirs de la chair avant d’être religieux puis il a eu une révélation. Il devait se convertir à la continence sexuelle perpétuelle avec l’aide de Dieu. Léon XIV a dit la même chose aux jeunes séminaristes qu’il a rencontrés en juin dernier.

« Il leur a dit d’avoir une confiance sans limite dans le Seigneur, de s’engager dans le célibat avec l’aide de Dieu ». Léon Laclau

Le retraité rappelle que cette règle n’a pas toujours existé au sein de l’Église catholique : le célibat imposé remonte au XIe siècle , les prêtres mariés étaient alors vus comme des hérétiques qui devaient être éradiqués, car « mauvais chrétiens ». L’Église pensait que leurs femmes les détournaient de leur mission. Et de Dieu.

Une obligation contre nature qui alimente, selon lui, des dérapages bien plus sombres. « Les religieux sont frustrés sur le plan affectif et intime. Certains parviennent à sublimer ce manque, d’autres basculent« . L’ancien religieux, qui a officié au sein de la congrégation des Pères de Bétharram, pointe l’hypocrisie de la hiérarchie. « Quand il y avait des soupçons de prédateurs sexuels, on déplaçait les prêtres pour protéger l’institution. En revanche, les prêtres amoureux, eux, ont toujours été chassés sans ménagement ».

Son espoir aujourd’hui ? « Un réveil des croyants«  qui pourraient demander l’ordination d’hommes mariés et la possibilité pour les femmes d’accéder aux responsabilités ecclésiales, à l’image des églises protestantes.

« Si l’Église ne s’adapte pas, c’est l’Histoire qui tranchera à sa place. Le jour où il n’y aura plus un seul curé dans nos clochers, comment fera-t-on ?« 

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